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Télécoms français: Stéphane Richard contre la politique de concurrence de l'UE

Le PDG d'Orange Stéphane Richard dénonce la politique de concurrence de la Commission européenne.
Le PDG d'Orange Stéphane Richard dénonce la politique de concurrence de la Commission européenne. AFP PHOTO/ERIC PIERMONT

Le PDG d'Orange dénonce la politique de concurrence de la Commission européenne. Elle affaiblirait les opérateurs européens au profit des concurrents américains.

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Coup de gueule ce lundi matin 22 juillet, de Stéphane Richard, contre la Commission européenne. Dans le quotidien Le Figaro, le président d'Orange reproche à l'institution de fragiliser les acteurs télécoms européens à force de favoriser la concurrence.

La semaine dernière, la Commission a diligenté des perquisitions chez trois acteurs majeurs : le Français Orange, l'Allemand Deutsche Telekom et l'Espagnol Telefonica. La Commission recherchait d'éventuelles preuves d'abus de position dominante dans la gestion du trafic internet.

« Bruxelles semble ne pas comprendre que le monde a changé et que nous ne sommes plus les monopoles historiques depuis longtemps », martèle Stéphane Richard. C'est la quatrième fois, depuis qu'il a pris la tête d'Orange, que sa compagnie se fait perquisitionner.

Fragmentation

Favoriser la concurrence a permis la naissance de nombreux opérateurs télécoms européens. Mais aujourd'hui, ils sont trop nombreux : 150 contre seulement deux opérateurs dominants aux Etats-Unis, pour des territoires équivalents.

Les opérateurs ne sont donc pas assez importants pour investir, notamment dans le numérique. Or la fibre optique est le grand chantier d'avenir. Son déploiement en Europe devrait coûter 250 milliards d'euros. « Le risque, c'est que les opérateurs trop affaiblis ne puissent investir et créer le gisement d'emplois promis par le numérique. Toute la filière numérique est en jeu », déplore Stéphane Richard.

Les Européens sont ainsi nettement désavantagés par rapport à leurs concurrents américains. Les Etats-Unis disposent aujourd'hui de 80% de couverture 4G, avec seulement quatre opérateurs télécoms et pour une population de plus de 310 millions d'habitants. Selon le rapport annuel de l'Idate (Institut de l'audiovisuel et des télécommunications en Europe), on observe en 2012 un différentiel de croissance des chiffres d'affaires de près de 10 points entre les opérateurs américains et européens. « Il faut desserrer les contraintes concurrentielles en Europe pour dégager des marges de manœuvre permettant aux opérateurs de mettre en place de nouveaux modèles », conclut Yves Gassot, directeur général de l'Idate.

Faible valorisation

La concurrence et la baisse des prix déprécient aussi la valorisation boursière des opérateurs européens. Les trois premiers groupes de l'Union européenne ensemble pèsent moins que le leader américain, ATT. Ils attirent ainsi les appétits d'outre-Atlantique.

Le Mexicain Carlos Slim a pris des participations importantes l'an passé dans le groupe néerlandais KPN et Telekom Austria. L'Américain Liberty Global a également racheté Virgin Media en Grande-Bretagne.

Pour renforcer le secteur, Bruxelles va devoir freiner sa politique consumériste. Fin juin, la commissaire européenne chargée du Numérique, Neelie Kroes, a présenté à Dublin son plan d'unification du marché européen des télécoms. « Planifions, faisons des offres et investissons à grande échelle. Pensons européen et battons-nous dans le monde entier. Ainsi, chaque Européen pourra bénéficier de réseaux plus rapides, de meilleurs services et de prix plus justes », a lancé la commissaire.

Mais pour cela, il faudra notamment mettre un terme aux baisses des tarifs, selon Stéphane Richard. Le PDG d'Orange demande, entre autres, un moratoire sur les baisses de prix des appels passés de l'étranger. Il réclame également la mise en place d'un régulateur unique européen et des rapprochements continentaux afin de réduire le nombre d'opérateurs. Fin octobre, un Conseil européen dédié au numérique et à l'innovation devra se tenir à Bruxelles.

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