Italie

Italie: «Il Corriere della Sera», un enjeu de pouvoirs

Le groupe italien Fiat pourrait devenir l'actionnaire majoritaire du journal «Il Corriere della Serra».
Le groupe italien Fiat pourrait devenir l'actionnaire majoritaire du journal «Il Corriere della Serra». Getty Images/Kevork Djansezian

Le plus prestigieux des quotidiens généralistes italiens, Il Corriere della Sera, est en pleine turbulence. Le groupe RCS, Rizzoli-Corriere della Sera, qui le chapeaute, doit faire face à un endettement de près d’un milliard d’euros. Ce qui l’oblige à suivre un plan d’économies drastique, comportant  la suppression de 800 postes, dont 70 dans la rédaction du  Corriere. Une condition posée par les principaux actionnaires pour une augmentation de capital de 421 millions d’euros. Mais le plan de refinancement ne fait pas l’unanimité au sein des actionnaires et l’affaire prend un tournant mystérieux.

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C’est avant tout un grand symbole du pays. Premier quotidien national, diffusé à plus 460 000 exemplaires,  Il Corriere della Sera fait vraiment partie de l’histoire de l’Italie et de ses complexités.

On peut d’ailleurs rappeler ce que disait l’ancien chef du Gouvernement, Giulio Andreotti en 1959 : « Expliquer l’Italie aux étrangers n’est pas facile, chez nous les trains les plus lents s’appellent les rapides et Il Corriere della Sera[littéralement le Courrier du soir, ndlr] sort le matin. »

De fait, ce quotidien fondé en 1876, et dont le siège est à Milan, sort uniquement le matin depuis plus d’un siècle, mais il n’a pas changé de nom. Son histoire est étroitement liée à celle de la famille Agnelli, de Fiat donc, qui depuis 1974 est un des principaux actionnaires du Groupe RCS et détient actuellement 20,1% des parts.

Fiat pourrait même prendre le contrôle du Corriere della Sera alors que jusqu’à présent, le capital était partagé entre les grandes pointures de l’économie italienne : Fiat, Mediobanca, Pirelli, le groupe d’assurances Generali ou encore le Groupe Edison.

A cette élite, se sont ajoutés au début des années 2000 d’autres actionnaires dont le patron de Tod’s, Diego Della Valle qui détient 8,8% des actions.  Il Corriere della Sera est en quelque sorte le porte- parole de l’élite industrielle et intellectuelle italienne. C’est un quotidien de référence qui a su garder, jusqu’à présent, une certaine indépendance vis-à-vis de la politique tout en étant en mesure d’influencer les milieux qui comptent dans la péninsule.

Des actionnaires inquiets pour l'indépendance du journal

Parmi les actionnaires les plus récents, il y a Diego Della Valle, le roi des chaussures à picots. Il vient d’écrire une lettre publique dans laquelle il fait part de ses inquiétudes sur l’indépendance de la presse en Italie.

Il s'agit d'une lettre ouverte dans laquelle il a sollicité une intervention du président de la République, Giorgio Napolitano - la plus haute autorité morale du pays. L'actionnaire estime que la montée en puissance de Fiat rompt les équilibres traditionnels et pourrait transformer Il Corriere della Sera en instrument de communication du groupe, capable d’influencer l’opinion publique notamment sur les stratégies futures dans le secteur automobile.

Diego Della Valle propose de limiter à 10% les parts du capital pour les grands actionnaires et de laisser le reste sur le marché. Cela « au nom de l’indépendance de la presse et de la liberté d’expression ». Mais sa vision s’oppose à celle du Président de Fiat, John Elkan. Quant au président de la République, il a fait savoir qu’il n’entend pas s’exprimer sur cette affaire de libre marché.

Une augmentation de capital suspecte

Depuis la mise aux enchères de 15% de l'augmentation de capital à souscrire le 11 juillet, un mystère plane : le nom de l’acquéreur - ou des acquéreurs - reste top secret.

Ce ne serait ni Diego della Valle, ni Fiat, ni celui que les Italiens surnomment « le requin » Rupert Murdoch, ni l’Allemand Axel Springer - qui dit ne plus vouloir investir dans la presse écrite. En attendant de percer ce mystère, à Rome et Milan on parle « d’une guerre de contrôle ». Une histoire à suivre comme une saga à l’italienne, avec tous ses possibles rebondissements.

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