Europe

Berlin n'entend pas les critiques de Bruxelles

Le président de la Bundesbank Jens Weidmann, considère qu'il faut plutôt renforcer  la compétitivité des pays en crise que de demander à l'Allemagne de stimuler sa demande intérieure.
Le président de la Bundesbank Jens Weidmann, considère qu'il faut plutôt renforcer la compétitivité des pays en crise que de demander à l'Allemagne de stimuler sa demande intérieure. REUTERS/Kai Pfaffenbach

L’Allemagne doit stimuler sa demande intérieure pour aider les autres pays de la Zone euro à exporter vers son territoire. C’est ce que veut la Commission européenne, qui a lancé une procédure contre Berlin à propos de l’excédent important de ses comptes courants, défavorables aux exportations des autres pays européens. Une première, qui risque de mal passer dans un pays peu habitué aux critiques. Un examen approfondi des déséquilibres macroéconomiques de l’Allemagne a été engagé par Bruxelles et peut en principe déboucher sur des sanctions. Réactions en Allemagne et analyse.

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Avec notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut

Les médias allemands vent-debout contre les critiques

« Grotesque », « les premiers de la classe n’ont jamais la côte », « les gouvernements Letta et Hollande feraient mieux de faire des réformes chez eux plutôt que de s’attaquer à l’Allemagne ». Les commentaires de la presse allemande sont quasi-unanimes dans leur opposition aux critiques de Bruxelles et d’autres pays contre les excédents commerciaux germaniques.

Chrétiens et sociaux-démocrates les ont rejeté en marge de leurs négociations
gouvernementales. « On ne peut pas renforcer l’Europe en affaiblissant l’Allemagne », a déclaré le secrétaire général des conservateurs bavarois. Son homologue sociale-démocrate a affirmé ne pas voir la nécessité d’agir.

Les économistes allemands ne veulent pas changer de cap

Les « cinq sages », les économistes qui conseillent le gouvernement allemand, à qui ils ont remis leur rapport d’automne mercredi 13 novembre, estiment que les autorités ne peuvent pas réguler importations et exportations.

La Fédération du commerce extérieur allemand a souligné que les produits « made in Germany » étaient fabriqués pour partie avec des composants venant d’autres pays.
Pour Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, il faut d’abord améliorer la compétitivité des pays en crise et renforcer la croissance intérieure allemande.


Analyse : « une procédure qui n’aboutira à rien »

Eric Rugraff, enseignant-chercheur en économie à l'Université de Strasbourg et spécialiste de l’économie allemande, ne « vois absolument pas comment on pourrait sanctionner un pays parce qu’il est efficace ».

L'économiste, interrogé par RFI, estime au contraire que « le problème, c’est qu’on a mis du temps, en Europe, et notamment au sein de la Commission européenne, à reconnaître qu’il y a un vrai problème de demande au niveau européen ».

Pour cet économiste, « les politiques d’austérité étranglent la demande, alors on essaie de trouver des solutions et d’inciter les différents acteurs économiques qui ont une marge de manœuvre à faire quelque chose. Mais en l’occurrence, les Allemands sur ce dossier-là sont inflexibles et ne modifieront pas leur politique économique. Et même s’ils le souhaitaient, le gouvernement a très très peu de marge de manœuvre ».

« On veut que l’Allemagne augmente la demande. Mais il faut se demander qui, exactement, va augmenter la demande », insiste le chercheur. « Le gouvernement allemand, alors qu’il doit mener des politiques d’austérité ? »

Pour Eric Rugraff, « ce n’est pas le gouvernement qui décide des salaires allemands, d’autant qu’en Allemagne, il n’y a pas de salaire minimum. Ce sont les partenaires sociaux qui négocient les salaires. Le gouvernement ne peut pas obliger le secteur privé à les augmenter. »

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