Turquie

Elections en Turquie: Erdogan sur la sellette

Une forte affluence était signalée ce dimanche matin pour les élections locales en Turquie. Sur la photo, un bureau de vote à Istanbul.
Une forte affluence était signalée ce dimanche matin pour les élections locales en Turquie. Sur la photo, un bureau de vote à Istanbul. REUTERS/Murad Sezer

En Turquie, ce dimanche, près de 53 millions d’électeurs sont consultés dans un scrutin local et municipal qui pourrait être crucial pour le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, malmené par les affaires depuis plusieurs mois.

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Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

Il a promis que si son parti de la Justice et du Développement, au pouvoir depuis 2002, ne terminait pas en tête de ce scrutin, il se retirerait de la vie politique, se plaçant délibérément dans la position de l’homme providentiel… qui peut devenir victime expiatoire.

Erdogan joue à quitte ou double

Rassemblement électoral du parti d'opposition CHP à Adana dans le sud du pays avec Kemal Kilicdaroglu, leader du parti (2è G), le 27 mars 2014.
Rassemblement électoral du parti d'opposition CHP à Adana dans le sud du pays avec Kemal Kilicdaroglu, leader du parti (2è G), le 27 mars 2014. Reuters

Car ces élections locales (à plusieurs échelons, du responsable de quartier au président de communautés urbaines) ne sont pas tout à fait comme les autres : elles auront forcément valeur de test pour un Premier ministre fortement malmené et contesté, d’abord par le mouvement de contestation de Gezi en juin dernier, puis par les scandales à répétition qui s’étalent en public depuis trois mois.

Cette remise en cause de sa légitimité a poussé M. Erdogan à remanier de larges pans de plusieurs administrations, à en renforcer la surveillance et même à censurer le Net pour échapper aux accusations de corruption qui éclaboussent son gouvernement et jusqu'à sa famille.

C’est donc lui, figure incontournable du Commandeur, qui est en première ligne dans ce scrutin ; et il s’est tellement investi dans cette campagne à quitte ou double pour lui, visitant la moitié des 81 provinces du pays, qu’il en a perdu la voix et a dû renoncer à ses derniers meetings vendredi.

Pour les électeurs un scrutin aussi à valeur de référendum

Pour Ali, informaticien du centre d’Istanbul, « les gens ont tendance à considérer ce scrutin comme une élection nationale couperet pour le gouvernement. Par exemple, si l’AKP perd Istanbul, ce sera un sérieux revers qui annoncera une perte d’électorat plus grande encore dans la perspective de législatives anticipées. Mais selon moi, sans doute que l’akp fera un score semblable aux précédents et gardera le même poids ».

Shéref, qui ne cache pas ses sympathies à gauche, est serrurier de métier ; il n’est pas d’accord avec la gestion du pays par l’AKP, et se montre beaucoup plus optimiste pour les changements à venir. « Cette élection va changer le destin du pays, explique t-il à RFI. Ce sera un test douloureux pour le gouvernement, qui adopte une attitude très sûre de lui, et pourtant il risque d’y avoir des surprises : moi, je prévois un résultat très différent, et sans doute la première d’une série de défaites pour le parti au pouvoir ».

La chute de « la forteresse Erdogan » ?

Les sondages d’opinion donnent en général une avance plus ou moins importante pour le parti de gouvernement. Les partisans de l’AKP, qui soulignent un bilan riche en réalisation, sont certainement encore très nombreux, comme Bahattin, concierge. « Le gouvernement est solide, il travaille bien ; moi je vais le soutenir, lui donner ma voix pour qu’il reste en place ; il faut qu’il reste, car il lui reste des choses à faire. Après les élections, les choses vont s’apaiser, ça ne continuera pas comme ça » assure Bahattin.

un reportage à écouter aussi sur notre site

Mais, après plus d’une décennie au pouvoir, Erdogan et ses méthodes commencent à lasser. Démir, commerçant, est un déçu de l’AKP qui compte lui retirer son soutien, même s’il n’est pas persuadé de la défaite du parti au pouvoir : « Depuis deux ans, les choses vont de plus en plus mal. Comme au Parlement, on a vu des choses jamais vues, et qu’on aurait préféré ne jamais voir ! Alors si Istanbul échappe à l’AKP, ce sera la chute de la forteresse d’Erdogan, et le début des problèmes pour lui. Le 31 mars, il ne lui restera plus qu’à partir loin. Car s’il s’accroche au pouvoir, en face, ils vont s’occuper de lui, et les problèmes vont perdurer, s’aggraver même ».

Et puis il y a une majorité silencieuse, ou indécise, comme Fatoche, les cheveux cachés sous un voile, qui votera comme son mari la continuité. « Pour le gouvernement, c’est sans doute un scrutin important, mais moi, que ce soit Erdogan ou pas, vous savez !... Le changement, un peu, c’est bien, mais il n’en faut pas trop, a mon avis… Cette fois, combien ça peut changer, je n’en ai aucune idée. Ca restera pareil, sans doute ! » explique t-elle désabusée.

Le chef de l’AKP avait promis de se retirer de la politique en cas de défaite de son parti. C’est donc dimanche soir que la Turquie connaîtra l’issue de ce pari à quitte ou double. Et choisira de continuer, ou non, avec Recep Tayyip Erdogan.

→ (Réé)couter l'Européen de la semaine: Recep Tayyip Erdoğan, Premier ministre turc

Meeting du parti AKP du Premier ministre Erdogan à Istanbul, le 23 mars 2014.
Meeting du parti AKP du Premier ministre Erdogan à Istanbul, le 23 mars 2014. REUTERS/Murad Sezer

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