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Allemagne/Vatican

Le désamour des Allemands avec leur pape

Panneau à l'entrée de la ville allemande de Marktl, lieu de niassance du pape Benoît XVI.
Panneau à l'entrée de la ville allemande de Marktl, lieu de niassance du pape Benoît XVI. REUTERS/Michael Dalder
5 mn

L’élection d’un pape allemand en 2005 après plusieurs siècles avait suscité un certain enthousiasme dans le pays d’origine de Joseph Ratzinger. Le quotidien populaire Bild Zeitung titrait en une sur une pleine page « Nous sommes pape ». Mais les critiques initiales de théologiens et de catholiques ont laissé avec le temps la place à une large indifférence voire à un rejet au sein de la population.

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De notre correspondant à Berlin,

Une du quotidien populaire Bild Zeitung après l'élection de Joseph Ratzinger à la charge pontificale.
Une du quotidien populaire Bild Zeitung après l'élection de Joseph Ratzinger à la charge pontificale.

« Respect ». C’est le mot qui revient dans beaucoup de réactions officielles en Allemagne après l’annonce de la prochaine démission de Benoît XVI. Respect pour le ponfificat de près de huit ans du pape allemand Joseph Ratzinger. Respect aussi pour sa décision de mettre un terme prématuré à ses fonctions. C’est en ces termes que c’est exprimé notamment Angela Merkel, la fille de pasteur protestant, deux heures après l’annonce du retrait de Benoît XVI. Des termes repris par beaucoup de responsables politiques.

Au sein de la hiérarchie catholique, on a également rendu hommage au pape et à sa décision à l’instar du président de la conférence épiscopale Robert Zollitsch : « Les évêques allemands remercient le Saint Père que nous assurons de notre respect et de notre admiration pour sa décision. Benoît XVI était un véritable pontifexe, un bâtisseur de ponts entre la foi et la raison, entre les hommes et Dieu, entre les confessions pour contribuer à la paix dans le monde. Son geste est éminemment humain et religieux. »

Bilan mitigé

On retrouve aussi le terme de respect pour la décision du pape dans de nombreux commentaires de la presse allemande de ce mardi. La plupart des unes sont sobres dans leur titre avec deux exceptions majeures. Le quotidien populaire conservateur Bild présente, en pleine page, une photo de Benoît XVI de dos avec le titre : « Plus de force ». Le quotidien de gauche berlinois Bild Zeitung se contente sur une page presque blanche de trois mots « Gott sei dank » (« Dieu merci »). Si les commentateurs sont quasi-unanimes à saluer la première démission depuis le Moyen-Age d’un pape, les commentaires sur son bilan sont plus mitigés. « C’est seulement par sa démission que le pape brise les chaînes de la tradition, il ne les a sinon pas remis en cause », analyse le quotidien de centre gauche Süddeutsche Zeitung.

Beaucoup de journaux, sauf les plus conservateurs, critiquent le bilan de Benoît XVI : sa gestion des scandales pédophiles pour lesquels l’Eglise a été accusée de refuser la transparence, son manque d’engagement en faveur de l’œcuménisme central pour beaucoup en Allemagne où catholiques et protestants comptent respectivement 25 millions de fidèles. La levée des excommunications contre des intégristes dont l’évêque négationniste Williamson a même été critiquée publiquement, fait rare, par Angela Merkel en 2009.

Une succession difficile en perspective

Si la chancelière a évoqué dans sa déclaration lundi « les battements de cœur »

provoqués chez les Allemands par « leur » pape, ces mêmes battements ont rapidement faibli. Le grand-père sympathique et réservé des débuts, accueilli avec bienveillance voire enthousiasme peu après sa désignation lors des Journées mondiales de la jeunesse à Cologne en 2005, a laissé la place pour beaucoup au « Panzerkardinal » comme le très conservateur Ratzinger a été baptisé dans son pays. Lorsque Benoît XVI effectue un déplacement officiel en Allemagne en septembre 2011, 86% des Allemands ne jugent pas cette visite importante.

Les idées de celui que l’hebdomadaire Der Spiegel baptise « L’étranger » sur le célibat des prêtres, le rejet de l’ordination des femmes ou l’homosexualité sont massivement rejetées dans la population. Des contre-manifestations ont lieu. Des groupes de catholiques critiquent ouvertement le pape. Des théologiens de renoms proches du jeune Joseph Ratzinger défenseur dans le passé de positions plus libérales ont exprimé publiquement leurs critiques. Uta Ranke-Heinemann qui a étudié avec le pape dans les années 50 qualifie son pontificat de catastrophe. Hans Küng, un théologien imminent en Allemagne et un des critiques les plus connus de Benoît XVI pense que les cardinaux conservateurs nommés par le pape laissent mal augurer d’un successeur susceptible de sortir l’Eglise catholique de sa crise actuelle.

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