Grèce

Grèce: la bombe du référendum

L'annonce d'un référendum en Grèce a entraîné de fortes baisses des Bourses en Europe, ici un trader à Londres le 1er novembre 2011.
L'annonce d'un référendum en Grèce a entraîné de fortes baisses des Bourses en Europe, ici un trader à Londres le 1er novembre 2011. REUTERS/Olivia Harris
Texte par : Piotr Moszynski
10 mn

Au lendemain de l’annonce surprise d’un référendum en Grèce sur le plan de sauvetage européen du pays, c’est la confusion et la stupéfaction qui prévalent dans les milieux politiques de l’UE. Les Bourses, elles, accusent des fortes baisses, surtout sur les valeurs financières.

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Tout ça pour ça ? Les sommets européens, les plans de sauvetage, tout ça pour apprendre que tous les efforts en faveur de la Grèce, pays en quasi-faillite, pourraient être balayés d’un revers de la main par une initiative malencontreuse du Premier ministre Georges Papandréou d’organiser un référendum, dont l’issue négative ne fait pratiquement aucun doute ? En effet, selon un sondage paru dimanche, 59% des Grecs rejettent le plan européen de sauvetage de leur pays, en craignant l’abandon de souveraineté qu’il implique. 

Il est vrai que la consultation référendaire n’est attendue que vers janvier, mais il serait très surprenant de voir les habitants de la Grèce changer radicalement d’avis d’ici là. Ils ne sont pas inquiets uniquement pour leur souveraineté. Ils sont surtout confrontés à une chute brutale du niveau de vie de pans entiers de la population, provoquée par la cure de rigueur que le plan européen risque de rendre encore plus douloureuse.

Il semble donc fort probable que l’étonnante décision de Georges Papandréou soit dictée avant tout par les considérations intérieures. Elles sont au nombre d’au moins trois.

Situation intérieure

D’abord, l’opposition de droite refuse catégoriquement de prêter main forte au gouvernement pour faire sortir le pays du gouffre ensemble. Antonis Samaras, président du parti conservateur Nouvelle démocratie (ND) réclame les élections anticipées et rejette l’idée d’un référendum. Toutefois, selon les spécialistes sur place, les conséquences des élections demandées par l’opposition risqueraient d’être au moins aussi catastrophiques pour la Grèce que le référendum proposé par le gouvernement. En effet, la tenue de législatives dans les conditions actuelles pourrait menacer le pays d’une grande instabilité politique. En annonçant un référendum, le Premier ministre pense sans doute priver l’opposition de cette arme et choisir le moindre mal.

Ensuite, le gouvernement socialiste a besoin de renforcer sa légitimité auprès de l’opinion publique grecque en général, et auprès de ses propres troupes en particulier, afin de resserrer leurs rangs avant plusieurs échéances parlementaires délicates, visant à avaliser de nouveaux sacrifices. La première est toute proche. Vendredi soir, le 4 novembre, Georges Papandréou doit affronter un vote de confiance au Parlement, où il dispose d’une courte majorité de 152 députés sur 300. Il tient donc à ce que son camp fasse preuve d’une discipline sans faille.

Enfin, le gouvernement semble espérer que l'option du référendum lui permette de gagner du temps, sans forcément risquer de déstabiliser la zone euro, et sans forcément risquer de perdre le référendum lui-même. En cas d'abstention supérieure à 60%, la consultation ne serait pas valable. Par ailleurs, beaucoup dépend de la question qui sera posée aux Grecs. Si elle concerne le maintien (ou pas) du pays dans la zone euro, le oui aura toutes les chances de l’emporter. En effet, le même sondage, qui situe le niveau de rejet du plan européen de sauvetage de la Grèce à 59%, témoigne d’un soutien massif au maintien du pays dans la zone euro (72,5%).

Tempête à l’extérieur

Voilà pour les supposées motivations de Georges Papandréou et pour le contexte intérieur de sa décision. A l’extérieur, c’est la tempête.

