ECONOMIE

EADS-BAE Systems, une fusion et beaucoup de questions

Le but de cette fusion : constituer le numéro un mondial de l'aéronautique civile et militaire.
Le but de cette fusion : constituer le numéro un mondial de l'aéronautique civile et militaire. REUTERS/Tobias Schwarz

Depuis un mois maintenant, les nombreux acteurs de l'aéronautique civile et militaire en Europe parlent, discutent, négocient et marchandent. L'objet des discussions, c'est le projet de fusion entre le britannique BAE Systems et l'européen EADS. Les deux sociétés ont jusqu'à 16 heures ce mercredi 10 octobre pour se prononcer.

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Le but de cette fusion c'est tout simplement de constituer le numéro un mondial de l'aéronautique civile et militaire, avec un chiffre d'affaires cumulé de 78 milliards d'euros, très loin devant Boeing. Les deux groupes apparaissent comme assez complémentaires. D'un côté, il y a le britannique BAE Systems, dont l'activité est essentiellement militaire et qui est l'un des fournisseurs du Pentagone aux Etats-Unis.

De l'autre, il y a l'européen EADS, dont l'activité est assez largement civile avec Airbus et qui n'a jamais réussi à vraiment pénétrer ce fameux marché américain. Le patron d'EADS, Tom Enders, parle d'une « fusion de croissance pour les deux entreprises. Nous n'avons pas un besoin impérieux de le faire, mais ce serait une belle opportunité pour les deux entreprises, de même que pour le personnel et pour les investissements que nous entendons maintenir dans les pays où nous sommes fortement présents aujourd'hui ».

Le partage du gâteau

Tout le monde n'est cependant pas aussi optimiste. Les marchés avaient accueilli l'annonce des négociations avec un certain scepticisme. Le titre EADS avait un peu baissé au moment de l’annonce des discussions. Pour Yan Derocles, analyste spécialiste du secteur chez Oddo Securities, « c'est d'abord parce qu'il y a de nombreux Etats autour de la table, ce qui complexifie la chose, mais aussi parce qu'il y a assez peu de chevauchement dans les activités des deux groupes et on voit mal où ils pourraient dégager des synergies ».

L'une des autres raisons des difficultés, c'est aussi le partage du gâteau. La nouvelle société serait détenue à 40% par les actionnaires de BAE Systems et à 60% par ceux d'EADS, lesquels estiment manifestement qu'ils y perdent un peu. Les patrons de BAE Systems et d'EADS sont assez d'accord avec le premier point. Ils aimeraient limiter l'influence des Etats pour des raisons de fonctionnement, mais aussi parce que le Pentagone, qui est donc un débouché espéré, n'aimerait pas trop que l'un de ses fournisseurs soit contrôlé de trop près par des puissances étrangères.

Intérêts stratégiques et économiques vitaux

Sauf que l'industrie de défense touche aux intérêts vitaux des pays, stratégiquement et économiquement parlant. Le président de la République François Hollande l'a rappelé : « Nous avons dit ce que nous considérons comme des conditions, après c'est aux entreprises de continuer à discuter en connaissant la position de la France, à la fois en termes de présence au capital, de localisation des sièges et de protection de notre industrie de défense. » La France est actionnaire d'EADS à hauteur de 15%. Elle le serait à hauteur de 9% dans le nouvel ensemble. L'Allemagne pourrait aussi faire son entrée. Londres et Paris se sont mis d'accord pour limiter la part des Etats à 18%.

Il y a donc aussi l'aspect économique et social. EADS, c'est 133 000 emplois dans le monde, dont une bonne partie en Europe. C'est un enjeu industriel majeur. EADS et BAE Systems ont des méthodes de travail très différentes. Et le secrétaire fédéral de Force ouvrière Métaux, l'un des syndicats importants de l'entreprise, Philippe Fraysse, souligne qu'il y a « une longue tradition sociale chez EADS et on ne voudrait pas qu'elle soit mise à mal par une éventuelle gestion à l'anglo-saxonne du groupe ».

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