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Ukraine

Ukraine: l'opposition sort déçue des négociations avec le pouvoir

Des femmes ramassent des pierres pour les manifestants.
Des femmes ramassent des pierres pour les manifestants. REUTERS/Vasily Fedosenko
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Le président ukrainien a reçu jeudi 23 janvier le président du Parlement Volodymyr Rybak, et lui a demandé de convoquer les députés. Cette séance extraordinaire pourrait se tenir en début de semaine prochaine. Jeudi après-midi, une trêve a été observée. Mais les discussions qui se sont tenues au sommet n'ont permis aucune avancée.

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Article mis à jour en fonction des derniers évènements

A la sortie de leur réunion du jour, des sifflets et des huées accompagnent les discours des chefs de l'opposition. « Je sais que je vais décevoir », lance l'ancien champion de boxe, Vitali Klitchko, avant d'expliquer que les discussions entre leaders de l'opposition et pouvoir n'ont de nouveau rien donné. Le président Ianoukovitch est resté sourd aux appels à la démission du gouvernement et à des élections anticipées.

Tout le monde attendait des consignes claires de la part de l'ancien champion de boxe, qui s'est contenté d'appeler à ériger de nouvelles barricades et à entamer une grève générale. De quoi décevoir les partisans d'une action plus radicale, lassés par deux mois de manifestations pacifiques infructueuses et qui ont commencé à affronter les forces de l'ordre dimanche à coup de jets de pierres et de cocktails Molotov.

Jeudi après-midi, M. Klitchko avait obtenu de la part de ces manifestants une trêve de plusieurs heures en attendant le résultat des discussions. Dans le centre de Kiev, le bruit des pelles raclant le sol gelé avait remplacé les explosions de grenades assourdissantes. Mais sitôt le rendez-vous terminé, les pneus amassés sur les barricades ont immédiatement été rallumés et un écran de fumée noire s'est formé de nouveau entre les manifestants et les unités anti-émeutes.

Le face-à-face tendu se poursuit donc mais les protestataires se contentent pour l'instant de fortifier et d'élargir leurs barricades. Dazns la soirée de jeudi, Vitali Klitchko a tenté de justifier sa posture : « J'ai peur, a-t-il lancé. J'ai peur qu'il y ait des morts. J'ai vraiment peur de ça. »

Session extraordinaire

Juste avant la réunion au sommet, Viktor Ianoukovitch avait annoncé une session extraordinaire des députés, qui devrait se tenir en début de semaine prochaine. Objectif : discuter d'une « résolution rapide » de la crise, selon un communiqué. Selon le président du Parlement, qui s'est entretenu avec le président Ianoukovitch, il sera bel et bien question d'une éventuelle démission du gouvernement lors de cette séance. C'est la revendication majeure des manifestants depuis deux mois.

De son côté, le Premier ministre Mykola Azarov n'a pas changé de registre. Les manifestations de rue reviennent à une « véritable tentative de coup d'Etat », a-t-il affirmé jeudi. Quant à parler d'une élection présidentielle anticipée, il y voit une perspective « irréaliste ».

Kiev compte ses blessés

En attendant d'en savoir plus sur les débats de la semaine prochaine, Kiev panse ses plaies. A quelques centaines de mètres des barricades, dans la journée, plusieurs dizaines de personnes s'activaient, casques oranges sur la tête, au bâtiment de l’académie des sciences transformé en infirmerie. Face aux rumeurs d’assaut des forces de l’ordre, le personnel médical a reçu l’ordre, un temps, de se replier.

