Italie

La chute du Cavaliere fait craindre une nouvelle crise politique en Italie

Silvio Berlusconi, ici le 19 juillet dernier, a été condamné à un an de prison ferme.
Silvio Berlusconi, ici le 19 juillet dernier, a été condamné à un an de prison ferme. REUTERS/Remo Casilli

La condamnation de Silvio Berlusconi à une peine de prison est désormais définitive et ne surprend pas les Italiens. L’ancien chef du gouvernement écope d’un an de prison ferme pour fraude fiscale, mais il ne sera pas incarcéré en raison de son âge, 76 ans. Pour effectuer sa peine, il a le choix entre un travail d’intérêt général et une assignation à résidence.

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Avec notre correspondante à Rome, Anne Le Nir

L’Italie ne se réveille pas vraiment sous le choc de cette confirmation de la condamnation de l’ancien chef du gouvernement. Les Italiens ne sont pas vraiment surpris : cela fait des jours que les télévisions, les radios, la presse écrite parlent de Silvio Berlusconi et des risques qu’il encourait.

En revanche le pays est divisé entre ceux qui estiment que l’ex-chef du gouvernement est bel et bien un persécuté politique, qu’il ne méritait pas une telle condamnation, et ceux qui pensent que la Cour de cassation a simplement démontré que la loi est égale pour tous.

Silvio Berlusconi dénonce une justice « arbitraire »

Les déclarations du président de la République ont été très fermes. Giorgio Napolitano invite tous les partis à faire preuve de « responsabilité » en séparant la politique de la justice. Il souligne également que le pays a « besoin de stabilité ». Enrico Letta, président du Conseil, lui fait écho, en déclarant que, pour le bien de l’Italie, il est nécessaire de « faire prévaloir les intérêts du pays sur tout autre intérêt ».

Nous ferons renaître Forza Italia. Nous demanderons aux italiens de nous donner la majorité qui est indispensable pour moderniser le pays, accomplir des réformes, à commencer par la réforme de la justice, pour ne plus être un pays soumis à un pouvoir totalement arbitraire.

Silvio Berlusconi

Silvio Berlusconi, de sont côté, a dénoncé « une sentence dénuée de tout fondement » et promis de « poursuivre » son parcours politique. Affirmant notamment son intention de faire renaître Forza Italia, il s’est donné pour objectif de mener une réforme de la justice « pour ne plus être un pays soumis à un pouvoir totalement arbitraire ».

Pour sa part, la chef du groupe parlementaire du Peuple de la liberté (PDL) et ex-ministre de l’Egalité des chances, Maria Carfagna, estime que la décision de la Cour de cassation confirme un « acharnement judiciaire qui n’est pas digne d’un pays démocratique ». Et des représentants du Parti démocratique déclarent que le PDL ne peut plus avoir Silvio Berlusconi comme leader, car il serait impossible de continuer à gouverner avec un parti dont le chef est reconnu coupable de fraudes fiscales - le PD et le PDL prenant part au gouvernement Letta.

Vers qui se tournera l'électorat de Berlusconi ?

La tension est bien palpable et risque de s’accentuer au cours des prochains jours, en dépit des appels à la sérénité et à la stabilité. On ne peut pas exclure une crise de gouvernement.

Qu’adviendra-t-il de ces 8 millions de personnes qui ne votent que pour lui. Est-ce qu’ils vont partir à gauche, à droite au centre ? Sa présence polarise un électorat énorme.

Giusseppe Bettoni

C'est aussi l'analyse que fait Giusseppe Bettoni, professeur de géopolitique à l’université Tor Vegata à Rome, qui juge que la disparition de Silvio Berlusconi de la scène politique va avoir des conséquences à long terme difficiles à mesurer. « Il y a un peuple italien qui a envie de défendre Berlusconi », pointe-t-il. Un électorat prêt à suivre ce chef « charismatique », même après que celui-ci a été condamné par la justice. C'est le comportement futur de cet électorat qui « intrigue » le chercheur. Giusseppe Bettoni juge que le Cavaliere a polarisé sur son nom un large électorat dont il prédit une « explosion » dans les élections à venir.

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