Dès le lendemain de l’annonce d’un référendum en Grèce, les Bourses paniquent et dévissent, valeurs financières en tête. La question qui hante les marchés, c’est de savoir ce qui va se passer si les Grecs disent non. Et on pense tout de suite au risque de voir la communauté internationale couper l’arrivée d’argent comme de voir la Grèce quitter la zone euro. Hypothèses qui suffisent largement à inquiéter très sérieusement tous les investisseurs.
 

Je comprends la surprise mais les leaders européens étaient au courant de cette initiative

Le socialiste grec Costas Motopoulos

Les milieux politiques européens, eux, réagissent avec une franche consternation, voire carrément avec une véritable colère. Rentrée et bien maîtrisée, mais parfaitement perceptible, elle émane du communiqué publié à l’issue de l’entretien téléphonique d’Angela Merkel avec Nicolas Sarkozy. Le mot « référendum » n’y est même pas employé, comme s’il s’agissait d’une idée tellement incongrue qu’elle ne valait guère d’être mentionnée. On fait seulement allusion à « l’annonce faite hier par le Premier ministre grec ». Mais on n’évoque nullement son contenu. On se limite à rappeler sèchement la nécessité de « la pleine mise en œuvre, dans les meilleurs délais, des décisions adoptées par le sommet » de la zone euro du 27 octobre, « qui sont aujourd’hui plus que jamais nécessaires ». Et on convoque « les autorités grecques » à « une réunion de consultation avec les institutions européennes et le FMI », afin qu’« une feuille de route puisse être rapidement arrêtée pour assurer l’application » de l’accord conclu au sommet de Bruxelles.

En dehors du communiqué officiel de Berlin et Paris, des réactions plus ou moins incisives fusent de partout. Les présidents du Conseil et de la Commission européens, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso annoncent avoir « pleinement confiance dans le fait que la Grèce honorera les engagements pris en relation avec la zone euro et la communauté internationale ». Le Premier ministre italien Silvio Berlusconi estime qu’il s’agit « d’un choix inattendu qui crée des incertitudes […] à la veille de l’importante rencontre du G20 à Cannes » et menace toute la stratégie du Groupe. Son homologue belge, Yves Leterme, prévient Georges Papandréou qu’il « porte une très lourde responsabilité » de mettre en danger « la stabilité et la sécurité » des marchés financiers. Maire de Nice et député proche du président Sarkozy, Christian Estrosi, est encore plus franc et direct. Il qualifie l’annonce de Georges Papandréou de « totalement irresponsable » et appelle le Premier ministre grec à « revenir » sur sa décision.

La seule à apporter pour l’instant son soutien au gouvernement grec, l’organisation altermondialiste Attac, estime que la tenue d’un référendum constituerait « une première avancée de la démocratie » en Grèce, « hélas, trop tardive ».

Avec notre correspondante à Athènes, Amélie Poinssot

Le référendum aura lieu en janvier, d’après les informations dont on dispose pour l'instant. Difficile de dire quel en sera le résultat mais une chose est sûre, le gouvernement est totalement désavoué dans la rue et par les électeurs : d'après le dernier sondage paru ce week-end dans To Vima, moins de 15% seulement des électeurs seraient prêts actuellement à voter pour le Pasok, le parti de Papandréou.

Le sondage indiquait d'ailleurs, avant même l'annonce du Premier ministre, que si un référendum avait lieu sur l'accord signé à Bruxelles, plus de 45% voteraient contre et 35% seulement voteraient pour.

Mais les choses peuvent encore évoluer : les Grecs peuvent se laisser convaincre par les menaces sous-jacentes au référendum, à savoir un chaos politique dans le pays et un chaos financier dans toute la zone euro ; ils peuvent aussi être influencés par un vote de confiance positif des députés, vendredi, car le Pasok dispose encore d'une petite majorité de 152 voix sur 300... Mais ils peuvent aussi s'abstenir massivement, auquel cas le gouvernement perdrait beaucoup en légitimité.

Répartition des députés au Parlement grec.
Répartition des députés au Parlement grec. RFI/Anthony Terrade

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