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Première réunion du MES: l’Espagne tarde à demander de l’aide

Les Espagnols ne supportent plus la politique d’austérité. Dimanche 7 octobre à Malaga.
Les Espagnols ne supportent plus la politique d’austérité. Dimanche 7 octobre à Malaga. REUTERS/Jon Nazca

La première réunion du conseil des gouverneurs du Mécanisme européen de stabilité (MES), se tient ce lundi 8 octobre à Luxembourg. Ce dispositif est chargé de gérer les crises financières de la zone euro. L’Espagne, un des pays les plus en difficulté, tarde toujours à solliciter son aide.

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Le conseil est composé des 17 ministres des Finances de la zone euro. Cette première réunion est une étape importante dans la stratégie de sauvetage des pays les plus en difficulté. Parmi eux, l'Espagne. Le pays croule sous la dette, mais rechigne à demander l'aide du MES.

Mariano Rajoy prend son temps. Le Premier ministre espagnol a présenté la semaine dernière son budget marqué par la réduction des dépenses. Il s'est engagé à réduire son déficit public à 6,3% du PIB en 2012, et 4,5% en 2013. Pas un mot en revanche sur l'aide européenne.

Dans un climat de contestation sociale permanente, le Premier ministre redoute de nouvelles mesures d'austérité. « La chef du gouvernement espagnol cherche à négocier des conditions assouplies dans le cadre d’une demande d’aide. Il cherche à convaincre ses partenaires européens que l’Espagne en a déjà fait suffisamment en terme de restrictions budgétaires et de réformes structurelles pour que la demande d’aide ne s’accompagne pas d’un plan d’austérité trop important », explique Danielle Schweisguth de l'Observatoire français des conjonctures économiques.

Les pays européens sont encore divisés sur la question. Alors que certains comme la France, poussent l'Espagne à demander de l'aide, Berlin au contraire a incité Madrid à retarder cette requête. L'Allemagne estime que l'Espagne prend toutes les mesures nécessaires pour se sortir seule, des difficultés budgétaires.

Les Espagnols dans la rue

Mais les Espagnols ne supportent plus cette politique d’austérité. Dimanche encore, plusieurs milliers d’entre eux ont défilé dans les rues de 60 villes différentes. « Plus de chômage, plus de coupes, moins de protections. Ils veulent ruiner le pays, il faut l’empêcher », proclamait une banderole en tête du cortège madrilène.

Les Espagnols subissent leur troisième plan d’austérité en huit mois. Hausse de la TVA, suppression de la prime de Noël pour les fonctionnaires et réduction de leurs jours de congés, baisse des indemnités de chômage et des remboursements de santé... « La population est indignée car il y a toujours des coupes dans nos salaires, des pertes de nos droits. Le chômage augmente chaque mois. On est préoccupés de savoir quelles seront les conditions de l’aide européenne. On regarde le Portugal et la Grèce, les conditions de travail et de vie, y sont pires qu’avant », se désole José Fernandes Vidal, vice-président du syndicat de fonctionnaires SCI-F.

Croissance minée

Mais à la longue, l’austérité risque d’étouffer l’Espagne car elle mine sa croissance. Aujourd'hui, près de cinq millions d'Espagnols sont à la recherche d'un emploi, pour un taux de chômage qui frôle les 25%. La dette des ménages espagnols atteint 120% de leurs revenus disponibles. Bref, les Espagnols ne consomment plus.

Pour Guy Verhostadt, président du groupe libéral au Parlement européen, le recours au MES et l'austérité ne sont donc que des pansements et non une cure. « Pour résoudre la crise de la zone euro il faut aller plus loin. Il faut créer notamment un fonds d’amortissement de la dette, qui va la mutualiser au-delà de 60%, et qui va diminuer les taux d’intérêt pour des pays comme l’Espagne et l’Italie ».

Pour l'heure les perspectives de l'Espagne ne sont pas réjouissantes. Le gouvernement s'attend à un recul du PIB cette année de 1,5% puis de 0,5% en 2013. Et il ne prévoit un retour à la croissance qu'en 2014.

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