Sports / Football

Le Portugal pleure la mort d'Eusébio

Eusebio en 2008 lors du match Portugal - République tchèque à Genève pour l'Euro.
Eusebio en 2008 lors du match Portugal - République tchèque à Genève pour l'Euro. REUTERS/Denis Balibouse

Eusébio, la « panthère noire » venue du Mozambique, gloire du Benfica Lisbonne des années soixante, est décédé ce 5 janvier 2014 à l'âge de 71 ans. Le gouvernement a décrété trois jours de deuil national. Eusébio était considéré comme le meilleur footballeur portugais de tous les temps jusqu'à l'avènement de Cristiano Ronaldo dans les années 2000.

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Alors que Cristiano Ronaldo va peut-être devenir le premier footballeur portugais à remporter deux fois le Ballon d'Or, l'heure n’est pas à la fête au Portugal. Eusébio, l’un des trois meilleurs joueurs portugais de tous les temps (avec Luis Figo et Cristiano Ronaldo), est décédé ce 5 janvier 2013, à l’âge de 71 ans. « Eusébio était (au football) ce qu’était Amàlia Rodrigues au Fado, ce qu’était Fatima la Sainte à la religion, explique Nicolas Vilas, journaliste et consultant pour l'émission Radio Foot internationale de RFI. L’un des trois ‘F’ du gouvernement du dictateur Salazar à l’époque. Alors les trois ‘F’ c’étaient Fatima, Football et Fado. Amàlia Rodrigues est décédée en 99 et il y a eu trois jours de deuil national. C’était pareil ; un patrimoine national ».

Le dictateur portugais avait d'ailleurs utilisé cette même expression pour qualifier Eusébio, « courtisé par des clubs internationaux à son époque, notamment la Juventus Turin et l'Inter Milan. Salazar avait interdit son départ parce qu’il estimait qu’Eusébio était justement un symbole de l’Empire colonial portugais. Et Eusébio était resté », rappelle Nicolas Vilas. Un épisode qui a marqué l'imaginaire collectif. « C’est profondément resté dans la société, dans la culture portugaise. Eusébio, malgré lui, finalement est devenu un symbole du Portugal, du peuple portugais. Voilà pourquoi Eusébio était autant aimé et autant connu des Portugais. »

L'égal de Pelé ou presque

Né à Maputo, au Mozambique (alors colonie portugaise), en 1942, Eusébio da Silva Ferreira a forgé sa légende avec le maillot du club Benfica de Lisbonne, quinze saisons durant entre 1960 et 1975. Rien ne lui a échappé, à commencer par les buts : 440 en 473 matches pour les Rouges. Et les titres : 11 de champion du Portugal.

Attaquant hors pair, Eusébio terrorise même les défenses européennes avec la consécration en 1962 en inscrivant un doublé en finale de la Coupe d'Europe des clubs champions face au grand Real Madrid.

Souvent comparé ou même nommé le « Pelé d'Europe », le Portugais a croisé plusieurs fois la route du Brésilien, et notamment lors du Mondial 1966 en Angleterre. Au Goodison Park, dans la banlieue de Liverpool, le Portugal et Eusébio étrillent le grand Brésil, champion du monde en titre, et l'éliminent de la compétition (après avoir réservé un traitement musclé à Pelé). C'est toujours en Coupe du monde que les grands joueurs se signalent, dit-on. La « panthère noire » y aura poussé ses plus beaux rugissements avec un doublé face au Brésil et 9 réalisations au total.

Ballon d'Or en 1965, 9ème au classement FIFA des meilleurs joueurs du siècle dernier, Eusébio était une star. Une messe sera célébrée le 6 janvier 2014 à l'Eglise du Séminaire près du Stade de la Luz à Lisbonne, suivie une heure après de l'enterrement à Lumiar, selon un communiqué publié sur le site de Benfica. Conformément au voeu d'Eusebio, son cercueil fera auparavant, le tour du Stade de la Luz, où ses supporteurs pourront rendre un dernier hommage à l'ancien international portugais.

■ L'hommage de tous les Portugais

Par milliers, les Portugais amateurs de football ou non rendent hommage a Eusébio depuis l’annonce de sa mort. Des fleurs et des écharpes au pied de sa statue, un signe de croix furtif devant sa dépouille... Tous ont voulu lui dire merci.

« Au Portugal, on a l’habitude de dire quand on est mort on est tous bons, lui il l’a toujours été, explique Carlos. Question football ? C’est quelqu’un hors norme. C’était le meilleur. C’était le roi. Il y en a pas d’autre comme lui. Il était vraiment au-dessus de tout ».

Pour Marta, 20 ans, il était inconcevable de ne pas saluer la « panthère noire » : « Une grande icône, nationale mais aussi internationale, souligne-t-elle. Il a vraiment représenté le Portugal ».

Eusébio, Mozambicain d’origine, Portugais d’adoption, et international par son talent fait l’unanimité. « Il n'est pas seulement connu comme Africain, précise Manuel Silva, supporteur du Benfica d’origine cap-verdienne. C’était aussi grâce à son talent. Le Portugal est connu mondialement. En ce qui concerne le football, c’était Eusébio. La musique, c’était Amalia. Deux grandes pertes que nous déplorons ».

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