UNION EUROPEENNE

Ces eurosceptiques qui aimeraient gouverner l’Europe

Marine Le Pen a fait du 1er-Mai, hier, une tribune nationale contre l'Union européenne.
Marine Le Pen a fait du 1er-Mai, hier, une tribune nationale contre l'Union européenne. REUTERS/Charles Platiau
Texte par : Piotr Moszynski
5 mn

A trois semaines des élections européennes, la montée de l’euroscepticisme est bien visible dans plusieurs pays de l’Union européenne, notamment au Royaume-Uni, en France, au Danemark, en Finlande, aux Pays-Bas, en Autriche, en Hongrie et en Italie.

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Au traditionnel meeting du Front national, le 1er mai 2014 à Paris, Marine Le Pen tenait son discours sous une grande banderole affichant son mot d’ordre : « Non à Bruxelles, oui à la France ». Les sondages placent le FN au coude-à-coude avec la droite modérée de l'UMP, et loin devant le Parti socialiste. Sa présidente répète sans arrêt son intention d'arriver en tête au soir du 25 mai pour pouvoir proclamer que son parti est le premier parti de France.

Lors de son discours, Marine Le Pen s’est lamentée à plusieurs reprises que « le peuple français ne contrôlait plus rien ». Selon elle, celui-ci doit « rendre des comptes à l'UE, demander des permissions pour tout, comme si nous étions un peuple enfant. Mais ces permissions, nous avons beau ramper, nous ne les obtenons jamais ».

« A l’assaut du Parlement européen »

A l’approche des élections européennes, la presse lance des publications de plus en plus alarmistes. Pour le journal Le Monde, les europhobes sont « à l’assaut du Parlement européen ». La Croix explique « comment l’Europe doute d’elle-même ». Les raisons de cette vague d’euroscepticisme sont assez variées. Il y a des espoirs déçus de l’intégration européenne accrue et du lancement de l’euro, il y a la crise économique en cours, mais, paradoxalement, les succès de l’intégration européenne y sont aussi pour quelque chose. Le processus est déjà bien avancé, donc, en réaction, ceux qui ne lui sont pas favorables s’activent beaucoup plus qu’auparavant.

Dans ce contexte, Philippe Marlière, professeur de politique française et européenne à l’University College de Londres, ne s’étonne pas que « lorsque des partis politiques s’emparent de ces thèmes, ces idées commencent à pénétrer les peuples européens ». Il rappelle que « jusqu’aux années 1990 à peu près, l’Europe s’est construite avec très peu de transparence, de démocratie, d’ouverture, et les choses se passaient dans une grande indifférence ». Mais depuis, les choses ont changé : « Les populations européennes et les médias nationaux se sont rendus compte que l’Europe avait une importance dans la vie des gens et qu’elle prenait des décisions importantes. A partir de là, ce qui se passe en Europe est observé à la loupe de nos jours. Cela explique pourquoi le ton est aussi plus critique ».

La mythique « Bruxelles »

Le ton est particulièrement critique au Royaume-Uni, où le gouvernement lui-même, sous la pression de formations eurosceptiques très actives, est souvent sévère avec Bruxelles. Mais, même sans cette pression, aucun gouvernement à Londres n’est jamais insensible aux traditions d’un certain isolement des îles britanniques par rapport à l’Europe continentale.

Fidèle à ces traditions, Edward Spalton, vice-président de l’association « Campagne pour la Grande-Bretagne indépendante », s’élève contre ce qu’il ressent comme une perte de la souveraineté britannique, tout en exprimant assez bien la position des eurosceptiques en général : « L’opinion publique a beaucoup évolué. Dans les années 1980, nous étions considérés comme des personnages bizarres qui haïssaient les étrangers, ce qui n’était évidemment pas vrai du tout. En réalité, nous aimons l’Europe. C’est juste l’Union européenne que nous n’aimons pas trop. Nous pouvons avoir de très bonnes relations avec nos voisins européens sans participer à cette structure politique qui remplace de plus en plus souvent les gouvernements dans l’exercice de leurs fonctions, et ceci sans le moindre réel contrôle démocratique. Donc, nous aimerions que celui-ci revienne de nouveau à notre parlement, qui connaît les gens concernés par ses actions. Si nous n’en sommes pas contents, nous pourrons nous séparer de nos députés lors des élections législatives. A présent, nous pouvons voter pour n’importe quel candidat, et la Commission européenne s’en mêle de toute façon… ».

Argumentation qui séduit une partie des électeurs qui oublient peut-être trop facilement que la mythique « Bruxelles », ce sont tout simplement eux-mêmes et leurs gouvernements. Car, en l’état actuel de choses, rien ne se passe à Bruxelles sans l’aval des Etats membres.

Les eurosceptiques au pouvoir en Europe ?

Et pourtant, la montée des eurosceptiques est suffisamment puissante pour qu’on commence à se poser la question de savoir s’ils deviennent, petit à petit, capables de prendre bientôt le pouvoir au niveau européen. En réalité, on en est loin. Le phénomène est, certes, significatif, mais il reste limité. Philippe Marlière observe que lorsqu’on fait une projection de résultats de prochaines élections européennes, on arrive à 150-160 sièges au Parlement européen, ce qui est un score respectable, « mais ce qui reste peu dans un Parlement qui compte plus de 750 députés ». Ainsi, ces forces « resteront dans une position minoritaire ». En plus, elles sont « politiquement hétérogènes, et elles ne vont pas toutes siéger dans le même groupe parlementaire ». La diversité idéologique des formations dites eurosceptiques « finalement, les amoindrit ». Formations qui méritent donc attention et analyse, mais, en les analysant, il faut quand même garder le sens des proportions.

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