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Allemagne / Afrique

L'afro-réalisme à l'allemande

Angela Merkel (C) à l'université de Nairobi au Kenya, en juillet 2011.
Angela Merkel (C) à l'université de Nairobi au Kenya, en juillet 2011. AFP/Tony KARUMBA

L’Allemagne a-t-elle une politique africaine ? Après avoir été longtemps en retrait, pour des raisons historiques, sur les grands problèmes qui concernent l’Afrique, la République fédérale manifeste, depuis le tournant du millénaire, un intérêt croissant pour le continent africain. A la fois pour sécuriser ses approvisionnements en énergies et en matières premières et pour faire de l’Afrique le partenaire d’avenir de son industrie en quête de nouveaux marchés.

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L’Afrique a la cote en Allemagne. Surtout depuis que le continent du sud affiche un taux de croissance moyenne de 6 % l’an et que sa classe moyenne voit ses rangs grossir laissant entrevoir l’avènement, à plus ou moins court terme, d’un marché de plus de 300 000 consommateurs potentiels.

Des initiatives au plus haut niveau

Les initiatives pour favoriser la connaissance et le commerce se multiplient. Souvent au plus haut niveau. Ainsi, faisant suite à son prédécesseur Horst Köhler qui était très engagé dans les relations germano-africaines, l’actuel président de la République fédérale Joachim Gauck a convié le 24 mai dernier à sa résidence officielle du château de Bellevue, les représentants diplomatiques des 54 pays africains ainsi que les grandes figures de la diaspora, pour célébrer le 50e anniversaire de l’Union africaine (UA). Parallèlement, trois jours durant, à l’occasion du jubilé de l’UA, le centre-ville de Berlin a accueilli un festival populaire mettant à l’honneur la musique, l’artisanat ainsi que les arts culinaires africains.

Parmi les autres initiatives marquantes, il conviendra de citer les « Africa Business Week » qu’organise régulièrement l’Afrika-Verein, association patronale qui réunit des entreprises allemandes s’intéressant à l’Afrique. Avec 700 adhérents parmi lesquels des multinationales telles que Siemens ou Thyssen-Krupp et surtout un grand nombre de petites et moyennes entreprises, l’Afrika-Verein s’est imposée comme un acteur incontournable de la scène germano-africaine. La dernière édition de sa semaine professionnelle, organisée à Francfort fin mai, a réuni des investisseurs, des représentants politiques et économiques, des scientifiques et des diplomates.

Un peu d’histoire…

La publication par le gouvernement fédéral allemand, en 2011, de sa nouvelle stratégie pour l’Afrique n’est certainement pas étrangère à la multiplication d’initiatives dans le domaine des relations germano-africaines. Pour le chercheur Julien Thorel, auteur d’une note sur « La Nouvelle politique africaine de l’Allemagne » publiée par l’Institut français des relations internationales (IFRI), celle-ci est le reflet d’une prise de conscience en Allemagne, depuis une décennie, de la refonte nécessaire des relations avec l’Afrique dont les évolutions politiques (création de l’UA qui remplace l’OUA en 2002) et économiques (réformes économiques engagées pour réaliser les objectifs du Nouveau partenariat pour le développement en Afrique ou NEPAD) font d’elle un partenaire potentiel ouvrant la voie à une coopération accrue.

Historiquement, l’Afrique n’a jamais vraiment été au centre des préoccupations allemandes. Plus soucieux d’imposer l’Allemagne comme une grande puissance continentale, Bismarck dut céder aux pressions des milieux d’affaires en prenant possession de Togo, du Cameroun et d’une partie de l’Afrique orientale au cours des années 1880. Cette aventure coloniale prit fin avec la Première Guerre mondiale dont les vainqueurs obligèrent la nouvelle République née de la défaite à confier ses possessions d’outre-mer à la Société des nations.

