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Serbie

Aleksandar Vučić, un nationaliste pour conduire la Serbie vers l’Union européenne

Le Premier ministre serbe Aleksandar Vučić, à Bruxelles, le 21 janvier 2014.
Le Premier ministre serbe Aleksandar Vučić, à Bruxelles, le 21 janvier 2014. REUTERS/Yves Herman

Le moment était «historique» : la Serbie a officiellement ouvert, ce mardi à Bruxelles, ses négociations d’adhésion à l’Union européenne. Le pays n’en est, certes, qu’au tout début d’un long processus – on évoque l’horizon 2020 pour l’adhésion – mais cette étape symbolique représente un joli succès pour le gouvernement serbe et le nouvel homme fort de Belgrade, Aleksandar Vučić.

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La Serbie a désormais bon espoir de devenir, après la Croatie, le 29e membre de l’Union européenne. Elle est en tout cas en train de creuser l’écart avec les autres pays de la région dans le long marathon de l’intégration européenne.

Il y a un peu plus de dix ans, le 12 mars 2003, le Premier ministre réformateur Zoran Djindjić était abattu en plein centre de Belgrade. L’ancien « tombeur » de Milošević revendiquait l’objectif d’une « Serbie européenne », un rêve qui paraissait alors presque inaccessible et qui a même semblé s’éloigner au rythme des crises politiques des années suivantes. Malgré cela, la Serbie a engagé de nombreuses réformes et devrait avoir moins de mal que ses voisins à satisfaire les exigeants critères de l’UE. Le paradoxe est que ce sont d’anciens nationalistes qui vont conduire les négociations d’adhésion.

En effet, le véritable homme fort du pays s’appelle Aleksandar Vučić : vice-Premier ministre depuis juillet 2012, ce relativement jeune homme, né en 1970, a commencé sa carrière dans les rangs du Parti radical serbe (SRS), la formation ultranationaliste dirigée par Vojislav Šešelj.

Aleksandar Vučić fut ainsi ministre de l’Information à la fin des années 1990, aux pires moments de la fin du régime de Milošević. C’est lui qui fit appliquer la loi sur l’information d’octobre 1998, qui conduisit à l’interdiction de plusieurs titres de la presse indépendante. Le bouillant jeune homme dénonçait alors les journalistes serbes « vendus aux puissances étrangères », tout en expulsant du pays les journalistes étrangers.

Tout au long des années 2000, Aleksandar Vučić et son mentor Tomislav Nikolić – élu président de la République en mai 2012 – dirigèrent le Parti radical, Vojislav Šešelj devant répondre de lourdes accusations de crimes de guerre devant le TPIY de La Haye.

A l’époque, Vučić et Nikolić dénonçaient cette juridiction « partiale » et mobilisaient l’opinion contre l’Union européenne, « création diabolique », et « intrinsèquement antiserbe »… Pourtant, les deux hommes prirent en 2008 l’initiative d’une scission du Parti radical. Leur nouveau Parti progressiste serbe (SNS) se veut « conservateur et pro-européen ».

Aleksandar Vučić reconnaît volontiers les « erreurs » commises dans le passé, revendiquant l’incontestable droit à changer d’opinion. Ces derniers jours, il a même créé la surprise en reconnaissant la responsabilité de l’État serbe dans le meurtre de Slavko Ćuruvija, journaliste assassiné en plein centre de Belgrade, le 11 avril 1999.

Beaucoup doutent toutefois de la sincérité de cette « conversion démocratique », qui s’expliquerait par des plans de carrière bien compris et aurait été « facilitée » par quelques habiles conseillers étrangers.

Ce virage à 180° degrés a, en tout cas, été salué par les dirigeants européens, qui pensent avoir trouvé en Aleksandar Vučić un interlocuteur fiable, d’autant que ce nationaliste « reconverti » n’a pas de mal à faire de sérieux compromis sur le Kosovo : l’accord conclu en avril dernier entre Belgrade et Pristina, sous l’égide de l’UE, a permis une « normalisation » des relations entre la Serbie et son ancienne province, même si la question d’une reconnaissance formelle de l’indépendance proclamée en février 2008 reste ouverte.

Aleksandar Vučić n’est pas un orateur enflammé. Au contraire, il adopte volontiers un ton contrit et patelin, transformant ses discours en laborieux exercices d’explication de sa politique. Pourtant, aucun dirigeant serbe n’a joui, depuis bien longtemps, d’une popularité comparable à la sienne, popularité entièrement acquise en lançant de spectaculaires opérations contre la corruption.

« C’est une manière pratique de remplir trois objectifs en même temps : satisfaire l’opinion qui aime bien voir tomber des puissants, montrer à l’Union européenne que l’on s’occupe du dossier, et éliminer des adversaires politiques », résume un bon connaisseur du dossier. En effet, les actions anticorruption visent exclusivement des « oligarques » liés à l’ancienne majorité démocrate, tandis que les procédures judiciaires visant des proches du nouveau pouvoir sont en passe d’être levées, comme celle menée contre l’homme d’affaires Stanko Subotić, soupçonné de trafic de cigarettes.

En Serbie, les militants de la société civile s’inquiètent également de la mise en place d’un véritable culte de la personnalité, ainsi que d’inquiétantes atteintes à la liberté des médias… Pour le moment, ces « détails » ne semblent pas gêner Bruxelles.

Pour sa part, l’opposition, principalement incarnée par le Parti démocratique, semble hors-jeu : dans les dernières élections locales, ses candidats ont fait moins de 10% des voix, et le gouvernement a repris l’essentiel de ses arguments pro-européens. Belgrade bruisse d’ailleurs régulièrement de rumeurs de nouveaux débauchages de figures de l’opposition qui seraient prêtes à rejoindre Aleksandar Vučić, « nouveau sauveur de la Serbie ».

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