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Arménie / Azerbaïdjan / Géorgie / Entretien

Hollande dans le Caucase : «c’est avant tout une visite politique»

Le président français François Hollande (D) à son arrivée à Bakou, ce dimanche 11 mai.
Le président français François Hollande (D) à son arrivée à Bakou, ce dimanche 11 mai. REUTERS/Fuad Esgerov/Pool
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Le président de la République française est arrivé à Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan, ce dimanche 11 mai. Première étape de la tournée que François Hollande entame dans le Caucase, qui va le conduire en Arménie demain et en Géorgie mardi. Le président français est accompagné de nombreux chefs d’entreprises. Dans ces trois anciennes Républiques soviétiques, les évènements en Ukraine sont suivis de très près. Entretien avec Marie Mendras, chercheuse au CNRS.  

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RFI : Azerbaïdjan, Arménie, Géorgie, laquelle sera la plus délicate de ces trois étapes ?

Marie Mendras : Les trois seront difficiles parce que les relations de la France avec ces trois pays ont connu des hauts et des bas. Et en Arménie et en Azerbaïdjan, nous sommes confrontés à des régimes autoritaires.

Est-ce que, durant ces trois jours, avec la crise ukrainienne en toile de fond, le président français va devoir concilier une forme de rapprochement, sans envoyer pour autant de signes susceptibles d’être mal interprétés par Moscou  ?

Au contraire, le président français peut trouver judicieux - surtout évidemment en Géorgie où Vladimir Poutine a déjà en 2008 montré qu’il pouvait dépecer un petit Etat - de rappeler les principes fondamentaux de l’intégrité territoriale d’un Etat et je pense qu’il le fera. C'est quand même d'abord et avant tout une visite géopolitique que de voir les trois pays du Caucase les uns après les autres, en pleine crise ukrainienne alors que dans deux semaines se tiendra l’élection présidentielle en Ukraine sur fond de subversion russe et pro-russe dans les provinces de l’Est. Et les relations économiques avec ces trois petits Etats du Caucase ne sont pas absolument fondamentales pour la France. Donc, c’est une visite politique.

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Une visite politique même s’il y a quand même une forme de rééquilibrage à faire sur le plan commercial ?

Bien entendu. La diplomatie économique est toujours présentée officiellement comme la raison des grandes visites officielles des dirigeants français. Donc bien entendu, il y a des intérêts économiques puisque nous achetons des hydrocarbures à l’Azerbaïdjan et nous ne lui vendons pas grand-chose. Mais de nouveau, surtout du fait du contexte de crise aiguë en Ukraine, il est clair que ce que tous les observateurs vont attendre, ce sont des signaux politiques.

Avec un partenariat oriental qui existe d’ores et déjà, ces trois pays sont concernés ?

Oui, bien entendu. L’autre élément de contexte, ce sont les élections au Parlement européen également dans deux semaines, le même jour que l’élection présidentielle en Ukraine, le 25 mai. Donc depuis maintenant cinq ans, les six pays de l’entre-deux, c’est-à-dire les six pays qui se trouvent coincés entre la Russie et l’Union européenne sont regroupés dans un partenariat oriental, donc les trois Etats du Caucase où arrive le président Hollande, puis également la Moldavie, la Biélorussie et l’Ukraine. Dans ce contexte d’élection européenne, il est évident que les signaux à envoyer vers ces trois Etats du Caucase, c’est qu’ils appartiennent à ce partenariat, qu’ils y sont bienvenus et qu’ils pourront évoluer vers des accords de libre-échange avec l’Europe. Il faut ajouter tout de suite que l’Arménie en septembre dernier s’est trouvée sous pression de Moscou et donc a dû arrêter le processus de rapprochement avec l’Union européenne et de facto, ne participe plus au partenariat oriental.

→ A (RE)LIRE : Partenariat oriental à Vilnius: l'aimant russe trop puissant pour l'UE?

Alors que la Géorgie, elle regarde de très près ce côté ouest, et aspire même à rejoindre l’Otan...

Bien sûr. La question de la Géorgie est compliquée pour la France parce que la France a été un grand soutien du président Saakachvili qui a quitté le pouvoir en 2012 et depuis, le régime en Géorgie est loin d’être un régime pleinement démocratique. Mais tous les pays d’Europe et les Etats-Unis ont tout fait pour rétablir de bonnes relations avec l’Etat géorgien pour faire face à la politique russe qui a vraiment été en 2008 une politique de guerre et d’annexion puisque la Russie a accepté et reconnu l’indépendance de deux petits territoires qui font partie de la Géorgie : l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud. La Russie ne les a pas personnellement annexés comme la Crimée il y a quelques semaines, mais de facto ces deux provinces de la Géorgie sont sous total contrôle de la Russie. Donc notre relation avec la Géorgie est évidemment compliquée parce que les Géorgiens attendent de nous des signes forts de possibilité de rapprochement avec l’Union européenne et éventuellement aussi avec l’Otan et que la politique française, comme la politique allemande ou la politique britannique, est une politique de très grande prudence pour tout ce qui est rapprochement de ces pays avec l’Union européenne, surtout en ces périodes électorales.

Marie Mendras vient de signer dans la revue Esprit du mois de mai l'article suivant : « Contrer l’offensive russe en Ukraine »

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