Irlande du Nord

Irlande du Nord: les loyalistes, l'Union Jack et Kate Middleton

Un groupe de protestants loyalistes bloque l'entrée de la Cregagh Road (est de Belfast), le 4 janvier 2013.
Un groupe de protestants loyalistes bloque l'entrée de la Cregagh Road (est de Belfast), le 4 janvier 2013. REUTERS/Cathal McNaughton
Texte par : Tudor Tepeneag
4 mn

Ce mercredi 9 janvier, le drapeau britannique flottait à nouveau sur l’hôtel de ville de Belfast. C’est pour célébrer les 31 ans de la princesse Kate que l’Union Jack a été hissé sur l’imposant édifice de la capitale de l’Irlande du Nord, pour la première fois depuis le 3 décembre. La nuit précédente, les protestataires loyalistes avaient lancé des cocktails Molotov, des briques et des bouteilles vides dans certains quartiers de la ville. Selon la police, les manifestants sont manipulés par des membres des milices paramilitaires loyalistes.

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Dès l’aube, la municipalité de Belfast a hissé le drapeau britannique, mais sans fanfare, ni cérémonie spéciale. C’est tout simplement parce que le 9 janvier, c’était la première date prévue à cet effet, cette fois-ci en l'honneur du 31e anniversaire de la princesse Kate, duchesse de Cambridge, épouse du prince William. Dix-sept autres dates - essentiellement des anniversaires de la famille royale - sont prévues jusqu’à la fin de l’année.

Mais les loyalistes restent mécontents. La nuit de mardi à mercredi encore, dans certains quartiers de Belfast, les émeutiers ont lancé contre les forces de police des cocktails Molotov et différents autres projectiles, des feux d'artifice, des pierres et des bouteilles. Des heurts malgré tout moins intenses que ceux qui ont eu lieu les nuits précédentes, lorsque les blindés de la police ont été la cible de tirs d'armes automatiques, la police faisant elle-même usage de balles en caoutchouc, pour disperser les rassemblements de protestataires.

Il faut rappeler aussi que depuis le mois de décembre, lorsque ces troubles ont commencé, beaucoup de personnes ont été blessées, y compris des policiers. Des arrestations ont également eu lieu. Parmi les personnes interpellées, on a dénombré des enfants, souvent très jeunes, âgés parfois de 10 ou 11 ans. Les spécialistes du conflit en Irlande du Nord pensent que les émeutiers sont manipulés par des membres des milices paramilitaires loyalistes.

Pour les catholiques, le drapeau britannique est le symbole de l’oppresseur

La communauté protestante, que l'on appelle loyaliste ou bien unioniste, est très attachée au drapeau britannique, car il représente l'appartenance au Royaume-Uni. A contrario, pour les catholiques, républicains, que l'on appelle aussi nationalistes, ceux qui auraient voulu rejoindre la République d'Irlande du sud, ce drapeau est le symbole de l'oppresseur.

Depuis 1998 et l'accord du Vendredi saint, ou accord de Belfast, un processus de normalisation progressive a vu le jour en Irlande du Nord, qui s'est surtout concrétisé à partir de 2007. Des tensions persistent, il est vrai, entre les communautés catholique et protestante, mais en général les violences sont limitées à la période d'été. C’est à ce moment de l’année que les unionistes protestants, notamment l’Ordre d’Orange, organisent des défilés traditionnels pour célébrer des événements qui datent de plusieurs siècles et qui consacrent la suprématie des protestants sur les catholiques.

La situation économique n’est pas étrangère à ce regain de tension

Les violences qui ont éclaté à partir de l'histoire du drapeau britannique sont un signal d'alarme pour les autorités, à Belfast et à Londres. Le leader politique des unionistes a demandé un entretien avec le Premier ministre David Cameron. Il voudrait trouver un moyen pour que les habitants des quartiers défavorisés de Belfast s'impliquent davantage dans la vie politique et sociale. Il critique aussi le parti républicain Sinn Fein, qui refuse de sièger au Parlement de l'Irlande du Nord.

La situation économique n'est sans doute pas étrangère à ce regain de tension. Plus de 8% de la population est au chômage, dont plus de 21% de jeunes. Ce sont eux les plus pessimistes quant à leur avenir, et aussi les plus sceptiques sur l'avenir des relations intercommunautaires. Alors qu'à la différence de leurs parents, ils ont grandi dans un climat de paix relative.

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