Espagne

Espagne: mort d’Adolfo Suarez, artisan de la transition démocratique

L'ex-chef du gouvernement espagnol Adolfo Suarez, à Oviedo, en octobre 1996.
L'ex-chef du gouvernement espagnol Adolfo Suarez, à Oviedo, en octobre 1996. REUTERS/Eloy Alonso

« C'était un collaborateur exceptionnel », hommage du roi d'Espagne à celui qu'il avait choisi pour mener à bien la transition démocratique après le franquisme. Adolfo Suarez, Premier ministre espagnol entre 1976 et 1981, est mort. Hospitalisé depuis lundi dernier, il avait 81 ans. Vendredi, son fils avait parlé d'une aggravation de son état. Un homme qui a marqué l'histoire de la transition politique de l'Espagne.

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Atteint par la maladie d’Alzheimer, il ne se souvenait de rien, et surtout pas de son destin hors du commun. Il fut l’un des acteurs de la transition avec le roi Juan Carlos. On se rappellera cette image alors que la maladie a déjà fait ses ravages, où l’on voit les deux hommes de dos, le roi épaulant celui qui est devenu son ami.

L’ex-président du gouvernement n’avait plus d’activité politique depuis des années. L’histoire retiendra qu’il a fait passer le pays de la dictature à la liberté. Il gouverna quatre ans et sept mois avec 58 ministres et 5 cabinets différents. Il aura à manœuvrer pour éviter deux coups d’Etat en 1978 et surtout en 1981, lors de la prise du Parlement par le colonel Tejero où la jeune démocratie manque de basculer de nouveau dans le chaos.

Homme de confiance du roi, c’est avec lui qu’il va organiser la transition espagnole, la réforme politique qui aboutira finalement au vote de la Constitution en décembre 1978. Il devra affronter de nombreuses joutes politiques dans son propre parti où sa gestion sera remise en cause. En 1981, il démissionne, il va fonder un nouveau parti, le Centre démocratique et social, mais à partir de ce moment-là, son aura sera plus internationale, en Espagne, on l’oublie. A partir de 1991, il renonce à la vie publique, la maladie, les drames familiaux l’écarteront du monde.

Et les médias espagnols ont déjà évoqué l'organisation de funérailles d'Etat et une chapelle ardente à Madrid dans la Chambre des députés.


 ■ REACTIONS : « Il nous a donnés la démocratie »

Cet homme-là a fait l’histoire. « Aux jeux, j’ai de la chance, disait Adolfo Suarez. Mais je ne joue qu’à ceux que je maîtrise ». A celui de la politique, il sera passé maître dans l’art du consensus. C’est l’homme clé de la transition, comme l'explique Montse, rencontré ce dimanche après-midi à Barcelone : « C’est dommage, c’est le mieux que nous avons eu, il nous a donnés la démocratie ».

Antonio, lui, est visiblement ému. Il salue, lui aussi, les mérites d’Adolfo Suarez : « Je vais me souvenir de lui comme d’un personnage important avec une ambition très grande pour le pays. C’est lui qui a su passer d’une époque à une autre, et ce n’était pas facile ».

C’est avec le roi Juan Carlos, qui l’appelle à ses côtés, qu’ils vont tricoter ce passage à la démocratie sans violence et éviter la rupture. Le monarque, devenu son ami, a d’ailleurs exprimé sa profonde tristesse pour cette perte. « Ma douleur est immense, ma gratitude éternelle », dit-il.

Les Espagnols ne l’ont pas oublié, même si depuis de longues années la maladie l’avait obligé à renoncer à la vie politique.


Hommages dans la presse

« Les Espagnols ne l’ont pas oublié , lui qui ne se souvenait de rien... » et pour se rafraîchir la mémoire , les grands quotidiens, nous dit notre correspondante à Madrid, Martine Pouchard, retracent ce lundi 24 mars au matin le parcours d’un homme jugé, comme l’écrit le journal El Mundo, comme « l’artificier de la transition ». L’éloge est flatteuse pour El País : « Adolfo Suarez représentait le courage fait homme, le défenseur des valeurs du dialogue et du consensus ».

« Un homme d’Etat face aux baïonnettes », comme le titre le grand quotidien, celui qui a piloté la transition malgrè le terrorisme d’ETA ou des Grapo, les conspirations de l’extrême-droite, dont deux tentatives de coup d’Etat. Il est aussi, souligne la presse, le politique le plus « solitaire » de la démocratie, critiqué et qui doit renoncer en 1981, pour quitter la scène politique où il ne reviendra pas.

On retiendra de tous les témoignages envoyés à la famille, celui du roi Juan Carlos, devenu son ami. « Ma douleur, dit le roi, est grande, ma gratitude éternelle ». Trois jours de deuil national ont été décrétés, une chapelle ardente sera dressée dès ce lundi midi au Parlement pour un dernier adieu.

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