Culture / Allemagne

Allemagne : l’infarctus culturel ?

Détail de la couverture "L’infarctus culturel", de Dieter Haselbach, Armin Klein, Pius Knüsel, Stephan Opitz. Editions Knaus, 288 pages.
Détail de la couverture "L’infarctus culturel", de Dieter Haselbach, Armin Klein, Pius Knüsel, Stephan Opitz. Editions Knaus, 288 pages. Albrecht Knaus Verlag

Der Kulturinfarkt, un pamphlet dénonçant les subventions excessives accordées à la culture et plaidant pour la suppression pure et simple de la moitié des infrastructures fait polémique en Allemagne. Les intéressés dénoncent des thèses trop simplistes faisant la part belle au marché.

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Ils sont quatre mousquetaires. Quatre professeurs et spécialistes du monde culturel qui trop chère, socialement injuste et inefficace. Les auteurs de Der Kulturinfarkt -en français « L’infarctus culturel »- proposent une solution radicale, la fermeture pure et simple de la moitié des musées, opéras et autres théâtres.

Ce pavé dans la mare dénonce une offre pléthorique largement élargie depuis les années 1970 lorsque le mot d’ordre des responsables était « la culture pour tous ». Il est vrai que les infrastructures en Allemagne sont impressionnantes. Hormis les grandes villes, on compte aussi dans de nombreuses agglomérations de taille moyenne des théâtres et autres opéras (84 pour les seconds) forts d’une troupe propre auxquels il faut ajouter de nombreux musées. Une offre qui s’est bien sûr développée avec la réunification.

Globalement, les dépenses publiques pour la culture en Allemagne ont augmenté sensiblement depuis les années 1970 passant de près de deux à plus de 9 milliards d’Euros. Une somme qui dissimule une large palette : des théâtres, des opéras, des musées, des chœurs, des universités populaires, des bibliothèques, des écoles de musique. Les auteurs du livre dénoncent une offre toujours plus importante et des budgets qui seraient épargnées par les économies actuelles. Un développement qui pour eux est sans commune mesure avec une scène culturelle subventionnée trop conformiste, privilégiant les valeurs sûres d’hier et satisfaisant avant tout une petite élite, intellectuellement et socialement privilégiée.

Fermer la moitié des lieux subventionnés

Leurs recettes ? Fermer la moitié des 6 300 musées allemands, des 8 000 bibliothèques, des 140 théâtres publics. Un cinquième des dépenses actuelles serait ainsi économisées et pourrait être utilisées à d’autres fins pour diversifier l’offre actuelle et répondre à d’autres demandes : les structures restantes seraient consolidées financièrement ; les projets animés par des amateurs vantés pour leurs capacités d’intégration sociale seraient mieux soutenus ; de nouveaux secteurs comme la distribution numérique, la nouvelle économie culturelle ou la simplification des droits d’auteurs bénéficieraient de subventions ; l’enseignement culturel supérieur serait mieux soutenu.

Plus globalement, les auteurs du livre plaident pour un rôle plus important du marché estimant que le public peut décider lui même de la culture qu’il désire. Les offres qui parviennent à satisfaire l’intérêt du plus grand nombre devraient avoir la priorité. L’Etat n’aurait pas à décider à la place de ses citoyens quelle culture doit être soutenue.

Ces propositions ont suscité une levée de boucliers dans le monde de la culture germanique. De nombreux responsables ont dénoncé des propositions populistes et simplificatrices ainsi qu’une vision ultra-libérale de la culture. Ils refusent des coupes aussi brutales mais plaident plutôt pour de nouveaux moyens comme le responsable de la culture de la ville de Berlin André Schmitz qui ne dispose que de 5% de son budget pour la scène off pourtant très dynamique dans la capitale allemande. Il rappelle également que les 1,8% du budget de la ville consacré à la culture ne pèsent pas si lourd et que l’offre culturelle constitue un des atouts de Berlin pour attirer notamment des touristes synonymes de rentrées fiscales.

Certains observateurs ont regretté que le contenu du livre par ses excès ait fait passer à l’arrière-plan un certain nombre de points méritant réflexion. Birgit Mandel, professeur spécialiste de ce secteur souligne par exemple que « seulement 5 à 10% de la population profite régulièrement de l’offre culturelle existante et qu’une discussion sur ses objectifs est fondée ».

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Der Kulturinfarkt (L’infarctus culturel), de Dieter Haselbach, Armin Klein, Pius Knüsel, Stephan Opitz. Editions Knaus, 288 pages, 19,99 euros.

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