Union européenne / Economie

La lutte contre le chômage des jeunes: priorité absolue de l'Union européenne

Un jeune en apprentissage dans une usine de Bonn en Allemagne.
Un jeune en apprentissage dans une usine de Bonn en Allemagne. Ulrich Baumgarten/Getty Images

Lors du dernier sommet à Bruxelles, les 27 et 28 juin 2013, les dirigeants européens ont décidé d'allouer 6 milliards d'euros aux pays les plus touchés par le chômage des jeunes : la Grèce, l'Espagne, l'Italie, le Portugal et la France. Pour évoquer concrètement la situation et les solutions qui peuvent y être apportées, Angela Merkel, la chancelière allemande, reçoit à Berlin ce mercredi 3 juillet, les chefs d'Etat et de gouvernement européens.

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Les chiffres sont éloquents : l'Union européenne compte 26 millions de chômeurs, dont 5 millions sont des actifs de moins de 25 ans. C'est en Grèce que le taux de chômage est le plus élevé, il s'établissait à 59,2 % en mars dernier. En Espagne également plus de la moitié des jeunes en âge de travailler n'ont pas d'emploi. Le taux de chômage est de 39% en Italie et de 26,5 % en France. Il est généralement deux fois plus élevé que le chômage des plus de 25 ans

Les raisons pour expliquer l'explosion du chômage des jeunes sont nombreuses : la démographie ; les départs à la retraite plus tardifs ; le manque d'expérience des nouveaux venus sur le marché de l'emploi, pourtant bien compréhensible puisqu'ils débutent leur vie professionnelle  ; le niveau des salaires requis jugés trop élevés par les employeurs au regard de la « productivité » de jeunes employés ; la précarisation de l'emploi avec la multiplication des stages souvent non rémunérés.

« La difficulté est d'accéder à temps à l'entreprise avec une qualification acquise, explique Jean-François Trogrlic, le directeur du bureau de l'Organisation internationale du travail en France qui retient deux principaux obstacles à l'emploi des jeunes. Et plus le temps de latence entre la qualification acquise et l'entrée dans l'entreprise est important, plus les chances de trouver un emploi sont minces. L'entreprise préfèrera toujours au bout de trois ou quatre ans, prendre le jeune tout juste formé que de prendre celui qui pendant ce temps a galéré, et de fait a vu ses qualifications fortement minorées sous le fait de l'évolution rapide des technologies et des qualifications qui vont avec. La plus forte difficulté est pour les non qualifiés, parce que de plus en plus les emplois auxquels ils pourraient prétendre sont occupés par des gens beaucoup plus qualifiés, qui d'ailleurs les prennent à contrecœur, mais les en écartent ».

Et ainsi, de fil en aiguille, toute une génération arrive sur le marché du travail, déjà condamnée à vivoter. « Comment font ces jeunes pour vivre, questionne Alessandra Del Giudice, journaliste italienne et sociologue à Naples. Il y a deux solutions : soit, ils restent chez leurs parents, et en Italie c'est possible parce que le pays a connu autrefois un grand boom économique et donc beaucoup d'Italiens ont eu accès à la propriété - 70 % des Italiens possèdent leur maison. Soit ils quittent l'Italie et trouvent un travail à l'étranger ».

L'apprentissage, l'alternance et la mobilité privilégiés

L'une des pistes privilégiées pour lutter contre le chômage des jeunes, c'est de proposer une formation concrète en adéquation avec le marché du travail et ses besoins, via l'apprentissage ou l'alternance. L'Allemagne fait exemple. Le chômage des jeunes y est l'un des plus bas d'Europe, il s'établit à 7,6 %. C'est un pays qui dispense depuis de nombreuses années des formations en alternance ou en apprentissage. Un principe sur lequel tout le monde s'accorde aujourd'hui.

« Tout le monde est maintenant convaincu de réorienter l'apprentissage vers ceux qui en ont le plus besoin et de la nécessité d'aider à la transition de la formation vers l'emploi. Mais la difficulté est d'arriver à mobiliser au niveau local de manière très décentralisée toute une série d'acteurs : des fonctionnaires au niveau territorial, mais aussi les entreprises, dans les lycées professionnels également. C'est-à-dire qu'il ne suffit pas d'avoir de l'argent, il faut répercuter l'action au niveau local. L’Etat tout seul ne pourra aboutir à rien », précise Pierre Boisard*, sociologue et chercheur au CNRS.

Décentraliser et impliquer tous les acteurs publics et privés de la société, l'impératif a fait ses preuves. Dans certains quartiers, dans certaines villes, les initiatives lancées pour enrayer le chômage des jeunes ont porté leurs fruits. La bonne volonté des élus et des chefs d'entreprises, et les financements alloués ayant permis de créer des emplois et d'améliorer la formation professionnelle.

Prise de conscience

L'Europe a aujourd'hui pris conscience de la gravité de la situation. La lutte contre le chômage des jeunes est une priorité. Lors du dernier sommet européen à Bruxelles fin juin, des fonds conséquents ont été débloqués : huit milliards d'euros en tout, dont l'essentiel -six milliards- devrait être utilisés en 2014 et 2015 par les pays les plus touchés. Un plan plus ambitieux que prévu qui a ses limites.

La France -où le taux de chômage dépasse les 25 % -bénéficiera d'une enveloppe de 600 millions d'euros sur deux ans pour aider 300 000 jeunes, soit 2 000 euros sur deux ans par jeune concerné, ce qui semble pour certains encore bien insuffisant. Une partie de l'enveloppe servira aussi à traduire en acte la « Garantie pour la jeunesse » qui prévoit de proposer à un jeune une formation ou un emploi dans les quatre mois après la fin de ses études ou la perte de son emploi.

De la prise de conscience est née l'action. Maintenant, pour Jean-François Trogrlic, il n'y a plus une minute à perdre : « L'urgence doit être décrétée parce qu'on ne peut plus attendre ! Il faut aller vite. Nous n'avons pas quatre ou cinq ans devant nous pour utiliser une réserve de fonds structurels européens, reliquat de l'exercice budgétaire. Non, c'est ici et maintenant ! ». Et Pierre Boisard d'ajouter : « Maintenant, il faut que la mobilisation s'élargisse et descende au plus bas, à tous les acteurs de terrain ».

Et c'est bien dans l'action que s'inscriront, ce mercredi à Berlin, les chefs d'Etat et de gouvernement européens réunis à l'invitation de la chancelière allemande Angela Merkel. Ensemble, ils décideront des moyens d'appliquer concrètement les décisions prises par le Conseil européen.

*Pierre Boisard, Le Nouvel Age du travail, Hachette littérature, 2009

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