Espagne

Espagne : l'aspiration indépendantiste dans les urnes de Catalogne

Artur Mas du parti Convergence et Union (CIU) espère avoir la majorité absolue au Parlement. En meeting à Barcelone, le 23 novembre 2012.
Artur Mas du parti Convergence et Union (CIU) espère avoir la majorité absolue au Parlement. En meeting à Barcelone, le 23 novembre 2012. REUTERS/Albert Gea
Texte par : Béatrice Leveillé
8 mn

Ce dimanche 25 novembre, des élections régionales anticipées sont organisées par le gouvernement catalan, afin que la population de la région la plus riche d’Espagne puisse exprimer dans les urnes la forme que prendront ses aspirations à l’indépendance. « Nous ne sommes pas les vassaux de l'Etat espagnol », a ainsi clamé Artur Mas, le président de la Catalogne.

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Dans un bureau de vote à Barcelone

Cette aspiration indépendantiste est une aspiration populaire exacerbée par la crise économique. Le président du gouvernement catalan, un nationaliste modéré, ne s’est emparé du sujet qu’après une manifestation monstre : plus d’un million de personnes dans les rues de Barcelone, le jour du « dédia », la journée de la nation catalane, le 11 septembre dernier. Le refus de Madrid de discuter d’un pacte fiscal avec la Catalogne qui a suivi, quelques jours plus tard, a entrainé le vote par le Parlement catalan de sa dissolution et l’organisation d’élections anticipées dans le but d’organiser un référendum d‘auto-détermination, un référendum parfaitement anticonstitutionnel et d’avance rejeté par l’Etat central à Madrid.

Une région en crise politique et économique

Le drapeau indépendantiste, symbole catalan d'espoir

La Catalogne doit faire face à un taux de chômage important de 25 % à 40 % pour les jeunes, comme dans le reste de l’Espagne. La bulle immobilière a explosé ici aussi. La région est la plus endettée d’Espagne : 42 milliards d’euros. Les taux d’intérêt ont flambé. La dette de la Catalogne est considérée sur les marchés financiers comme une dette pourrie. Le gouvernement catalan a dû emprunter 5 milliards d’euros à Madrid pour tenir ses engagements en novembre. Cette région considérée comme la plus riche d’Espagne est désormais touchée par la pauvreté. Aujourd’hui, un enfant sur quatre vit en dessous du seuil de pauvreté en Espagne.

Artur Mas a mené, depuis son arrivée au pouvoir en 2010, une politique de rigueur. Il a réduit les budgets qui dépendent de lui, les budgets sociaux, ceux de la santé et de l’éducation notamment. Il réclame une nouvelle répartition de l’impôt que les Catalans prélèveraient eux-mêmes et redistribueraient aux régions espagnoles les plus défavorisées. C’est le « pacte fiscal » que le président du gouvernement catalan a soumis au chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, qui l’a rejeté.

L’enjeu des élections

Artur Mas, le président de la Catalogne, fait un pari risqué : il espère avoir la majorité absolue au Parlement, mais les sondages sont moins optimistes. C’est la gauche indépendantiste qui devrait profiter de ces élections anticipées. Son parti pourrait perdre des sièges. Les indépendantistes devraient malgré tout avoir la majorité absolue.

L'Espagne et la Catalogne, incompréhension mutuelle

Artur Mas devra donc tenir ses engagements : il a promis un référendum sur l’indépendance de la Catalogne dans les quatre ans à venir. Des discussions devraient s’ouvrir avec l’Etat espagnol pour trouver un compromis. Par exemple, remettre le pacte fiscal sur la table mais les Catalans se contenteront-ils de l’autorisation de lever l’impôt dans leur région, comme le font déjà les Basques, ou exigeront-ils une nation comme leur a promis Artur Mas ? Il a allumé le feu de l'indépendance, saura-t-il le contenir ?
 

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