Russie / Ukraine

Au Donbass, un pas de plus vers l'indépendance

Roman Liaguine, chef de la commission électorale mise en place à Donetsk, montre les résultats du référendum.
Roman Liaguine, chef de la commission électorale mise en place à Donetsk, montre les résultats du référendum. REUTERS/Maxim Zmeyev
Texte par : RFI Suivre
10 mn

La commission électorale de Donetsk a donné ce lundi les résultats définitifs du référendum d'autodétermination de dimanche. Le « oui » est confirmé avec près de 90% des voix. Idem à Lougansk (96%). Les séparatistes de Donetsk demandent le rattachement à la Russie. L'Union européenne a décidé de prendre de nouvelles sanctions.

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Avec nos envoyés spéciaux à Donetsk,Daniel Vallot et Bertrand Haeckler

C’est une large victoire du « oui » avec plus de 74% des voix et une participation de près de 90% selon des chiffres définitifs qui ont donc été donnés par le président de la commission électorale mise en place par cette République populaire de Donetsk. Les dirigeants pro-russes qui estiment avoir donc obtenu le soutien franc et massif de la population de la région de Donetsk.

« Ce vote valide la création de notre République indépendante », a déclaré Denis Pouchiline qui se présente comme l’un des dirigeants du comité populaire censé gouverner cette République et qui a présenté les premières décisions de cette République indépendante. « D’abord, a-t-il dit, il n’y aura pas d’élection présidentielle le 25 mai prochain sur le territoire de la région de Donetsk et des élections auront lieu en revanche, mais à l’automne prochain et pour désigner un gouvernement élu de cette République de Donetsk. »

Le 7 avril dernier nous avons proclamé l’indépendance de la République de Donetsk et cette décision nous l’avons présentée aux électeurs. […] Maintenant, cette proclamation d’indépendance a trouvé le soutien du peuple, du peuple qui réside ici sur sa propre terre.

Denis Pouchiline, le chef de la «République populaire» autoproclamée de Donetsk

Denis Pouchiline a affirmé par ailleurs que les soldats ukrainiens présents dans la région auraient le choix entre quitter l’armée ukrainienne ou quitter le territoire. Sur l’avenir de la République, deux options sont avancées : l'indépendance ou le rattachement à un autre pays. A titre personnel, Denis Pouchiline a déclaré qu’il était, lui, favorable à un rattachement à la Russie. Ce lundi après-midi, les séparatistes de la capitale régionale ont d'ailleurs demandé ce rattachement.

Sur des questions très concrètes comme le paiement des salaires et des retraites des fonctionnaires, sur la levée des impôts ou sur la surveillance des frontières, le dirigeant pro-russe a systématiquement botté en touche affirmant que toutes ces questions seront réglées par la suite. L’essentiel, a-t-il conclu, c’est que ce vote se soit déroulé, que la volonté du peuple ait pu s’exprimer et que la République populaire de Donetsk ait donc été validée a posteriori par les électeurs.

Denis Pouchiline, le chef de la «République populaire» autoproclamée de Donetsk, ce lundi 12 mai.
Denis Pouchiline, le chef de la «République populaire» autoproclamée de Donetsk, ce lundi 12 mai. REUTERS/Maxim Zmeyev

S'émanciper des autorités de Kiev ? « Oui », ont dit aussi les populations de la région de Lougansk à 96%, selon l'agence russe Ria. Le chef séparatiste de la province annonce, lui aussi, que Lougansk ne participera pas à l'élection présidentielle du 25 mai.

→ A (RE)LIRE : Référendums en Ukraine: une «farce» pour Kiev, Moscou veut un dialogue

Un scrutin que continuent de dénoncer les Etats-Unis et l'UE

Si Kiev et les grandes capitales étrangères continuent de dénoncer ce scrutin. Moscou indique respecter l'expression de la volonté des populations de ces régions. La Russie compte désormais sur un « dialogue » entre ces régions séparatistes et les autorités ukrainiennes.

A nouveau ce lundi matin, les ministres européens des Affaires étrangères se sont réunis à Bruxelles avec le président de l'OSCE insistant sur l'importance du maintien de l'élection présidentielle anticipée du 25 mai. L'UE juge le référendum séparatiste « illégitime », a dit le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Washington « ne reconnait pas le référendum illégal » et fauteur « de division et de désordre », a déclaré la porte-parole du département d'Etat, Jennifer Psaki.

De nouvelles sanctions également actées

Les Européens ont décidé de prendre des sanctions limitées, car ils n’avaient pas l’intention d’en arriver dès ce lundi à la troisième étape, à savoir les sanctions économiques.

Treize nouvelles personnes, des Russes et des Ukrainiens pro-russes sont donc ajoutés à la liste des 48 déjà frappés de gels des avoirs et d’interdiction de visas. Une liste à laquelle ont été ajoutées ce lundi deux entreprises ayant profité de l’annexion de la Crimée.

La tenue des élections présidentielles en Ukraine le 25 mai est en fait la principale priorité des Européens. Le président de la Confédération suisse, Didier Burkhalter, qui assure actuellement la présidence de l’OSCE, leur a présenté dans la matinée la feuille de route de l’OSCE. Celle-ci appelle à une action immédiate qui passe par un dialogue national entre Ukrainiens. Un dialogue pour lequel l’OSCE propose sa médiation, avec une extension prévue de sa mission qui compte déjà 200 observateurs en Ukraine.

L’Union européenne affirme apporter son soutien sans faille aux efforts de l’OSCE pour tout faire afin d’aider à la réussite des élections. Tous estiment le référendum d’hier illégal, et s’ils jugent légitimes les manifestations pacifiques, ils reconnaissent le droit du gouvernement ukrainien d’utiliser la force pour protéger ses populations.

→ A (RE)LIRE : Crise en Ukraine: Hollande et Merkel haussent à nouveau le ton

Réactions mitigées dans les rues de Donetsk

La demande des dirigeants du mouvement pro-russe à Moscou d’envisager le rattachement du territoire à la Fédération de Russie est saluée par les partisans du mouvement séparatiste, mais inquiète en revanches la population loyaliste.

C’est une évidence pour les militants pro-russes de Donetsk : leur république indépendante, celle pour laquelle ils ont voté ce dimanche devra forcément se rattacher à la Fédération de Russie, et pour Yelena le plus tôt sera le mieux. « J’espère que ça se fera rapidement, dit-elle, mais ça dépendra des circonstances, il faudra attendre peut-être un mois ou trois mois. En tous cas il faudra que ça se fasse vite, parce qu’il y a des gens qui meurent tous les jours, on n’a pas connu ça depuis la Seconde Guerre mondiale et nous voulons que ce cauchemar finisse le plus vite possible ».

Mais à Donetsk tout le monde ne partage pas la fascination de ces militants pour la Russie. Pour Diana, jeune journaliste de 22 ans, les partisans du projet séparatiste se bercent d’illusions quant aux bénéfices qu’ils pourraient tirer d’un rattachement à la Russie. « Je pense qu’en Russie les conditions de vie ne sont pas meilleures qu’ici, affirme-t-elle, mais les gens espèrent que tout changera en cas de rattachement, que tout va leur tomber du ciel. Au final, ils risquent de réaliser qu’avec la Russie ils ne vont pas vraiment se retrouver dans le pays de leurs rêves ».

Comme d’autres partisans de l’Ukraine Diana envisage désormais de quitter le Donbass. « C’est une décision difficile à prendre, dit-elle, mais si la région parvient à se rattacher à la Russie, je n’aurai pas d’autre choix que de partir vers l’Ouest, pour rester dans mon pays ».

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