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Roumanie

Législatives en Roumanie sur fond d’austérité et de soupçons de corruption généralisée

Une affiche représentant les candidats de la coalition de l'Union sociale-libérale, le Premier ministre Victor Ponta et le libéral Crin Antonescu.
Une affiche représentant les candidats de la coalition de l'Union sociale-libérale, le Premier ministre Victor Ponta et le libéral Crin Antonescu. REUTERS/Radu Sigheti
Texte par : Tudor Tepeneag
5 mn

L’Union sociale libérale, déjà au pouvoir à Bucarest depuis l’été dernier, est favorite pour les législatives du dimanche 9 décembre. Formée des sociaux-démocrates, des libéraux et des conservateurs, elle est créditée de 60% des suffrages. Les partisans du président Traian Basescu, regroupés au sein de l’«Alliance pour une Roumanie droite», ne devraient obtenir que 15% à 23% des voix. En troisième position : le Parti populaire, en pleine ascension.

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Les élections législatives de Roumanie font écho à la tentative de destitution du président Traian Basescu de l’été dernier. Ce fut alors un véritable feuilleton politique à rebondissements qui a secoué le pays, et valu au Premier ministre Victor Ponta et à sa coalition les critiques de l’Union européenne et des Etats Unis, pour non respect des normes démocratiques. Le président avait réussi à garder son poste suite à un référendum qui a été invalidé, le seuil de participation minimale de 50% n’ayant pas été atteint. Mais, selon les chiffres officiels, plus de sept millions de Roumains ont voté pour sa destitution.

Traian Basescu est président jusqu’en 2014 et la cohabitation avec le Premier ministre Victor Ponta et son gouvernement issu de l’Union sociale libérale (USL) ressemble jusqu’à présent à une guerre d’usure. Le président a même menacé de ne pas reconduire Victor Ponta dans se fonctions, si l’USL n’obtenait pas plus de 50% des suffrages. De son côté, la coalition majoritaire espère avoir une majorité suffisante au Parlement pour pouvoir modifier la Constitution et, éventuellement, tenter une nouvelle fois d’évincer le président.

Les Roumains inquiets pour leur niveau de vie

Alors que le score de l’Union sociale libérale constitue l’enjeu principal de ces législatives, la participation au scrutin reste une grande inconnue. Pour certains analystes, elle devrait être assez forte : ceux qui ont voté, en vain, pour la destitution du président Traian Basescu voudront prendre leur revanche. Mais selon le sociologue Vasile Dancu, la participation au vote devrait se situer seulement autour des 40%. « Les sympathisants des deux camps pourraient renoncer à voter, se disant que de toute façon le vainqueur est connu d’avance », analyse-t-il.

Au-delà des querelles partisanes, les Roumains sont inquiets pour leur niveau de vie. Ils ont subi une grande cure d’austérité depuis 2010, avec des baisses de salaires et de retraites de 25%, et le relèvement de 5 points de la TVA, à 24%. Le Parti démocrate-libéral du président Traian Basescu, devenu entre-temps l’« Alliance pour une Roumanie droite », est toujours perçu comme responsable de cette situation. L’Union sociale libérale s’est engagée à augmenter les salaires et les retraites, mais la croissance économique tant espérée se fait attendre, et il n’est pas certain que cette promesse pourra être tenue.

Dix parlementaires accusés de corruption se représentent

Beaucoup de dysfonctionnements s’expliquent en Roumanie par la corruption, y compris le fait que le pays n’a réussi à absorber qu’une infime partie des fonds européens qui lui sont destinés. En dehors du système de pots-de-vin, peu de projets bénéficiant de fonds européens voient le jour. « Votez pour moi, je vole moins que les autres ! » C'est avec ce slogan étrange, empreint d'une forme de dérision à la roumaine, qu'un candidat écologiste a voulu inciter les électeurs à le choisir. Il faut dire que la plupart des Roumains sont persuadés que toute la classe politique est corrompue jusqu'à la moelle.

Selon l'Institut roumain pour les politiques publiques, près de dix parlementaires poursuivis ou jugés pour des faits de corruption, dont quelques ex-ministres, se présentent à nouveau aux législatives de dimanche. Ils sont tous en position éligible, profitant du mode de scrutin, partiellement à la proportionnelle. De rares responsables politiques accusés de corruption sont jugés et font de la prison. C’est le cas de l’ancien Premier ministre social-démocrate Adrian Nastase, condamné à deux ans de prison ferme pour financement frauduleux de sa campagne électorale.

Le manque de confiance généralisé profite aux formations populistes

La montée en puissance du PP-DD, le Parti populaire-Dan Diaconescu, du nom de son fondateur, patron d'une chaîne de télévision, est l'un des phénomènes les plus spectaculaires de cette campagne électorale. Ce parti populiste, apparu il y a seulement quelques mois, est crédité de près de 15% des intentions de vote. Cette ascension fulgurante est liée sans doute à la déception qu’éprouve une partie de la population vis-à-vis des partis traditionnels. Elle marque aussi la perte de popularité des partis nationalistes liés aux membres de l’ancienne « Securitate » communiste.

« Dan Diaconescu est un populiste type, qui s’inscrit dans une tendance de retour au nationalisme et rallie autour de son parti tous les perdants de la transition du communisme au capitalisme », explique le politologue Cristian Pîrvulescu. La nouvelle étoile montante du paysage politique roumain se déplace en Rolls Royce blanche dernier cri. Dan Diaconescu s’est rendu ainsi devant le ministère de l’Economie, avec des sacs prétendument remplis d’argent, pour se porter acquéreur d’un combinat chimique mammouth hérité du communisme. Incapable de payer le montant promis, il fait l’objet d’une enquête pour tromperie.

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