Bande dessinée / 75 ans Spirou

«Spirou n’est pas anachronique, il est intemporel»

Détail de la couverture du 53e album de Spirou "Dans les griffes de la vipère".
Détail de la couverture du 53e album de Spirou "Dans les griffes de la vipère". dupuis.com

C’est le groom le plus célèbre du monde et ça fait bien longtemps qu’il ne se contente plus de porter des valises et qu’il a délaissé l’ascenseur pour des découvertes bien plus délirantes avec son ami Fantasio, l’écureuil Spip, le Marsupilami, le comte de Champignac ou le savant mégalo Zorglub. Pas un cheveu blanc sous son calot rouge. Spirou fête cette année ses 75 ans et pour souffler les bougies, il y aura du monde le 21 avril prochain. Dans les griffes de la vipère, le dernier album des aventures de Spirou et Fantasio porte le numéro 53. Entretien avec le dessinateur Yoann et le scénariste Fabien Vehlmann.

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Fabien Vehlmann, signer l’album des 75 ans, c’est une pression pour vous ou c’est une responsabilité particulière ?

C’est un peu les deux, mais c’est surtout du plaisir. Si ce n’était pas un peu de plaisir, on ne ferait pas un truc pareil. Bien sûr qu’il y a de la pression parce qu’on sait que les lecteurs ont une attente. Mais avec Yoann, on essaie toujours de faire abstraction en grande partie de cette pression, on essaie de faire du bon travail et de s’amuser le plus possible.

Yoann, c’est votre troisième album que vous signez tous les deux dans la série de Spirou et Fantasio. Comment est-ce qu’on reprend une série pareille ?

C’est une espèce de concours de circonstances et en même temps, ce n’est pas véritablement un hasard. J’ai l’impression d’avoir été toujours plus ou moins destiné à cela. Depuis tout gamin, mes premières lectures en bandes dessinées, mes premiers émois graphiques, m’ont été procurés par la lecture des œuvres de Franquin notamment à travers Gaston Lagaffe et aussi à travers Spirou et Fantasio. Je me suis très vite projeté, identifié à cet univers. Ce qui m’a finalement donné envie de faire de la bande dessinée, c’était de lire Spirou, Gaston, le Marsupilami, les Idées noires. Évidemment il y avait d’autres classiques, mais c’était véritablement une série fondatrice.

On vous a proposé tous les deux comme ça de reprendre la série ? Quel était le déclic, Fabien ?

Ça s’est passé par plein d’étapes parce que l’histoire de Dupuis a toujours été très loin d’être un long fleuve tranquille. En même temps, cela fait partie de la vie d’une maison d’édition. Ils se sont posés plein de questions sur qui seront les repreneurs après Tome [le scénariste, ndlr] et Janry [le dessinateur, ndlr]. On avait déjà été plus ou moins approchés à ce moment-là. Puis finalement c’est Morvan et Munuera qui ont été pris. Et après coup, ils sont revenus vers nous. En ce qui me concerne, il y avait une logique parce que j’avais commencé à travailler dans le journal de Spirou. Je crois que ça a pu jouer. Et il se trouve que Yohann aussi, on savait qu’il y avait cette connaissance très fine de l’univers de Franquin dont il a parlé à l’instant.

Yohann, quand vous vous êtes mis à dessiner ou à redessiner Spirou, vous vous êtes dit, il faut que j’imite les dessinateurs précédents ou est-ce que vous vouliez au contraire vous en démarquez ?

J’ai voulu chercher à m’en démarquer, c’est d’ailleurs la démarche qu’on a en commun avec Fabien. Plutôt qu’une succession de petites couleurs qui ont clairsemé la série, je me suis plutôt dit quel est un peu l’état d’esprit en général de Spirou ? Si on devait faire une sorte de synthèse, qu’est-ce que c’est l’esprit de Spirou ? C’est ça qu’on a essayé de retrouver avec Fabien, au point de vue du dessin, ainsi qu’au point de vue des histoires. On n’a pas essayé de faire des clins d’œil, de faire des références tout le temps. Évidemment l’univers de Spirou est riche et contient des petits éléments, des petits ingrédients dont on peut se servir et dont on se sert de temps en temps. Mais il me semble que le plus important, c’est d’abord un état d’esprit que ce soit dans le dessin, c’est-à-dire dans le caractère que je vais donner au dessin, aux personnages, de l’expressivité, de l’humour, essayer d’inventer un maximum, des cadrages marrants, mettre des petits gags dans les coins, ça, c’est un état d’esprit. Ce n’est pas dire, tiens je vais dessiner une main comme ça ou je vais dessiner une oreille ou je vais dessiner un personnage qui court comme ça. Ça n’a pas de sens.

Il y a un côté vintage dans cet album Les griffes de la vipère. Sur la couverture, il y a Spirou avec son costume de groom et qui pose en s’appuyant sur la fameuse turbotraction bleu turquoise, flashy en plus. Ça se voit aussi au niveau du mobilier, ce côté vintage. C’est une façon de fêter l’anniversaire, Fabien ?

C’est quelque chose qu’on se sent à faire tout le temps dans la série. Il se trouve que dans le 53, c’est assez présent en particulier, mais on essaie de rendre un hommage par des fois des toutes petites choses, sans être non plus dans un pastiche, mais c’est vrai que ça peut faire plaisir au lecteur à un moment donné de retomber sur des grands classiques.

Moi, ça m’a fait penser un peu au dernier James Bond !

C’est le parallèle que je m’apprêtais à faire. Assez étonnamment, il va s’en dire que l’on n’a aucun contact avec les scénaristes de Skyfall, mais leur démarche a été assez proche de celle qu’on a pu avoir avec Yohann, à savoir pour célébrer un personnage qui paraît anachronique, c’est de mettre en avant une espèce allée de galeries de ce qu’a pu être la série et en même temps, s’en démarquer. En même temps, montrer justement que ce personnage n’est pas anachronique. Il est intemporel. James Bond, on va le revoir un tout petit peu avec son smoking dans Skyfall et en même temps, on va voir qu’il est complètement malmené par une époque qui n’a pu tellement besoin d’un espion de la guerre froide. On a décidé avec Yohann de remettre Spirou son costume de groom et il est malmené à une époque où il a plus affaire à des avocats et à des ordinateurs qu’à des méchants.

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Dans les griffes de la vipère
, 53e album des aventures de Spirou et Fantasio, Editions Dupuis, 48 pages.

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