« Le premier poste de secours médical qu’on avait installé un peu plus près des barricades, on l’a fait exploser, raconte Andrei, un urologue de Ternopil (Ukraine occidentale) croisé à Kiev. Par chance, juste avant que les forces spéciales ne jettent leur grenade, les médecins ont eu le temps d’emprunter une issue de secours. S’ils étaient restés, ils seraient morts. Les snipers tirent sur les journalistes et ils tirent aussi sur les médecins. »

Alors que cinq personnes sont déjà mortes, en cinq jours d’affrontements, Andrei confie aussi avoir vu passer de nombreux blessés. « J'ai vu des brûlures, des plaies provoquées par les grenades, des blessures par balle. Cette nuit, notre brigade a fait une opération : elle a sauvé un jeune homme qui avait reçu une balle dans la poitrine. Ce sont de vraies balles, des balles de chasseurs de sanglier. Avec ça, on peut facilement tuer une personne. Voilà la situation… c’est vraiment très sérieux. »

De son côté, le ministère de l’Intérieur annonce plus de 250 blessés dans les rangs des forces de l’ordre, dont plus de 100 hospitalisés.

→ A (RE)LIRE : Sergueï Nigoyan, mort sur les barricades

Un signe que l'accalmie est précaire : en début d’après-midi, lorsque l’opposant Vitali Klitchko est venu en personne sur les barricades pour demander de suspendre un temps les jets de pierre et de cocktails Molotov sur les forces de l’ordre, les manifestants ont accepté, certes, mais lui ont aussi signifié leur amertume et leur scepticime.

Un étudiant lui a notamment remis la douille d’une balle tirée, selon lui, sur des manifestants par les forces de l’ordre. Voici ce qu'il a dit à RFI dans la foulée :

« Avec cette balle, on a tiré sur des gens, sur des personnes qui se battent contre la dictature. Nous voyons que l’opposition continue de négocier. Il y a deux mois, un des leaders nous avait dit que dans trois jours, Ianoukovitch quitterait le pouvoir. Il s’est passé deux mois, et rien ! Maintenant, ils nous disent d'attendre vingt-quatre heures, mais il ne se passe rien. C’est pour ça que je lui ai donné la douille de cette balle avec laquelle on a tiré sur les gens, pour qu’il ait en mémoire qu’on ne négocie pas avec les dictatures, on les renverse… c’est la seule solution. »

Comme cet étudiant, des centaines d’autres manifestants se disent prêts à reprendre les affrontements avec la police s’ils n’obtiennent pas rapidement des concessions de la part du pouvoir.

■ Nouvelles réactions internationales

« Un grand pays comme l'Ukraine, qui aspire à prendre toute sa place sur la scène européenne et internationale, se doit de mettre fin à de telles actions, a estimé François Hollande dans un communiqué ce jeudi. J'appelle les autorités ukrainiennes à retrouver sans délai la voie du dialogue et de l'apaisement. » Le président français demande également que l'Union européenne reste ouverte à l'éventualité d'un accord d'association avec Kiev, comme convenu au cours de la réunion de Vilnius de novembre dernier.

« Nous attendons du gouvernement ukrainien qu'il respecte les libertés démocratiques, a déclaré de son côté la chancelière allemande Angela Merkel. La sécurité des manifestants doit être garantie et il ne doit pas y avoir de recours à la violence. Nous sommes extrêmement inquiets et indignés de voir comment des lois adoptées en urgence remettent ces libertés en cause. » Réclamant des discussions entre pouvoir et opposition, elle a affirmé que des sanctions contre l'Ukraine n'étaient pas à l'ordre du jour.

La Haute Représentante aux Affaires étrangères de l'Union européenne, Catherine Ashton, a annoncé par communiqué qu'elle se rendrait en Ukraine la semaine prochaine. Elle doit rencontrer le président Ianoukovitch ainsi que des responsables de l'opposition. « Seul un dialogue sans exclusive permet d'aller vraiment de l'avant », affirme-t-elle dans le document.

A l'inverse, les Etats-Unis ont évoqué, l'hypothèse de sanctions contre l'Ukraine. C'est ce qu'a déclaré le porte-parole de la présidence, Jay Carney, en montrant du doigt la répression opposée à des demandes « légitimes » de la part de la population.

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