Russie / Etats-Unis

La liste Magnitski jette un froid dans les relations russo-américaines

Sergueï Magnitski est mort en prison en 2009.
Sergueï Magnitski est mort en prison en 2009. REUTERS/Mikhail Voskresensky
Texte par : Achim Lippold Suivre | Elena Servettaz
5 mn

S’il y a une affaire qui empoisonne actuellement les relations américano-russes, c’est bien l’affaire Magnitski. Sergueï Magnitski était un juriste russe, qui travaillait pour un fonds d’investissement occidental. Il est mort en 2009 dans une prison moscovite à la suite de mauvais traitements. Les Etats-Unis ont décidé de sanctionner la Russie. Ils estiment que les autorités de Moscou sont responsables de sa mort.

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Ces sanctions américaines ont été révélées il y a quelques jours, sous forme d’une liste, la liste Magnitski. Sur cette liste figurent les noms de 18 personnalités russes. Elles sont interdites de séjour sur le territoire américain. Leurs avoirs aux Etats-Unis ont été gelés. Le sénateur Ben Cardin, qui a contribué à la loi Magnitski, s’en félicite. « Ce que nous disons est très simple : Nous demandons aux pays de respecter les lois. Cela veut dire garantir la protection des citoyens. » Selon ce sénateur démocrate, la Russie n’a pas appliqué la loi d’une façon indépendante. « La preuve, ajoute-t-il, la façon dont Sergueï Magnitski a perdu sa vie. Ceux qui en sont responsables n’ont jamais été traduits devant la justice. »

Cette initiative américaine a jeté un froid sur les relations entre Washington et Moscou. Les Russes ont riposté en interdisant à 18 Américains l’entrée sur leur territoire. Auparavant, la Douma, le Parlement russe, avait déjà passé une loi qui interdit l’adoption d’enfants russes par des couples américains. Pour certains médias, cette réaction « œil pour œil, dent pour dent » rappelle l’époque de la guerre froide. Mais le sénateur John McCain, ancien candidat républicain à la Maison Blanche, n’est pas inquiet. Lui, qui a participé à l’élaboration de la loi Magnitski, estime que la Russie ne comprend que le langage des sanctions. « Lorsque nous avons voté en 1974 la loi Jackson-Vanik qui imposait des restrictions commerciales avec la Russie, tout le monde disait : cela va peser sur nos relations avec l’Union soviétique. Mais finalement cette loi a contribué à mettre un terme à la guerre froide. Alors j’espère que la liste Magnitski peut ramener Vladimir Poutine à la raison. Il se comporte d’une façon très dictatoriale », explique John McCain à RFI.

Pourquoi cette mobilisation pour Sergueï Magnitski ?

La mobilisation vient surtout du Congrès, et plus précisément des sénateurs républicains. Selon Philip Golub, spécialiste de la politique étrangère américaine, ces conservateurs sont pour la plupart encore enfermés dans le schéma de la guerre froide. Mitt Romney, l’ancien candidat républicain à la Maison Blanche en 2012, n’a-t-il pas désigné la Russie comme l’ennemie principale des Etats-Unis ? En tout cas, l’initiative du « Grand Old Party », à laquelle se sont joints aussi des démocrates, a suscité des tensions entre le Congrès et la Maison Blanche. Le Congrès visait 250 personnalités russes au total. Mais le gouvernement, soucieux de ne pas trop se fâcher avec les autorités de Moscou, n’en a retenu que 18. « Le département d’Etat avait fortement combattu l’élaboration de la loi en 2012, explique Philip Golub. Le président Barack Obama voulait éviter une détérioration des relations avec la Russie, notamment à cause de la Syrie. »

Même après sa mort, Magnitski est poursuivi en justice

Ces considérations diplomatiques n’intéressent pas vraiment les proches de Sergueï Magnitski. Sa mère Natalia Magnitskaya espère que les sanctions américaines auront un impact. Elle estime que son fils n’a jamais bénéficié d’un procès équitable. Sergueï Magnitski a été arrêté en 2008 pour fraude fiscale alors qu’il était en train de dénoncer une affaire de corruption impliquant la police et le fisc russes. Selon Natalia Magnitskaya, beaucoup de gens sur la liste ont participé aux persécutions contre son fils. « La figure la plus odieuse pour moi, c’est le juge d’instruction Siltchenko. Et tous les juges qui figurent sur la liste ont eux aussi leur responsabilité importante dans ce qui est arrivé à Sergueï », dit la mère à RFI. « On avait l’impression qu’à la place d’investigations et de justice, on jouait un spectacle face à Sergueï, qui préparait sa défense en s’appuyant sur la loi ».

Et la justice russe continue de s’acharner contre Sergueï Magnitski. Presque quatre ans après la mort de Sergueï Magnitski, son procès se poursuit devant un tribunal moscovite. Mais la cage en fer prévue pour l’accusé est maintenant vide.

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