Union européenne / Russie

Au sommet de Nijni Novgorod, l'UE et la Russie tentent de surmonter leurs divergences

Le président russe Dmitri Medvedev (D), le président de l'UE Herman Van Rompuy (C) et le président de la Commision européenne Jose Manuel Barroso. (Ici au sommet de Rostov sur le Don, le 1er juin 2010.)
Le président russe Dmitri Medvedev (D), le président de l'UE Herman Van Rompuy (C) et le président de la Commision européenne Jose Manuel Barroso. (Ici au sommet de Rostov sur le Don, le 1er juin 2010.) REUTERS/RIA Novosti/Kremlin/Mikhail Klimentyev
Texte par : Piotr Moszynski
5 mn

Les dirigeants européens et russes se réunissent les 9 et 10 juin à Nijni Novgorod, à 400 kilomètres de Moscou. Il s’agit d’un sommet d’étape, reprenant les pistes ouvertes lors de celui de Bruxelles, il y a six mois. Les principaux dossiers qui attendent d’être finalisés concernent l’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la libéralisation du régime des visas.

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Le président Dmitri Medvedev accueillera ses homologues de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Le sommet UE-Russie du 7 décembre 2010 à Bruxelles a permis des progrès substantiels sur la voie d’un rapprochement des positions des deux parties sur l’adhésion de la Russie à l’OMC. Bien que le soutien de l’UE à la démarche russe ne laisse pas de doute, il reste quand même quelques dossiers techniques à régler. Et parmi les problèmes de fond, celui des difficultés créées du côté russe pour le survol de la Sibérie par les aéronefs européens.

Divergences

Des divergences plus profondes subsistent sur la manière de réagir aux crises en Libye et en Syrie. Certes, les Européens eux-mêmes semblent assez partagés sur la question, mais, contrairement aux pays membres de l’UE hostiles à l’intervention armée en Libye, la Russie peut opposer son veto à toute résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qu’elle jugerait contraire à ses intérêts. Sur la Libye, cette éventualité a pu être évitée de justesse. A présent, la position de Moscou en la matière est manifestement en train d’évoluer. Son émissaire est allé à Benghazi et le Kremlin commence visiblement à comprendre qu’un rôle de médiateur lui apporterait beaucoup plus sur la scène internationale qu’une critique systématique des actions occidentales sur le terrain.

Quant à la Syrie, la situation est beaucoup plus compliquée pour tous les gouvernements européens en général, et pour celui de la Russie en particulier. Au nom du sacro-saint principe de la souveraineté des Etats, Moscou est très réticente à toute résolution onusienne dénonçant la répression menée par les autorités syriennes. Mais elle risque de se heurter à une forte pression de l’UE, et en particulier de la France. Paris, comme Londres, se dit très déterminé à faire passer la résolution au Conseil de sécurité et à exiger des explications du vote à Moscou en cas de veto russe.

Sujets « ordinaires »

Parmi les sujets susceptibles d’être débattus au sommet de Nijni Novgorod, on trouve également quelques-uns qui risquent d’intéresser directement les citoyens ordinaires.

Au premier rang, un sujet d’actualité : l’embargo russe imposé aux légumes européennes du fait de la crise sanitaire provoquée par la bactérie E.coli. L’UE crie au scandale et ne trouve aucune justification raisonnable à la décision russe. La Russie, elle, qualifie l’indignation européenne d’« étrange » et d’« inexplicable ».

Un autre sujet qui concerne directement les intérêts des « simples gens » : les discussions sur la libéralisation du régime des visas. Avec un sous-chapitre en apparence purement local et économique, mais en réalité très politique et engageant les intérêts de plusieurs capitales européennes : celui de l’enclave russe de Kaliningrad, coincée entre la Pologne et la Lituanie. Lors d’une récente rencontre des ministres des Affaires étrangères du Triangle de Weimar (Allemagne, France, Pologne) avec leur homologue russe, tous les participants étaient d’accord sur la nécessité de désenclaver Kaliningrad en introduisant une bande de libre circulation transfrontalière, ce qui est admis par les règlements de l’UE et de la zone Schengen.

Petite enclave, grands problèmes

Les divergences concernent la façon de faire et les détails techniques. Les Polonais optent pour une bande de 50 kilomètres, pour permettre aux Russes de Kaliningrad d’atteindre la région touristique et commerciale de Gdansk. Les Lituaniens ne veulent pas en entendre parler, car eux, ils ne veulent pas que les Russes de Kaliningrad puissent atteindre l’ancien port soviétique de Klaïpeda, dont presque 30% de la population est d’origine russe. Les Français sont également hostiles à une bande trop large pour ne pas créer de précédents à des mesures similaires entre la Pologne et l’Ukraine ou entre la Roumanie et la Moldavie. Quant aux autorités centrales russes, elles voudraient que tous les citoyens de leur pays bénéficient de mêmes droits. Or il est actuellement inimaginable que l’UE élargisse l’éventuel droit de circuler sans visa dans une bande limitée à d’autres Russes que ceux de Kaliningrad. Petite enclave, grands problèmes.

Bien entendu, il faut s’attendre qu’il soit question à Nijni Novgorod de la politique énergétique et de la nécessité de moderniser la Russie. Mais ce n’est pas un seul sommet UE-Russie qui apportera des solutions définitives et satisfaisantes pour toutes les parties.

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