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Bulgarie

Bulgarie : les raisons d'une colère qui dure depuis cinq semaines

Un manifestant brandit le drapeau bulgare devant le Parlement à Sofia, le 24 juillet 2013.
Un manifestant brandit le drapeau bulgare devant le Parlement à Sofia, le 24 juillet 2013. REUTERS/Stringer

La colère ne faiblit pas. Des milliers de Bulgares descendent dans la rue quotidiennement depuis maintenant 43 jours pour réclamer la démission du gouvernement élu en mai et la fin de « l'oligarchie » au pouvoir dans le pays le plus pauvre de l'Union européenne. Le mouvement de colère s'est durci mardi soir, 23 juillet, lorsque quelque 2 000 manifestants ont assiégé le Parlement à Sofia.

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Tout a débuté le 14 juin dernier en Bulgarie, lorsque le sulfureux député et magnat de la presse, Delyan Peevski, a été nommé à la tête de l'Agence nationale de sécurité (DANS). « Cette nomination est un excellent exemple de la façon dont le pouvoir met en place des mafieux, explique Desi Raoul, correspondante en France pour la principale chaîne bulgare, bTV. Delyan Peevski est l’une des personnes les plus corrompues en Bulgarie et c’est lui qui avait été choisi pour lutter contre la corruption… La mafia ne peut pas combattre la mafia ». Delyan Peevski a finalement renoncé, mais c'est bien cette imbrication entre des intérêts économiques très puissants et les élites politiques que dénoncent les protestataires aujourd'hui.

« La goutte qui a fait déborder le vase » certes, mais la crise politique bulgare remonte à plus longtemps. En février dernier, le chef du gouvernement conservateur, Boïko Borissov, a déjà dû démissionner sous la pression de la rue qui protestait contre l'augmentation du prix de l'électricité. En signe de désespoir, plusieurs personnes s'étaient immolées par le feu dans différentes villes de province.

Les Bulgares manifestent au nom de la morale

Le 12 mai dernier, des législatives anticipées sont donc organisées, mais elles consacrent les principaux partis politiques d'avant la crise. « Depuis 1991 et la fin du communisme, il n’y a pas de renouvellement de la classe politique en Bulgarie », analyse Slavina Spasova, chercheur en science politique au CEVIPOL (Centre d’étude de la vie politique) à l’université libre de Bruxelles.

A la veille du 14 juillet, les manifestants bulgares ont revêtu leurs costumes de révolutionnaires français.
A la veille du 14 juillet, les manifestants bulgares ont revêtu leurs costumes de révolutionnaires français. REUTERS/Stoyan Nenov

Du coup, les Bulgares votent peu. Résultat : le parti du président déchu, le Gerb, sort vainqueur des urnes. Et faute de majorité, un gouvernement de technocrates, emmené par les socialistes, est constitué pour diriger le pays. « Le Parlement ne représentent pas vraiment le vote des Bulgares », indique-t-elle.

Jusqu'ici pacifiques, mardi soir, les manifestations ont pris une tournure plus agressive. Le siège du Parlement s'est soldé par une vingtaine de blessés après des heurts entre policiers et manifestants. « Ces manifestations sont exceptionnelles, souligne la journaliste Desi Raoul. Dans les rues, il y a des gens de tous les partis et même des apolitiques. Les gens ne demandent pas des augmentations de salaires ou une baisse des prix de l’électricité. Les Bulgares manifestent au nom de la morale parce qu’ils en ont marre de l’oligarchie qui pille le pays ».

REUTERS/Stringer

L'UE appelée à l'aide

S'il est difficile de faire la part dans ce mécontentement entre raisons politique et raisons sociales, une chose est sûre : la contestation ne faiblit pas. Chaque jour, des milliers de Bulgares sortent battre le pavé. Les manifestants espèrent désormais un soutien européen. Pour Desi Raoul, « l’Europe a un rôle décisif à jouer pour dire qu’elle en a assez que les nouveaux pays qui rejoignent l’UE ne partagent pas les valeurs européennes ». Les ambassadeurs de plusieurs pays, dont l’ambassadeur français en Bulgarie, qui est même descendu dans la rue avec les manifestants, ont apporté leur soutien aux manifestants. « Un soutien moral », précise Spasova Slavina. « L’Europe ne pourra pas s’impliquer au niveau institutionnel, elle ne peut pas s’immiscer dans les affaires de la Bulgarie, d’autant que le pays est plutôt un bon élève de l’UE, notamment au niveau du déficit budgétaire. De plus, l’Union européenne n’a pas qu’un seul visage et tout le monde n’a pas les mêmes intérêts ».

L'espoir d'un changement profond

« J’ai beaucoup d’espoir, confie la journaliste. Ce mouvement est une sorte de catharsis, une renaissance pour une Bulgarie plus morale ». Spasova Slavina est plus nuancée. Le pouvoir tombera certes, « mais ce mouvement ne suffira pas à changer les choses en profondeur. Il faudra qu’un débat d’idées clair émerge ». Sinon c’est le statu quo qui risque de se maintenir : faible participation et mêmes acteurs politiques à la barre. De quoi craindre que l’instabilité politique ne s’installe de façon durable dans le pays.

Quant aux comparaisons avec les « printemps arabe », Spasova Slavina se refuse à tout pronostic et préfère parler, au sens propre, d’ « été bulgare chaud, dans les deux sens du terme ».

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