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Russie / Europe / Energies

Le gazoduc Nord Stream ouvre ses vannes à l'Europe

Lubmin, Allemagne. Le premier gazoduc du projet Nord Stream entre en service ce 8 novembre 2011.
Lubmin, Allemagne. Le premier gazoduc du projet Nord Stream entre en service ce 8 novembre 2011. AFP/ John Mac Dougall
Texte par : Patricia Lecompte
6 mn

Après quatorze ans de travaux, le gazoduc Nord Stream entre en service. Destiné à alimenter l'Europe en gaz, le pipeline est inauguré ce mardi 8 novembre 2011 en Allemagne, à Lubmin (ex-RDA). La chancelière allemande Angela Merkel, le président russe Dmitri Medvedev, le Premier ministre français François Fillon et son homologue néerlandais Mark Rutte se retrouvent pour ouvrir les vannes.

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Le trajet du gazoduc

Le géant gazier russe, Gazprom ouvre donc une nouvelle route d'approvisionnement en gaz. Par la même, il renforce son partenariat avec l'Europe et affirme son rôle dans le secteur énergétique. Le gazoduc Nord Stream relie la ville russe de Vyborg à la ville allemande de Greifswald.

Le système comprendra deux pipelines d'une longueur de 1 244 km et d'une capacité annuelle de 55 milliards de m3 de gaz. La deuxième canalisation entrera en service en 2012. Le système devrait permettre d'approvisionner l'Europe pendant au moins un demi-siècle. Pour le moment, le premier canal qui vient d'être achevé va permettre d'expédier 30 milliards de m3 de gaz.

Avec actuellement 140 milliards de m3 exportés vers l'Europe, la Russie couvre 40% des importations gazières européennes. C'est un des fournisseurs majeurs de l’Europe avec la Norvège. Le gazoduc offshore relie directement la Russie à l'Allemagne, contournant ainsi les pays hostiles à ce projet.

Construit au fond de la mer Baltique, dans les eaux internationales, son parcours sous-marin lui évite de transiter par les pays baltes, la Pologne et l'Ukraine, pays avec lesquels la Russie connaît parfois des tensions politiques. L'itinéraire de Nord Stream passe par les eaux territoriales et les zones économiques exclusives du Danemark, de la Suède, de la Finlande, de la Russie et de l'Allemagne.

En juin dernier, le Premier ministre russe, Vladimir Poutine a déclaré qu’avec l’acheminement du gaz russe en Europe sans intermédiaire, l'Ukraine sera privée de son monopole sur le transit.

En 2009, à cause d’un différend entre Moscou et Kiev, l’approvisionnement en gaz de l’Europe occidentale avait été interrompu. Grace à cette nouvelle voie gazière la Russie peut sécuriser ses expéditions.

Le projet, d'un coût de près de 8 milliards et demi d’euros, a été mené à bien par le consortium Nord Stream AG, détenu par le russe Gazprom à hauteur de 51%, par les allemands Wintershall Holding et E.ON Ruhrgas pour 31%, et par le néerlandais Gasunie et le français GDF Suez, 9% chacun.

Les Allemands ont donc investi massivement dans ce gazoduc. Dès les années 1980 on a commencé à acheminer du gaz russe vers l’Europe via l’Allemagne, et ceci en dépit de l’opposition des Américains. Les relations entre Moscou et Berlin ont toujours été fortes en matière énergétique, et c’est d’ailleurs l’ancien chancelier allemand, Gerhard Schröder qui préside ce consortium.

Si l’Allemagne a tant investi, c’est qu’elle est très dépendante du gaz russe, beaucoup plus que la France. Avec la sortie possible du nucléaire en Allemagne, ce gazoduc prend davantage de sens, la demande allemande va croître fortement dans les années à venir.

Les Russes mettent la pression sur les Européens

La politique énergétique de l’Union européenne vise, en particulier, à diversifier ses fournisseurs. La Russie représente aujourd’hui un tiers des importations européennes de gaz, devant la Norvège 30%, l’Algérie 15% et le Qatar 10%.

D’ici 30 ans, il est probable, selon des experts, que la dépendance énergétique européenne à la Russie atteigne 50%. En cause la baisse des volumes de gaz naturel extraits outre-Rhin. Actuellement, près de 80% du gaz russe est exporté vers l’Union européenne.

En important du gaz de Norvège ou d'Algérie, les Européens irritent les Russes. La stratégie de Gazprom est de plus en plus pressante. Le géant gazier russe n'hésite pas à brandir la menace d’une diversification vers l'Asie.

Les Russes ont clairement sommé les Européens de s’engager rapidement sur des contrats sinon ils vendront leur production aux Chinois. La Chine qui n'a pas de gaz, importe actuellement du gaz liquide par bateau. Or la Chine et la Russie ont une longue frontière commune, et , s’il y a bien deux gazoducs en fonctionnement entre la Russie et la Chine, ils n'ont pas un énorme débit.

Depuis cinq ans un contrat est en cours de négociation entre la Russie et la Chine mais il y a des blocages à cause du prix. Les Chinois ne veulent pas acheter le gaz au même prix que les Européens, ils le veulent 30% moins cher. Pour le moment, le président russe Medvedev et le Premier ministre Poutine refusent les exigences de Pékin.

 

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