Turquie

Turquie: la conquête de Taksim par les manifestants, un revers pour Erdogan

Dans l’après-midi de ce samedi 1er juin, avant le retrait des forces de l’ordre, les affrontements ont été violents sur la place Taksim, baignée de gaz lacrymogènes.
Dans l’après-midi de ce samedi 1er juin, avant le retrait des forces de l’ordre, les affrontements ont été violents sur la place Taksim, baignée de gaz lacrymogènes. REUTERS/Murad Sezer

Depuis deux jours, des affrontements ont opposé la police à des manifestants, à Istanbul. À l'origine de ces heurts, un projet d'urbanisme qui prévoit la destruction du parc Gezi, à proximité de la place Taksim, au cœur de la ville, afin d'y ériger une caserne militaire et un centre commercial. Le gouvernement, qui s’est d’abord montré inflexible, a lâché du lest ce samedi 1er juin, en ordonnant le retrait des forces de police, laissant de fait la place Taksim aux manifestants.

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Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

La conquête de la place Taksim est sans nul doute un revers cuisant dont le gouvernement, et avant tout son chef, Tayyip Erdogan, va devoir tirer les leçons. Il doit d’abord commencer par accepter le fait qu’il a affaire à un mouvement de mécontentement très large et très profond dans la société turque.

Cette contestation qui a essaimé en quelques heures à de nombreuses villes du pays, en est la preuve. C'est le signe qu’il ne s’agissait pas là d’une poignée de provocateurs, mais bien d’un avertissement, un cri du cœur d’une large partie de la population.

Le Premier ministre semble avoir fait marche arrière en reconnaissant, comme le président de la République et quelques ministres, un usage « excessif » de la force.

Tayyip Erdogan a fait retirer la police, tout en disant vouloir maintenir le projet de réhabilitation de la place de Taksim. Tancé par Damas, qui en profite opportunément pour retourner à Tayyip Erdogan ses critiques sur la gestion des manifestations populaires, le chef du gouvernement turc n’a bien sûr pas commenté. Mais il se demande certainement comment entendre le message de la rue, sans perdre la face.

La mobilisation contre les violences policières dont ont été victimes des milliers de manifestants à Istanbul est sans précédent, en Turquie. L'effervescence a été telle, sur les réseaux sociaux, qu’elle a fait reculer le gouvernement.

Visages ensanglantés, corps propulsés dans les airs par la force de jets des canons à eaux, manifestants pacifiques aspergés de gaz lacrymogènes. Les images d'Istanbul ont été largement relayées par les internautes sur les réseaux sociaux, notamment Facebook et Twitter (#occupygezi).

Comme un pied de nez aux autorités et à la censure en vigueur dans les médias officiels, contrôlés par le gouvernement, des dizaines de milliers de personnes ont littéralement pris d'assaut les réseaux sociaux pour informer, dénoncer et lancer un appel à manifester contre la dérive autoritaire de Tayyip Erdogan.

Un « printemps turc » ?

Les clichés, parfois insoutenables, ont créé un élan de solidarité et fait sortir dans les rues des dizaines de milliers de personnes. Ce qui n'était au départ qu'un simple rassemblement pour la sauvegarde d'un jardin public en centre-ville s'est mué en un vaste mouvement d'union contre la politique du chef du gouvernement.

L'usage excessif de la force par la police a fini de convaincre les plus réticents de se joindre au mouvement que beaucoup, déjà, décrivent comme un « printemps turc ». De nombreux internautes crient déjà victoire après l'appel au calme lancé, ce samedi, par le président Abdullah Gül et l'ordre donné aux policiers d'évacuer la place Gezi, occupée ces derniers jours par les forces de l'ordre.

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