Décideurs et entrepreneurs allemands et africains au Forum sur l'énergie à Hambourg (7-10 avril 2013).
Décideurs et entrepreneurs allemands et africains au Forum sur l'énergie à Hambourg (7-10 avril 2013). DR: Afrika Verein

Il faudra ensuite attendre les années 1960 pour que l’Allemagne reprenne de nouveau langue avec l’Afrique, établissant des relations diplomatiques et commerciales avec la plupart des pays. Mais pendant longtemps, les échanges allemands sur le continent se font majoritairement avec quatre pays, l’Algérie, la Libye, le Nigeria et l’Afrique du Sud. Avec les autres Etats africains, les relations se cantonnent à l’aide au développement. Pendant longtemps, la diplomatie africaine a relevé du ministère de la Coopération économique et du Développement plutôt que du ministère des Affaires étrangères. Enfin, la première visite d’un chancelier allemand en Afrique date de 1978. Il s’agissait du voyage officiel du chancelier Schmidt au Nigeria et en Zambie.

La nouvelle stratégie pour l’Afrique

Si dès les années 1970, la classe politique allemande réfléchit à une « Afrikapolitik digne de ce nom » et nourrit l’ambition d’en faire avec « la Westpolitik et l’Ostpolitik, le troisième pilier de la diplomatie allemande », comme l’a écrit Anne-Marie Le Gloannec dans Politique africaine L’Allemagne et l’Afrique, une prudence efficace »), cette ambition s’est heurtée à des obstacles institutionnels. Ces obstacles ne pourront être surmontés qu’après la réunification des deux Allemagnes, lorsque les ambiguïtés et les contradictions liées à la Guerre froide auront été définitivement battues en brèche. La nouvelle stratégie du gouvernement fédéral pour l’Afrique est le produit de cette évolution qui a inscrit l’Allemagne sur ce que le politologue allemand Andréas Mehler appelle l’« afro-réalisme ».

Andréas Mehler qui dirige aujourd’hui l’Institut des études africaines de Hambourg, a été un proche conseiller de l’ancien président fédéral allemand Horst Köhler qui a lancé en 2005 l’initiative « Partenariat avec l’Afrique ». Le document intitulé « La stratégie pour l’Afrique du gouvernement fédéral », publié par le gouvernement fédéral allemand en 2011, s’inspire des travaux de Mehler et d’autres experts allemands de l’Afrique. Le document d’une soixantaine de pages fixe le cadre idéologique (démocratie, droits de l’homme, Etat de droit, bonne gouvernance, égalité hommes-femmes), avant de préciser les nombreux secteurs (notamment commerce, économie, énergie, mais aussi éducation, culture, santé, promotion de la paix et de la stabilité) où l’Allemagne et l’Afrique peuvent utilement collaborer.

« L’originalité de cette nouvelle approche réside, explique Andréas Mehler, dans sa rupture catégorique avec l’ancienne grille de lecture paternaliste de l’Afrique. Elle veut promouvoir un partenariat politique et économique durable fondé sur un pied d’égalité. » Le ministre fédéral des Affaires étrangères Guido Westerwelle ne disait pas autre chose il y a deux ans, lorsqu’il a pris la parole à Berlin, après de l’adoption de la nouvelle stratégie pour l’Afrique par le cabinet fédéral allemand. « Nous souhaitons ouvrir un nouveau chapitre dans les relations avec le continent voisin. L’objectif est de prendre en compte l’importance grandissante de l’Afrique et […] d’exploiter les potentialités de coopération dans un esprit de partenariat. »

On peut toutefois se demander si cet esprit de renouveau suffira à donner une nouvelle impulsion aux échanges germano-africains qui plafonnent à moins de 2 % de chiffre d’affaires global du pays. Dans la société civile allemande, ils sont nombreux à se demander si les valeurs universelles mises en avant dans le document stratégique n’est pas tout simplement une belle vitrine pour masquer la course acharnée pour les matières premières africaines qui a bel et bien commencé avec l’entrée en scène des émergents ces dernières années.


     Allemagne-Afrique: les chiffres du commerce et des investissements

                                                               (en mds d'euros)

                                Exportations allemandes            Importations allemandes

2010                                         19,98                                          17,04

2011                                          20,73                                          21,94

2012                                          21,80                                         23,96
 

                          Investissements directs allemands (en mds d'euros)

2009                                                              7,9

2010                                                            10,11

2011                                                             10,10

 

Source: Afrika Verein, Berlin

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