ITALIE

Le maintien de Silvio Berlusconi au poste de chef du gouvernement italien semble compromis

REUTERS/Alessandro Bianchi
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Lâché par plusieurs de ses soutiens, des députés comme des ministres, snobé par le G20, le président du Conseil italien semble en très mauvaise posture pour conserver son poste. D’autant que le vote sur les finances publiques, prévu mardi 8 novembre, pourrait le mettre en minorité et le contraindre, à 75 ans, à avorter son troisième mandat à la tête du gouvernement. Pourtant, le Cavaliere jure qu’il sera là jusqu’en 2013.

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Il le martèle haut et fort : il ne démissionnera pas. Mais Silvio Berlusconi semble bien être le seul convaincu qu’il peut se maintenir à son poste de président du Conseil.

Pour Giuliano Ferrara, rédacteur en chef du quotidien Foglio et ancien ministre proche de Berlusconi « il est évident que Silvio Berlusconi va démissionner. C'est une question d'heures, certains disent de minutes ». Pour plusieurs journalistes, Il Cavaliere pourrait ainsi quitter le pouvoir dès mardi matin. Concrètement, il ne disposerait plus que de 310 soutiens sur les 630 membres de l’Assemblée. Beaucoup moins que les 344 députés qui le soutenaient au début de son troisième mandat, au printemps 2008.

Même ses proches soutiens sont convaincus que la partie est perdue. Son ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni, membre de la Ligue du Nord, a estimé dimanche soir que « les dernières informations » lui parvenant lui laissait penser « que la majorité n'existe plus et qu'il est inutile (pour Berlusconi) de se montrer implacable ». « A tort ou à raison, le problème de l'Italie, c'est toi », lui a, pour sa part, dit le ministre de l'Economie, Giulio Tremonti.

Majorité effritée

Berlusconi pourrait même, pour certains, démissionner avant même un vote de confiance du Parlement, qui pourrait lui être fatal. Les députés italiens doivent en effet se prononcer dans la journée de mardi sur les fiances publiques. Or sa majorité, qui s’appuie essentiellement sur le Parti de la liberté (PDL), s’est effritée, pour ne pas dire qu’elle n’existe plus. Selon les analystes, Berlusconi pourrait ainsi enregistrer la défection de 20 à 40 députés, ce qui suffirait à faire tomber son gouvernement.

Ce n’est pas l’avis du chef du gouvernement, convaincu qu’il n’y a pas péril en la demeure : « Nous avons vérifié ces dernières heures, les chiffres parlent d'eux-mêmes : nous avons toujours la majorité », a affirmé le Cavaliere. Depuis son retour du sommet du G20, il n’a eu de cesse de rencontrer les parlementaires, leur expliquant qu’ils n’avaient aucune raison de faire défection car ils ne seraient, selon lui, accueillis par aucun autre groupe parlementaire. Il a même menacé des potentiels dissidents qui « trahiraient le gouvernement et le pays » s’ils lui retiraient leur soutien.

« Berlusconi bluffe, c'est une tentative désespérée de sauver sa peau. Il n'a plus la majorité à la Chambre », affirme pourtant Dario Franceschini, membre du Parti démocrate, la principale formation d’opposition de gauche. 

Une dette à 120% du PIB

Si sa démission peut encore laisser subsister quelques doutes, force est de constater que Berlusconi est acculé, esseulé. 100 000 manifestants ont réclamé son départ dimanche, lors d’une manifestation à Rome. Au G20, les principaux dirigeants du monde l’ont snobé et tenu à l’écart des discussions importantes.

Car outre les scandales sexuels à répétition qui ont entaché sa réputation dans l’opinion publique, dont seuls 22% lui accordent aujourd’hui leur satisfaction, Berlusconi est tenu pour un des responsables de la situation économique très inquiétante de son pays. Il lui est notamment reproché de sous-estimer l’importance de la dette du pays, qui s’élève à 1 900 milliards d’euros, soit 120% du PIB italien. Le taux d’emprunt italien sur le marché de la dette ne cesse d’augmenter, et pourrait atteindre des seuils où il deviendrait quasi-impossible pour le pays d’emprunter. Ces perspectives font courir le risque d’un défaut de paiement de l’Italie, quatrième économie européenne, qui serait dramatique pour toute la zone euro.

Rien n’assure que le départ de Berlusconi changerait la situation italienne. Mais il semble clair que, pour l’opposition comme pour désormais une bonne partie de la droite, son maintien au pouvoir ne peut pas aller de pair avec le retour de la confiance des marchés. Même s’il ne veut pas quitter le pourvoir, il pourrait donc bien y être contraint.

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