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Zone euro / Entretien

«C’est probable qu’on n’atteigne jamais une déflation en zone euro»

Le président de la BCE Mario Draghi à Francfort, le 3 avril 2014.
Le président de la BCE Mario Draghi à Francfort, le 3 avril 2014. REUTERS/Ralph Orlowski

La déflation menace-t-elle la zone euro  ? Pas suffisamment, à en croire Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, pour mettre en place une véritable parade. La BCE a décidé jeudi de ne rien faire pour le moment et de maintenir inchangé son principal taux directeur malgré une inflation au plus bas - 0,5% au rythme annuel -, loin des objectifs de 2% pour relancer la croissance. Entretien avec Eric Heyer, directeur adjoint de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

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RFI : Visiblement, le directeur de la BCE n’a pas ressenti le besoin d’intervenir face aux spectres déflationnistes. Doit-on comprendre que le risque n’est finalement pas si grand que cela ?

Eric Heyer : En tout cas, pour la Banque centrale européenne le risque n’est pas aussi grand que cela parce qu’ils font des prévisions. Et selon leurs prévisions, l’inflation devrait revenir vers les 1%. Donc, on s’écarterait de cette désinflation, du ralentissement de l’inflation, avant d’arriver en déflation. C’est possible, c’est même probable que finalement on n’atteigne jamais une déflation en zone euro, mais ce qu’il faut rappeler, c’est que il y a certains pays en zone euro qui sont déjà en déflation. On pense bien sûr à la Grèce, mais depuis peu à l’Espagne aussi et c’est quand même un grand pays. Même si en moyenne en zone euro, on n’est pas en déflation, on ne sera peut-être jamais, en tout cas cette année, en déflation. C’est une réalité pour certains pays. Puis, ce qui est important, c’est d’avoir une inflation en dessous de 2, mais proche de 2%, et pas du tout une inflation à 0,5. Pour ces deux raisons, au nom de la déflation, effectivement, on pouvait ne pas intervenir, puisqu’on risque cette année de ne pas être en déflation, on a une chance de ne pas y être ; mais au nom d’une inflation bien trop basse, la Banque centrale aurait pu intervenir.

La Grèce et l’Espagne sont deux pays du Sud. Cela veut-il dire que cette crainte de déflation ne touche pas tous les pays de la zone euro de la même manière ?

Effectivement, il y a deux éléments à cette déflation. Pourquoi ces pays sont-ils en déflation ? C’est pour deux raisons. La première, c’est parce que vous avez une situation macro-économique qui est catastrophique avec un chômage qui est extrêmement élevé, c’est-à-dire que nous en France, nous avons un chômage élevé, mais il est trois fois, quatre fois supérieur dans ces pays du Sud. On sait qu’il y a un lien entre chômage de masse et progression des salaires. Quand vous avez un chômage très important, les salaires ne progressent plus rapidement, voire peuvent baisser. Dans tous ces pays-là, la déflation est née de ces déséquilibres macroéconomiques. Ça, ça touche essentiellement les pays du Sud.

→ A (RE) ECOUTER :La menace de la déflation en zone euro

Vous avez un deuxième facteur déflationniste : c'est que puisqu’on a mis des politiques d’austérité très dures partout en Europe, ça a cassé la demande intérieure des pays européens. Donc pour avoir un peu de croissance économique, les pays se sont lancés dans ce qu’on appelle une stratégie de compétitivité, mais des compétitivités par les salaires. On baisse le coût du travail, on baisse les salaires pour essayer de gagner en compétitivité sur les autres pays. Mais là, tout le monde se lance dans cette stratégie-là. Donc pour gagner en compétitivité, il faut baisser plus rapidement ses salaires que ses pays partenaires. Donc c’est une spirale qui est très dangereuse parce qu’effectivement, quand vous êtes le seul pays à le faire, ce n’est pas très grave et vous y gagnez mais quand tout le monde se lance en même temps, c’est comme ça que la déflation naît aussi dans des pays où le taux de chômage n’est pas si élevé que cela.

Mario Draghi a dit jeudi : « Ne vous inquiétez pas si déflation il y a, tout sera mis en œuvre pour agir ». Concrètement, de quel outil dispose la BCE ?

C’est ce qu’on appelle le « Quantitative Easing » (QE). C’est des politiques monétaires non conventionnelles. Pour faire simple, vous faites tourner la planche à billets. Vous injectez des liquidités. Lorsque vous injectez des liquidités, votre monnaie se déprécie parce que vous en mettez plus en circulation et ça fait déprécier la valeur de la monnaie. Et donc c’est inflationniste parce que lorsque votre monnaie se déprécie, vous avez une inflation, notamment une inflation importée qui arrive. Donc ça relance l’activité et ça fait de l’inflation. Par ces deux mécanismes-là, vous pouvez sortir de votre déflation. Mais attention, ce que l’on sait de ces déflations, c’est qu’on sait limiter l’inflation, on sait la maîtriser. Mais dès qu’on rentre en déflation, on perd un peu la main sur les mécanismes, c’est-à-dire qu’il ne faut pas attendre d’être en déflation pour mettre en place les politiques pour en sortir. Le cas du Japon est là pour nous expliquer qu’une fois qu’on rentre en déflation, on a beaucoup de mal même si on met en place des politiques monétaires, c’est un peu trop tard, ou en tout cas il faut en mettre de très violentes pour s’en sortir. Donc il faut vraiment éviter, c’est-à-dire qu’il faut déclencher le plan anti-déflation avant qu’on soit en déflation.

Mario Draghi a parlé « d’outils non conventionnels ». Qu’est-ce que ça veut dire ?

C’est ce que je viens de dire. La politique monétaire, traditionnellement c’est : vous jouez sur les taux d’intérêt. Là, c’est d’aller au-delà de cette politique conventionnelle et de se dire : on peut racheter des titres, des obligations d’Etat, des obligations d’entreprises... et donc c’est intervenir sur les marchés et acheter toute sorte de détails, d’obligations ou d’actions. Donc c’est d’injecter des liquidités.

Est-ce relativement nouveau pour la BCE ?

C’est relativement nouveau. D’abord la BCE n’a pas le droit d’un point de vue constitutionnel d’aider les Etats en difficulté, elle n’a pas le droit d’acheter des obligations d’Etat. Elle peut acheter des obligations privées mais pas d’Etat. C’est une politique qui est largement utilisée par la Banque centrale aux Etats-Unis, par la Banque centrale au Japon, par la Banque centrale au Royaume-Uni, mais la Banque centrale européenne n’a pas le droit constitutionnellement de le faire. Donc on pourrait mettre en place une fenêtre d’ouverture. Il y a ce qu’on appelle l’OMT (Outright Monetary Transactions) qui permet de le faire, mais on pourrait essayer justement de le généraliser au nom de ce risque de déflation.

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