Royaume-Uni

EPR au Royaume-Uni: la relance du nucléaire fait polémique

Hinkley Point C ne sera mis en service qu'en 2023, dans le sud-ouest du Royaume Uni.
Hinkley Point C ne sera mis en service qu'en 2023, dans le sud-ouest du Royaume Uni. REUTERS/Suzanne Plunkett/files

Un contrat géant a été officialisé ce lundi 21 octobre entre le gouvernement britannique et les groupes français EDF et Areva. Ce sont eux qui ont été retenus pour la construction dans le sud-ouest de l'Angleterre de deux réacteurs nucléaires de nouvelle génération, les fameux EPR. Le montant du contrat est de 19 milliards d'euros. Des deux côtés de la Manche, on parle d'un accord historique.

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Cet accord signifie que la relance du nucléaire britannique entre maintenant dans sa phase concrète, avec le feu vert pour la construction de cette première centrale nucléaire en Grande-Bretagne depuis plus de vingt ans. Elle va se dresser sur le site de Hinkley Point, face à la mer, dans le Somerset, et elle devrait être mise en service en 2023. Les deux réacteurs EPR devraient à eux seuls couvrir jusqu’à 7% de la demande d’électricité au Royaume-Uni et alimenter 5 millions de foyers. Leur construction permettra de compenser l’arrêt prévu dans les dix ans d’une série de centrales électriques au charbon et de réacteurs qui sont en fin de vie. 

Cela devrait également aider Londres à remplir des objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le gouvernement britannique, lui, se félicite de cet accord qui lui permet surtout de ne pas débourser un seul penny, en confiant le projet au groupe privé français EDF et Areva, associés à deux groupes chinois qui vont prendre des participations minoritaires de l’ordre, à eux deux, de 30 à 40%.

Une subvention à peine déguisée

Alors, en contrepartie, le gouvernement britannique s’est engagé à garantir le prix du kilowatt-heure sur le très long terme. Il restera inchangé au moins jusqu’en 2050. La décision est controversée. Elle passe très mal auprès de l’opinion publique britannique. Le gouvernement n’avait pas tellement le choix. David Cameron s’était engagé à ne pas investir d’argent public dans une nouvelle génération de centrales nucléaires. Mais il fallait convaincre aussi EDF d’investir et donc il fallait une carotte. Ce prix de vente de l’électricité garanti à long terme a donc été fixé à un peu plus de 109 euros par mégawatt-heure. Et si EDF décide de construire deux autres réacteurs dans l’est de l’Angleterre, ce sera un peu moins : 105 euros.

Les montants restent très élevés par rapport au cours actuel de l’électricité en Grande-Bretagne, qui s’élève à 53 euros par mégawatt-heure. Les consommateurs sont donc inquiets. Certains détracteurs de l’accord estiment en fait, qu’en réalité ce prix garanti s’avère une subvention déguisée, si les prix n’augmentent pas autant que le prévoit le gouvernement pendant trente-cinq ans.

Le prix de l'énergie, véritable enjeu électoral

Dans l’immédiat, l’atome ne représente qu’une faible part de l’énergie produite en Grande-Bretagne ; à peine 20 %. La relance concrète du nucléaire en Grande-Bretagne est perçue avec méfiance, d’autant que cet accord avec EDF survient à un moment déjà extrêmement délicat pour la coalition. Le prix de l’énergie domine actuellement le discours politique, alors que les grandes compagnies du pays annoncent chacune à leur tour depuis quelques jours, des augmentations d’environ 10% de l’électricité et du gaz.

Face à l’indignation des consommateurs, David Cameron et ses ministres conseillent aux Britanniques de changer régulièrement de fournisseur d’énergie, voire de mettre des pulls pour avoir moins froid. Mais l’opposition travailliste les accuse de se montrer faibles vis-à-vis de ces si grandes sociétés qui ont un quasi-monopole dans le pays. Le chef du Labour, Ed Miliband, a promis lui, un gel des prix d’énergie pendant vingt mois s’il arrive au pouvoir.

Ce prix d’énergie qui affecte de plus en plus le coût de la vie des Britanniques, est devenu un véritable enjeu électoral, alors que des législatives sont prévues en 2015, et chaque camp tente actuellement de se montrer ferme face aux compagnies énergétiques. Mais en réalité, ils n’ont que très peu de marge de manœuvre face à un problème énergétique qui est désormais global.

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