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ESPAGNE

Juan Carlos présente ses excuses aux Espagnols pour son voyage de chasse au Botswana

Des activistes de la cause animale brandissent des affiches devant l'hôpital où est soigné Juan Carlos, le 17 avril 2012.
Des activistes de la cause animale brandissent des affiches devant l'hôpital où est soigné Juan Carlos, le 17 avril 2012. REUTERS/Susana Vera
Texte par : RFI Suivre
7 mn

Un roi peut-il chasser l’éléphant au Botswana quand ses sujets traversent une des pires crises économiques qui soit ? La question peut se poser depuis que les Espagnols ont appris, vendredi 13 avril, que Juan Carlos d’Espagne avait dû être rapatrié d’urgence pour se faire poser une prothèse de hanche, après une chute lors d’un safari dans ce pays d’Afrique australe. Ce mercredi, le roi a présenté ses excuses. « Je regrette beaucoup. Je me suis trompé et cela ne se reproduira pas », a-t-il déclaré à la télévision, le visage très grave, à sa sortie de l'hôpital.

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Bernard Bessière est spécialiste de l’Espagne contemporaine à l’université d’Aix-Marseille. Il est l'auteur d'« Espagne, Histoire, Culture et Société », paru aux Editions La Découverte.

RFI : Peut-on dire que l’image de la monarchie espagnole se retrouve écornée ?

Bernard Bessière : C’est très probable, effectivement. Et c’est d’ailleurs assez étonnant parce que, depuis 1975 où elle a accédé au trône, c'est une famille royale qui ne faisait pas d’erreurs. Qui était très peu touchée par les scandales. Et on a vu un certain nombre de choses négatives ces dernières années.

Il y a eu, par exemple, le divorce d’une des filles du roi. Ca fait toujours un petit peu désordre. Il y a eu surtout il y a six mois, la mise en examen de l’autre fille du roi, pour des problèmes de malversation. Et maintenant, cette histoire qui n’est pas très bonne. D’autant que l’Espagne est dans une situation économique absolument épouvantable et que dans son dernier discours, le 24 décembre, le roi s’était vraiment montré désolé du scandale qui touchait la famille royale.

Et là, cette mauvaise nouvelle : le roi qui va chasser l’éléphant, à un moment où les Espagnols ont bien des soucis. Ces safaris coutent 30 000 ou 40 000 euros, selon la presse. Et ça vient au mauvais moment quand on sait que le chômage est de 25 %, et qu'il atteint à peu près 51% chez les jeunes. Ce n’était vraiment pas le moment.

RFI : Juan Carlos avait fait des efforts pourtant. Récemment, les comptes de la famille royale avaient été publiés.

B.B. : Il y a trois mois en décembre 2011, pour la première fois, la famille royale a donné le détail de la liste civile qui se monte à 8,5 millions d'euros. C'est assez modeste. En comparaison, la reine d’Angleterre, c’est 45 millions d'euros.

Un effort a bien été fait. Le roi a décidé, par solidarité avec son peuple, de diminuer de 2 à 5 % (suivant comment l'on compte) sa liste civile. Mais depuis un an, il y a des signes négatifs. Par exemple, la presse publie régulièrement un sondage dans lequel les Espagnols notent la monarchie comme les autres institutions. Pour la première fois, l’année dernière, la note est passée sous les 5 sur 10 à 4,8. Il y a donc certains signes qui ne sont pas encourageants pour la monarchie.

RFI : Et pourtant, quand on interroge les Espagnols, beaucoup disent qu’ils sont plus « Juan Carlistes » que monarchistes ! Il y a quand même une dimension personnelle importante de l’actuel monarque, qui commet là un impair qui passe mal.

B.B. : En Espagne – et c’est une particularité – il n’y a pas de courant monarchiste. Et il y a un petit courant républicain, donc antimonarchiste. En fait, les Espagnols aiment leur roi, leur famille royale, ils l'aimaient beaucoup jusqu’à présent en tout cas, essentiellement pour l’œuvre du roi. Ce qu’il a fait depuis le franquisme. Ils sont « Juan Carlistes ».

RFI : Parce que Juan Carlos a fait partie de ceux qui ont contribué au premier chef à la transition démocratique ?

B.B. : Oui, il a été mis sur le trône par Franco, ce qui était donc un lourd handicap. Il était en manque de légitimité. Mais immédiatement, en favorisant l’élaboration de la Constitution dans laquelle il n’a plus aucun pouvoir, et surtout, dans cette fameuse nuit du 23 au 24 février 1981 où il s’est mis en travers du coup d’Etat, il a peu à peu gagné sa légitimité. Puis ensuite, il n’a plus fait de politique puisque la Constitution ne lui permet pas. Ils disposaient donc, lui et la famille royale, d’un sentiment très positif. Mais depuis un an, il se passe des choses un peu désagréables pour la couronne.

RFI : Et pour les défenseurs des animaux, puisqu’il n’en est pas sa première chasse. On a vu une photo qui avait été publiée en 2006, où il posait à côté d’un éléphant mort. Visiblement, il n’y a pas que Brigitte Bardot qui l’a mal pris...

B.B. : C'est El Pais qui a publié cette photo datant de 2006, dimanche dernier. 

RFI : D’autant qu’en plus, il est président d’honneur du WWF espagnol ! Et aujourd'hui, ce sont les défenseurs des animaux qui appelaient à manifester contre lui à Madrid. C’est quand même extraordinaire. Tout ça pour ça ?

B.B. : Oui, les erreurs s’accumulent, les bévues s’accumulent. Et ce n’est pas le moment. L’Espagne vit des heures terribles depuis que Rajoy est au gouvernement. Et ça ne s'arrange pas. L’économie espagnole est extrêmement attaquée sur les marchés. Rien ne va en Espagne et le roi qui fait ses bêtises... Ce sont des bêtises, mais des bêtises assez graves pour les Espagnols. Parce qu'étant donné que la monarchie dépend de la personne du roi, on ne sait pas du tout ce que ça donnera dans dix ans, trente ans, avec le fils Philippe VI. Mais c’est dommage, parce que tout le terrain gagné, le roi est en train de le perdre.

RFI : Certaines voix se sont élevées depuis dimanche pour évoquer une démission ou même une abdication du roi. Ca prend quand même des proportions extraordinaires !

B.B. : C’est d’autant plus étonnant qu’il y a quelques socialistes qui s’y mettent. Alors que d’habitude, les deux grands partis qui écrasent la vie politique espagnole n'évoquent jamais ce thème. Le roi est évident, la couronne est évidente. Or, effectivement, des voix se multiplient pour dire : bon, il faudrait qu’il passe la main à son fils, parce qu’il a eu un certain nombre d’accidents depuis une quinzaine d’années. Et puis en plus, politiquement, on aimerait peut-être en Espagne un peu de rajeunissement. Soit son fils, soit plus de couronne. On ne sait pas.

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