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Turquie

Réactions mitigées après les condoléances d’Erdogan aux Arméniens

Pour certains commentateurs, Recep Tayyip Erdogan prépare sa candidature à la présidence de la République.
Pour certains commentateurs, Recep Tayyip Erdogan prépare sa candidature à la présidence de la République. REUTERS/Umit Bektas
Texte par : RFI Suivre
3 min

Mercredi 23 avril, à la veille de la date anniversaire du génocide des Arméniens de 1915, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a présenté ses condoléances aux descendants des Arméniens tués il y a 99 ans lors des massacres perpétrés sous l'Empire ottoman.

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Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

Le message de Recep Tayyip Erdogan a créé la surprise. Car depuis un an, le Premier ministre turc s’est plutôt illustré par sa politique répressive. Sa démarche et les mots employés ont une portée tout à fait inédite qui ranime l’espoir. Toute la presse sans exception salue ce jeudi matin le communiqué publié hier par Recep Tayyip Erdogan et en évalue la portée, les réactions en Turquie et ailleurs. « C’est la première fois que la Turquie – et au niveau du Premier ministre ! – présente ses condoléances à propos de 1915 et parle d’une douleur commune. Alors même si on parle de ‘déportation’ et non de ‘génocide’, c’est une évolution extraordinaire », considère ainsi Cengiz Çandar, éditorialiste au quotidien pro-gouvernemental Yeni Safak.

Beaucoup d’éditorialistes voient dans cette nouvelle position une opportunité pour renouer le dialogue avec l’Arménie voisine, des années après une tentative de normalisation des relations diplomatiques, rapidement avortée. Recep Tayyip Erdogan y a lui-même déjà répondu en prévenant que cette réconciliation devait nécessairement passer par la fin de l’occupation du Nagorny Karabakh azerbaïdjanais par Erevan. Beaucoup aussi se demandent si après ces condoléances viendra le temps des excuses, voire celui de la reconnaissance du mot tabou « génocide », comme y appelle la diaspora arménienne, dont beaucoup de représentants sont en Turquie pour participer à des commémorations un peu partout dans le pays, à l’appel d’organisations de la société civile.

Un Premier ministre en campagne

Mais la surprise est parfois teintée de scepticisme. Haydar, épicier du centre d’Istanbul, estime que les mots ne suffisent pas : « Qu’il trouve d’abord les meurtriers de Hrant Dink (journaliste arméno-turc assassiné à Istanbul en 2007, ndlr), ensuite il pourra s’excuser. Alors, oui, c’est bien, mais je ne le trouve pas sincère ».

Parmi les commentaires dubitatifs en effet, beaucoup rappellent l’agenda électoral de la Turquie et du Premier ministre. Recep Tayyip Erdogan est candidat au poste de président de la République pour un scrutin qui se jouera au suffrage universel direct en août prochain. « Pour moi, ce n’est qu’un coup politique pour l’élection présidentielle à venir. Pourquoi donc ces mots qui ne lui étaient jamais venus à l’esprit depuis douze ans qu’il est au pouvoir arrivent-ils maintenant, alors que l’élection approche ? », interroge ainsi Güler Yildiz, présentatrice à la télévision pro-kurde IMC.

Mourad Papazian, coprésident de la Fédération révolutionnaire arménienne pour l’Europe de l’Ouest, dit quant à lui accueillir ces condoléances avec déception : « Le gouvernement turc a toujours affirmé que des massacres de part et d’autre avaient jalonné la Première Guerre mondiale. Il le répète de manière différente aujourd’hui en agrémentant son propos de condoléances. Mais le gouvernement turc a toujours contesté le nombre des victimes ainsi que le caractère génocidaire des massacres et il continue hélas à se réfugier dans cette image de négation ». « Nous craignons que ce soit une démarche qui renforce le négationnisme de la Turquie ou, en tout cas, qui exprime auprès de l’opinion publique un sentiment du type : ‘C’est formidable, le gouvernement turc exprime ses condoléances, c’est déjà beaucoup’ », avance encore Mourad Papazian.

Recep Tayyip Erdogan veut donc certainement effacer son image d’intolérance et de fermeté dans la perspective de cette consultation. Il veut certainement aussi rafraîchir aux yeux des Européens devenus sceptiques son image de réformateur et de démocrate qu’il fut dans les premières années de son arrivée au pouvoir. Il va d’ailleurs entamer une tournée européenne le mois prochain. Cette main tendue en direction des Arméniens comptera certainement pour rassurer les Européens, à un an d’un centenaire dont les effets pourraient être ravageurs pour la Turquie qu’Erdogan gouverne et compte diriger encore longtemps.

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