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Grèce

À Thessalonique, le dynamisme du cinéma grec

Une vue de l'Olympion, le cinéma où se déroule le Festinal international du film de Thessalonique.
Une vue de l'Olympion, le cinéma où se déroule le Festinal international du film de Thessalonique. RFI / Amélie Poinssot
Texte par : Amélie Poinssot
6 mn

Pour sa 54e édition, le Festival international de cinéma de Thessalonique (la deuxième agglomération grecque) affiche une programmation éclectique en provenance des quatre coins du monde. Parmi les projections quotidiennes, les productions grecques, portées par une nouvelle génération de réalisateurs, font salle comble.

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Huit nouveaux films, dont deux sélectionnés dans la compétition officielle : les longs-métrages grecs occupent une place de choix cette année au festival de Thessalonique. Preuve que le 7e art se porte plutôt bien en Grèce, malgré la crise économique et les cures d'austérité qui ont étranglé depuis 2010 le financement de la création cinématographique.

Les principales sources de liquidités provenaient du Centre du cinéma grec, qui pendant trois ans n'a pratiquement rien versé, et de l'audiovisuel public ERT, qui a brutalement fermé en juin dernier. Cet assèchement aurait pu étouffer la production. Au contraire. Près de deux ans après la mort de l'une des grandes figures du cinéma grec, Theo Angelopoulos, les metteurs en scène fourmillent d'idées et de projets.

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C'est le cas d'Elina Psykou, jeune talent déjà repéré par les critiques. Son premier long-métrage, L'éternel retour d'Antonis Paraskévas, fait partie de la sélection officielle. Elle l'a réalisé quasiment sans budget, avec une équipe bénévole. «Je ne pouvais attendre un hypothétique financement, explique-t-elle. Cela m'aurait fait perdre du temps, et pour pas grand-chose, puisque n'étant pas connue, j'avais peu de chance de décrocher un budget. J'ai décidé de foncer, c'était une nécessité pour moi de faire ce film.»

C'est l'histoire d'un présentateur vedette de télévision qui met en scène sa propre disparition. Tourné dans une veine réaliste qui ne manque pas d'humour, le film propose une vision très critique du monde des médias grecs, et plus généralement, des excès du début des années 2000. Le gigantesque hôtel désert dans lequel se déroule l'action est à l'image du personnage principal : en déclin, dans le souvenir d'un faste perdu.

À 36 ans, la jeune femme, après avoir travaillé pendant des années comme assistante sur des tournages, s'est lancée dans la mise en scène alors que son pays s'enfonce dans la récession et que les conditions de réalisation sont plus difficiles que jamais. Une folie ? «C'est moi qui serais tombée en dépression si je n'avais pas fait ce film», se justifie-t-elle. Pas de quoi regretter pour l'instant : la réalisatrice a déjà remporté à Berlin une bourse de résidence d'artistes qui lui permet de travailler actuellement à son deuxième long-métrage.

Stade critique de la vie

Comme L'éternel retour d'Antonis Paraskévas, les films grecs présentés à Thessalonique s'attaquent au monde de l'apparence et montrent des personnages en rupture, parvenus à un stade critique de leur vie, à un point de non-retour. L'autre long-métrage retenu dans la sélection officielle, Canard sauvage, présente ainsi un homme pris dans un dilemme : doit-il accepter un sale boulot afin de régler ses dettes ou doit-il au contraire révéler ce qu'il a découvert, à savoir une antenne de téléphonie cachée dans un appartement, à l'origine du cancer d'une voisine ?

Yannis Sakaridis, le réalisateur, estime que la crise actuelle nous pousse à nous positionner. «C'est quand on commence à perdre ce que l'on a que l'on s'interroge sur le sens de sa vie.» Une analyse que ne renierait pas Konstantinos Koutsoliotas, qui dans L'hiver, met en scène un jeune Grec abandonnant une vie de dandy londonien pour revenir dans le village de ses origines, sur les traces d'un père décédé mystérieusement.

Festival international du film de Thessalonique, du 1er au 10 novembre 2013
Festival international du film de Thessalonique, du 1er au 10 novembre 2013 http://www.filmfestival.gr

« Un moyen de résister »

La crise grecque a-t-elle fait apparaître une nouvelle génération de cinéastes ? De fait, la crise a suscité un intérêt mondial pour ce petit pays de 11 millions d'habitants. «Le cinéma est un moyen de comprendre ce qui se passe dans un pays. Nous bénéficions de cet intérêt actuellement,» estime Yannis Sakaridis, pour qui tourner est «un moyen de résister à la dégringolade sociale qui nous est imposée.»

Lui, a tourné son film avec la somme dérisoire de 32 000 euros. Résultat : les films grecs voyagent, et le cinéma hellène n'a jamais été autant diffusé à l'étranger. Yannis Sakaridis vient d'enchaîner des festivals à Toronto, San Paolo, Londres... Et dans dix jours, il sera en Inde.

« Nouvelle Vague grecque ».

Le film Miss Violence d'Alexandros Avranas a quant à lui obtenu deux prix à Venise en septembre, dont le Lion d'Argent. Film d'une rare violence sur une histoire d'inceste et de proxénétisme, sans une once d'optimisme ni échappatoire, à l'image de son plan final - une porte que l'on ferme à clef -, il divise le public.

Tourné dans le huis clos d'une famille, il rappelle à bien des égards Canine, sorti il y a quatre ans, l'un des premiers films remarqués à l'étranger de ce que l'on appelle désormais la «Nouvelle Vague grecque».

Certains ont tendance à y voir un cinéma «bizarre», qui s'attache à une institution familiale pétrifiée ou au contraire renversant les codes (comme Strella, sorti également en 2009). Cette 54e édition du festival de Thessalonique montre que le cinéma grec contemporain est bien plus que cela : c'est un cinéma à la fois social, réaliste, fantasque, existentiel et onirique.

Et surtout, c'est un cinéma dynamique, porté par de nouveaux regards.
 

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