Espagne / Catalogne

Espagne : une dernière corrida pour les aficionados catalans

Les anti-corrida portent un toast devant les arènes de la Monumental, le 25 septembre 2011.
Les anti-corrida portent un toast devant les arènes de la Monumental, le 25 septembre 2011. REUTERS/Albert Gea

Dans les arènes de La Monumental de Barcelone, ce dimanche 25 septembre 2011, les aficionados assisteront à la dernière corrida en terre catalane. L’interdiction de la tauromachie, votée en 2010 par les députés de la région autonome, entrera en vigueur le 1er janvier prochain. Mais les partisans des spectacles taurins ne désarment pas.

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Anti et pro-corrida catalans se retrouveront une dernière fois, ce dimanche soir, autour des arènes barcelonaises de La Monumental pour une ultime passe d’armes. Car la corrida proposée en ce jour a tout d'historique : pour les premiers, il s’agit d’une victoire en faveur des droits des animaux. Pour les seconds, cette date marque la fin d’une tradition vieille de cinq siècles en Catalogne.

A l’occasion de la Feria de la Mercé - le dernier week-end taurin de l’année - les organisateurs n’ont donc pas eu de mal à remplir les travées. 18 000 personnes y prendront place ce dimanche soir. Des billets qui se sont arrachés en raison de ce contexte, mais également parce que de grands noms de la tauromachie sont attendus. Après le célèbre El Juli, samedi, le public salive à l'avance de voir s'exécuter José Tomas, une légende parmi les matadors ainis que Serafin Marin, l'enfant du pays, qui aura la charge de tuer le dernier taureau sur le sol catalan.

Aux abords des arènes, l’ambiance sera moins lourde. Les anti-corridas, eux aussi, veulent marquer le coup en portant un « toast » pour cette dernière. S’ils se réjouissent de l’arrêt de ces spectacles « barbares », ils savent que le chemin est encore long pour voir l'interdiction enter en vigueur dans toute l’Espagne. Arguant que la population, et notamment les jeunes, se désintéresse de plus en plus de la tauromachie, ils espèrent que d’autres régions emboîtent le pas à la Catalogne. D’ailleurs, cette interdiction découle d’une Initiative législative populaire, c’est à dire le recueil d’au moins 50 000 signatures - il y en a eu 180 000 en Catalogne - nécessaires au dépôt d'une proposition de loi émanant directement du peuple.

Les pro-corrida montent au créneau

A Barcelone pourtant, on s’interroge. « Est-ce que ce sera bien la dernière corrida au Monumental ? » titre le quotidien la Vanguardia. Un questionnement légitime car les partisans de la tauromachie ont encore quelques cartes à abattre. Juridiquement, d’abord, avec ce recours devant le Tribunal constitutionnel présenté par le Parti populaire (PP, droite espagnole). Pour les conservateurs, le gouvernement de Catalogne n’a pas les compétences nécessaires pour décréter cette interdiction. Et ils soulignent aussi l’incohérence de cette décision qui s’en prend à la corrida seule et non à l’ensemble des spectacles taurins.

L’indemnisation des organisateurs est aussi sujet à polémique : dans un contexte de crise économique, difficile pour la région de sortir de l’argent frais en contrepartie de cette loi (le secteur taurin avance le chiffre de 300 millions d’euros de manque à gagner). Cela fait dire au Parti populaire et à certains responsables de cercles taurins que cette interdiction est purement politique. Votée essentiellement par des partis nationalistes l'année dernière, elle n'aurait pour but que d'enlever un symbole de la culture espagnole du paysage festif catalan.

Autre arme dans les mains des pro-corrida : les pétitions. S’ils arrivent à récolter 500 000 signatures, ces derniers peuvent espérer que le Parlement espagnol s'empare du débat et qualifie la tauromachie de « bien culturel national » comme c’est le cas, peu ou prou, en France, depuis le 22 avril dernier. Cela aurait pour conséquence immédiate d’annuler l’interdiction en Catalogne. Initiative populaire catalane contre initiative populaire espagnole : au-delà de la simple pratique de la tauromachie, se joue donc, en filigrane, une nouvelle lutte entre la région et le pouvoir central madrilène.

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