Accéder au contenu principal
Croatie / Balkans

Le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie libère Ante Gotovina et Dragan Markac

Ante Gotovina et Dragan Markac, le 16 novembre à La Haye.
Ante Gotovina et Dragan Markac, le 16 novembre à La Haye. REUTERS/Bas Czerwinski/Pool

L’onde de choc de l’acquittement et de la libération des généraux croates Ante Gotovina et Dragan Markac n’en finit pas de se répandre dans les Balkans. L'avion les transportant de La Haye a atterri à Zagreb en fin d'après-midi. A l’euphorie qui a saisi la Croatie répondent l’indignation en Serbie et de fortes inquiétudes en Bosnie-Herzégovine.

Publicité

Depuis plusieurs jours déjà, la Croatie « patriote » était en prière pour la libération des généraux Gotovina et Markac, condamnés en première instance à de lourdes peines de prison. Leur libération, prononcée en quelques minutes, peu après 9h vendredi matin 16 novembre, a donc été accueillie avec des débordements de joie. Des milliers de personnes se sont aussitôt réunies sur la place du Ban Jelacic, dans le centre de Zagreb. La fête s’est poursuivie à travers tout le pays, mais surtout dans les villes côtières de Dalmatie, comme Zadar ou Split - région d’origine du général Gotovina, où les courants nationalistes restent toujours particulièrement bien implantés.

Pour beaucoup de Croates, avec ce jugement, c’est la page de la guerre qui est définitivement tournée. C’est cette formule qui barre la Une de l’édition spéciale du quotidien Jutarnji List, qui conclut même qu’avec l’acquittement des généraux, c’est « la Croatie tout entière qui est reconnue innocente ». Seules quelques voix critiques tentaient encore de se faire entendre, comme celle de l’éditorialiste Tomislav Klauški, qui rappellait, sur le site index.hr que, si les généraux ont été acquittés, la réalité des crimes commis lors de la reconquête de la Krajina, à l’été 1995, n’en est pas effacée pour autant. Tomislav Klauski faisait également mine de s’étonner du brusque revirement des milieux nationalistes, qui ne tarissent plus d’éloge pour le TPI, alors qu’ils présentaient encore il y a quelques heures la juridiction internationale comme un tribunal « impérialiste et anti-croate ».

Tandis que le gouvernement envoyait son avion officiel à La Haye pour chercher les généraux qui ont quitté l’enceinte de détention de la prison internationale de Scheveningen vers 13h30, le président de la République, Ivo Josipovic, est intervenu pour tenter de recadrer le débat. Tout en se félicitant de la libération des généraux, il a rappelé que « la responsabilité de l’État » restait engagée pour faire la lumière sur les crimes commis et en identifier les responsables. Le juriste Zarko Puhovski, grande figure de la société civile croate, se déclarait pourtant très pessimiste sur la possibilité de voir les tribunaux locaux croates se saisir efficacement du dossier - soulignant le risque les crimes commis ne tombent désormais dans l’oubli.

Colère de la Serbie

En Serbie, les réactions ne se sont pas faites attendre. Le président Tomislav Nikolic et le Premier ministre ont dénoncé « une décision politique scandaleuse », remettant en cause toute la crédibilité du TPIY. Même si Belgrade a rempli toutes ses obligations envers le tribunal de La Haye - notamment en arrêtant les anciens chefs serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et Goran Hadzic - on sait que les dirigeants serbes n’ont jamais été de chauds partisans de la justice internationale.

Toutefois, les critiques se font entendre de toute part, y compris du côté des militants ou des juristes engagés de longue date dans le combat pour la justice. Ainsi, Natasa Kadic, la présidente du Fonds pour le droit humanitaire de Belgrade, a estimé que l’arrêt de la cour d’appel du TPIY « ne rendait pas justice aux victimes », tout en « niant les responsabilités de l’État croate ». Se livrant à une véritable exégèse juridique de l’arrêt rendu par le juge Meron, elle estime que celui-ci réduit les crimes de guerre commis à l’encontre de la population civile serbe de Krajina à une série « d’incidents isolés ». Or, s’indigne Natasa Kandic, « le fait est que, près de 20 ans après la fin de la guerre, de vastes régions de Croatie sont toujours désertes, pour avoir été vidées de leur population ».

Elle estime que cet arrêt a ruiné la notion « d’entreprise criminelle commune » et celle de responsabilité de commandement. C’est pourtant sur ces deux principes qu’ont été menés nombre de procès devant le TPIY, et Natasa Kandic se demande comment ces procès pourront désormais se poursuivre, en faisant explicitement référence à ceux de Radovan Karadzic et Ratko Mladic.

En Republika Srspka, « l’entité serbe » de la Bosnie-Herzégovine, certains vont encore plus loin. Petar Djokic, le président du Parti socialiste, qui estime que « rien ne justifie plus la poursuite des procès contre Radovan Karadzic, Ratko Mladic ou les autres généraux serbes ». Pour leur part, les responsables officiels de Sarajevo observent un silence prudent, craignant que l’onde de choc du jugement rendu vendredi matin par le TPIY ne vienne bouleverser tous les fragiles équilibres régionaux.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.