Europe

Les syndicats européens vent debout contre l'austérité

Madrid, le 14 novembre 2012. Des grèves et des manifestations sont prévues partout en Europe contre la vague de réformes de rigueur budgétaire.
Madrid, le 14 novembre 2012. Des grèves et des manifestations sont prévues partout en Europe contre la vague de réformes de rigueur budgétaire. AFP PHOTO/DANI POZO
Texte par : Agnieszka Kumor
7 mn

La Confédération européenne des syndicats (CES) a appelé à une journée d’action et de solidarité ce mercredi 14 novembre pour dénoncer les politiques de rigueur mises en place dans l'Union européenne et le démantèlement du modèle de protection sociale en Europe. Malgré ces réformes, parfois draconiennes, le chômage ne cesse de progresser, et dépasserait les 25% dans certains pays comme l'Espagne ou la Grèce. Pour les syndicats, cette vague d'austérité contribue à un appauvrissement généralisé des populations. Une politique d'investissements serait bien plus bénéfique, disent-ils, pour relancer la croissance.

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Ce que l'on attend de cette mobilisation c'est que l'ensemble des gouvernements européens marquent des véritables ruptures...

Frédéric Imbrecht

Grèves, manifestations, rassemblements et autres actions. Les salariés européens sont en colère et protestent contre les mesures d’austérité draconiennes, instaurées par leurs gouvernements. Les cures de redressement budgétaire un peu partout en Europe, alors que certains pays de la zone euro sont plongés dans la récession et le chômage continue de grimper. Il atteint un taux record de 15,8% au 3e trimestre au Portugal. En Espagne et en Grèce, il a dépassé 25%.

En finir avec l’évasion fiscale

« Il y a urgence », selon la Confédération européenne des syndicats. Car l'Europe est en train de détruire son modèle de protection sociale. « Il y a une pression sur les salaires, une attaque sur la négociation collective qui crée une zone socialement libre », estime Bernadette Ségol. Selon la secrétaire générale de la CES, les véritables causes de la crise actuelle ont été oubliées, à savoir les dérives du capitalisme et la dérégulation du système financier. Plutôt que de multiplier les mesures qui font porter le poids de la crise par les salariés, la CES demande aux dirigeants européens d’en finir avec l’évasion fiscale et d’empêcher la concurrence fiscale entre les pays européens. « Seuls des investissements soutenables pourront faire démarrer la croissance », constate la CES.

C’est, donc, « une journée de colère » en forme d’avertissement. Pour protester contre la paupérisation de la société, la grève générale a été déclarée en Espagne et au Portugal. Relayant l'appel de la Confédération européenne des syndicats, cinq organisations françaises - CGT, CFDT, FSU, Solidaires, Unsa – ont appelé à des manifestations partout en France. « Nous sommes tous des Grecs, des Portugais, des Italiens, des Espagnols. Nous sommes tous des Européens, et nous devons lutter pour une autre Europe », affirment des retraités du syndicat Solidaires.

Les Grecs en ont assez d’être stigmatisés

Des actions sont également prévues en Grèce. Athènes attend qu'en retour de son énième plan de rigueur voté lundi dernier, la réunion de l'Eurogroupe qui devrait avoir lieu 20 novembre prochain, débloque enfin l'aide internationale, gelée depuis des mois. Quant aux Grecs, ils en ont assez d'être stigmatisés comme des incapables, alors que le pays est rongé par la corruption. C’est ce que dénonce Françoise Deschamps, directrice de l’agence Profil voyage. Selon cette Française qui vit et travaille à Athènes, les mesures d’austérité s’adressent toujours à la même tranche de population qui n’a plus les moyens de les accepter. « La classe moyenne grecque est devenue pauvre, et les pauvres sont devenus encore plus pauvres. »

L’austérité bloque la croissance

En France, nous ne sommes pas dans l'austérité...

Jean-Marc Ayrault

En Europe, l’inévitable question se pose : la rigueur est-elle viable pour relancer durablement l'économie ? C'est la fameuse « spirale fatale de l’austérité », selon l'expression de Paul Kruger, prix Nobel d'économie. Les dettes d’un pays sont partagées entre les différents acteurs : particuliers, entreprises, établissements publics, État… Si on les force tous à se serrer la ceinture, cela réduit les revenus de tous. L'activité et l'emploi stagnent. Il faudrait, peut-être, songer à plus de solidarité européenne. C’est ce que préconise Jésus Castillo, économiste chez Natixis : « Il faut injecter de l’argent dans l’économie grâce aux investissements publics ». Quitte à approfondir temporairement le déficit, pour passer un tour de vis d’austérité plus tard, quand la croissance sera de retour.

En attendant, les politiques d’austérité bloquent la croissance économique et les dettes s'accumulent.

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