Irlande

La police nord-irlandaise prolonge la garde à vue de Gerry Adams

Le président du Sinn Fein, Gerry Adams.
Le président du Sinn Fein, Gerry Adams. AFP PHOTO / Peter Muhly

Le chef du Sinn Fein, l’aile politique de l’Armée républicaine irlandaise, Gerry Adams, est interrogé depuis mercredi soir sur son éventuelle responsabilité dans un meurtre qui remonte à plus de 40 ans. La police a décidé la prolongation de sa garde à vue de 48 heures.

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La police nord-irlandaise tente d'établir un lien éventuel entre le leader nationaliste Gerry Adams et le meurtre de Jean McConville, il y a 42 ans. Gerry Adams, 65 ans, est le chef du Sinn Fein, la branche politique de l’IRA. Il a activement participé à la mise en place de l’accord de paix en 1998. Aux mains de la police depuis plus de deux jours, sa détention a été finalement prolongée ce vendredi soir à 19h (TU).

Un meurtre reconnu par l'IRA

Jean McConville est enlevée puis abattue en décembre 1972. Cette protestante de 37 ans est la veuve d’un catholique et la mère de dix enfants. L’IRA la soupçonnait d’être une informatrice : une enquête de police a prouvé par la suite que c’était faux. Son seul tort aurait été d’avoir aidé un soldat britannique blessé dans un attentat de l’IRA. En tous cas, l’IRA l’a enlevée devant ses enfants, puis assassinée d’une balle dans la nuque.

Jeudi 1er mai, son fils Michael, qui avait onze ans lorsque sa mère a été exécutée, a livré un témoignage poignant sur la BBC. Il a expliqué avoir lui-même été enlevé et battu quelques jours après la mort de sa mère, pour le forcer à se taire, car malgré leurs cagoules il avait reconnu une partie des hommes venus chercher sa mère. Encore aujourd’hui, il refuse de collaborer avec la police, de peur que d’autres membres de sa famille soient assassinés.

De son côté, sa sœur aînée, Helen McKendry, 15 ans à l’époque, a au contraire affirmé au journal The Guardian qu’elle était prête à donner les noms de ceux qui avaient enlevé sa mère.

L’IRA n’a reconnu le meurtre de Jean McConville qu’en 1999. Son corps a été retrouvé quatre ans plus tard enfoui sous une plage d’Irlande du Nord, dans le comté de Louth, que Gerry Adams représente aujourd’hui au Parlement irlandais.

Passe d'armes entre Premiers ministres

Mercredi, Gerry Adams s’est rendu de lui-même dans le commissariat du comté d’Antrim, l’ex-fief de l’IRA. Rendez-vous avait été pris avec la police, mais ce n’était pas prévu qu’il soit mis en garde à vue. Interviewé juste avant, il avait répété que le meurtre de Jean McConville était une erreur, une grave injustice, et que lui, Gerry Adams, était innocent. Il s’est aussi étonné que cette affaire ressorte au moment des élections européennes, auquel il participe avec son parti le Sinn Fein.

→ A (re)lire : Arrestation de Gerry Adams: le Sinn Fein dénonce un timing politique

Et le vice-Premier ministre irlandais, qui est un ancien de l’IRA, a accusé des « forces de l’ombre » au sein de la police nord-irlandaise de tenter de peser sur les résultats.

Des accusations rejetées par les Premiers ministres nord-irlandais et britannique : « La justice est indépendante, il n’y a aucune ingérence politique dans cette affaire », a affirmé hier David Cameron. Et ce, même si le Premier ministre nord-irlandais a estimé que « cela renforce le processus politique que les gens sachent que personne n'est au-dessus des lois ».

Témoignages explosifs

En 2010 sort le livre « Voices from the grave », qu’on peut traduire par « Des voix d’outre-tombe » où un membre de l’IRA le mettait en cause dans le meurtre de Jean McConville. L'ouvrage se base sur deux témoignages recueillis dans le cadre d’une série d’interviews menées entre 2001 et 2006 par des chercheurs du Boston College, une université américaine.

L’objectif était de documenter la guerre civile irlandaise en récoltant les témoignages d’anciens républicains et des loyalistes qu’ils combattaient - 46 personnes ont ainsi été interrogées, avec la promesse de ne divulguer leurs témoignages qu’après leur mort, parce qu’évidemment, ils sont tous potentiellement explosifs.

Si ce livre n’est paru qu’après le décès de ses deux protagonistes, il a attiré l’attention de la police du Royaume-Uni, qui a engagé une action en justice aux Etats-Unis pour récupérer les témoignages qui pourrait faire avancer l’enquête sur le meurtre de Jean McConville. Il y a deux ans, cette demande a été validée par la justice américaine : le Boston College a dû transmettre 11 des 85 interviews demandées au départ à la police nord-irlandaise.

La paix en Irlande du Nord a déjà été plusieurs fois mise à mal par des enquêtes sur des crimes commis pendant la guerre civile. Et il est communément admis que ce sont les enquêtes concernant des militants pro-britanniques qui ont déclenché les violences de rues de 2013, les pires depuis des années.

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