Grèce / Economie

Les Grecs vont-ils devoir travailler six jours par semaine ?

Une agence pour l'emploi à Athènes. En Grèce, le taux de chômage flirte les 25%
Une agence pour l'emploi à Athènes. En Grèce, le taux de chômage flirte les 25% REUTERS/John Kolesidis

Alors que les représentants de la troïka (FMI, UE, BCE) arrivent ce vendredi 7 septembre à Athènes pour étudier les mesures prises par le gouvernement pour redresser les finances du pays, les créanciers de la Grèce demandent à son gouvernement la mise en place de nouvelles dispositions. L’instauration d’une semaine de travail de six jours est notamment évoquée. Dans un pays à l’agonie, la nouvelle a provoqué la consternation.

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Obliger les Grecs à travailler six jours par semaine, telle est l’idée suggérée par la troïka pour permettre le redressement de l’économie grecque. Dans une lettre envoyée la semaine dernière au ministère grec des Finances, et qui a fuité dans la presse locale et britannique, les créanciers de la Grèce lui demande d’appliquer une série d’une quinzaine de mesures, et notamment : accroître la flexibilité des horaires ; fixer à onze heures minimum le nombre d’heures de repos journalier ; réduire les charges sociales.

«L'idée de faire travailler les Grecs jusqu'à six jours par semaine est, sur le papier, astucieuse, elle permettrait de réduire d'un coup le coût du travail de 20 %», analyse Jesus Castillo, économiste chez Natixis, interrogé par Le Monde. «Mais reste à savoir si le problème de la Grèce est uniquement celui-là. La priorité est plutôt de rebâtir l'industrie dans le pays». Un point de vue partagé par Pascal de Lima, économiste et enseignant à HEC et Sciences Po. «Une semaine de six jours permettrait d’augmenter la production, la productivité et les rentrées fiscales, et donc les capacités à réduire l’endettement, explique-t-il à RFI. Mais ce ne peut être qu’une mesure ponctuelle. Il serait beaucoup plus pertinent de repenser l’économie au niveau européen».

Pour Pascal de Lima, ces nouvelles mesures n’ont toutefois rien de surprenant. «L’objectif de la troïka est triple : retrouver des niveaux sains de la dette, résorber le déficit public et calquer le modèle économique des pays du sud sur celui des pays du nord, avec une économie basée sur l’offre. Pour cela, il faut augmenter la compétitivité et la flexibilité, sur les horaires et les contrats de travail notamment».

Un paysage social dévasté

A Athènes, l’annonce de ces dispositions a provoqué la consternation. «C’est incroyable ! Je ne peux pas l’accepter, personne ne peut l’accepter. Tout ce qui se passe ici va se passer également dans les autres pays européens», prédit Valia Aranitou, professeur de sciences politiques à l’université de Crète, jointe par RFI. «Ca n’a rien à voir avec le remboursement de la dette», affirme pour sa part Vicky Skoumi, rédactrice en chef de la revue grecque Alèthéia. Vicky Skoumi a voté pour le parti d’extrême-gauche Syriza lors des dernières élections. Elle pense que l’objectif secret de la troïka est de transformer la société grecque pour en faire un modèle néo-libéral où les salariés seraient à la merci des patrons. «Cela permettrait la création d’une zone spéciale au sein de l’Union européenne où les entreprises pourraient être délocalisées et où elles ne subiraient aucune contrainte imposée par le droit du travail».

Toutes les personnes interrogées par RFI s’accordent à dire que les mesures adoptées jusqu’à présent par le gouvernement grec provoquent l’inverse de l’effet recherché. Elles décrivent un paysage social dévasté, parlent d’une politique «criminelle». Les quatre plans d’austérité mis en place depuis 2009 plongent la Grèce dans la récession. Le pays compte désormais près de 25% de chômeurs et une baisse du PIB de 7% est attendue pour 2012.

Pourtant, le gouvernement grec doit encore trouver 11,6 milliards d’économies à réaliser d’ici 2014 afin d’obtenir de la troïka le versement d'une tranche de 31,5 milliards
d'euros de la ligne de crédit accordée en mars. Une somme vitale, car elle lui permettrait d’éviter un défaut de paiement et d’assurer son maintien dans la zone euro. De nouvelles réductions sur les retraites et de nouvelles coupes dans les salaires de certaines catégories de fonctionnaires sont notamment évoquées.

Le fossé entre le gouvernement et la population se creuse chaque jour davantage. Une grande manifestation organisée par les deux grands syndicats du privé et du public (GSEE et Adedy) est prévue samedi 8 septembre à l’occasion de la rentrée politique. Des magistrats et des policiers, deux corps de métier pourtant peu habitués aux mouvements de masse, les ont précédés en manifestant mercredi dans la capitale. Les représentants de la troïka attendus ce vendredi à Athènes arrivent donc en terrain miné.

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