Ukraine

Ukraine: Sergueï Nigoyan, mort sur les barricades

Sergueï Nigoyan, première victime d'Euromaidan.
Sergueï Nigoyan, première victime d'Euromaidan. DR

Sergueï Nigoyan, 21 ans, mortellement blessé au cou et à la tête lors des affrontements à Kiev le 22 janvier est la première victime du mouvement protestataire en Ukraine. Il s’agit d’une figure emblématique d’Euromaidan. Portrait.

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« Je pars à Kiev pour la victoire », lance Sergueï Nigoyan à ses proches, avant de prendre le train à destination de la capitale ukrainienne, début décembre. Le jeune homme de 21 ans, originaire de la région de Dniepropetrovsk, située dans l’est de l’Ukraine, a trouvé d’emblée sa place au sein du mouvement pro-européen rassemblé au centre de Kiev après le refus du gouvernement de signer l’accord de l’association avec l’Union européenne.

Charismatique et déterminé, ce brun, barbu et aux yeux verts, ne passait pas inaperçu. Le jeune homme était l'un des sélectionnés du projet multimédia « Les visages d’Euromaidan ». Dans une vidéo diffusée sur Internet, Sergueï lève le poing de la victoire. « Battez-vous, vous gagnerez », dit-il en citant le célèbre poète ukrainien du XIXe siècle Taras Chevtchenko.

Garde de nuit

Sergueï assurait au quotidien la sécurité du mouvement. C’est grâce aux volontaires comme lui qu’Euromaidan, véritable ville dans une ville encerclée par des barricades avec sa cuisine, son église, ses médecins, a pu résister aux forces de l’ordre depuis deux mois. Le jeune homme était de garde la nuit et dormait la journée dans son sac de couchage, au quatrième étage de la Maison des syndicats occupée par les manifestants. « Il ne quittait jamais son poste et ne demandait rien. Il faisait froid, j’apportais aux manifestants du thé. Je me suis approchée pour lui en offrir. Il m’a remerciée et m’a fait le baisemain», se souvient Maria Draguina, une bénévole.

Maria pensait qu’il venait de Zakarpatya, une région montagneuse de l’ouest de l’Ukraine, pro-européenne. Elle était surprise d’apprendre que le jeune homme était originaire de l’Est du pays, considéré comme pro-russe et, de surcroît, enfant d'immigrés. Sergueï s’enveloppait les épaules d’un drapeau ukrainien, mais aussi de celui de l’Arménie, pays dont sa famille est originaire.

Un symbole national

Pour ses camarades, sa mort n’est pas un hasard. Blessé par balles à la tête et au cou, il aurait été visé par un tireur embusqué, selon eux. Pacifique, il est le premier à tomber alors qu’il n’a jamais fait partie des radicaux qui sont allés à l’affrontement avec la police le 19 janvier. Il s’agissait pour les autorités d’abattre une figure emblématique du mouvement, affirment ses camarades. Accusation que nie formellement la police ukrainienne, réfutant aussi tout usage d’armes à feu.

« Cet arménien est mort pour l’Ukraine et il est devenu le symbole de notre pays », a réagi sur twitter le rockeur du plus célèbre groupe ukrainien Okean Elzi, Svyatoslav Vakartchuk qui a souvent chante pour Euromaidan. Il est originaire de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, ville qui a décrété ce 23 janvier un jour de deuil en hommage à Sergueï Nigoyan et à quatre autres manifestants tués lors des affrontements. Accusé du nationalisme par le parti pro-russe au pouvoir, la ville salue pourtant l’engagement pour l’Ukraine européenne d’un enfant d’immigré.

Sergueï ne vivra pas cette victoire à laquelle il aspirait en prenant la route de Kiev mais il restera assurément un des symboles de ce combat.

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