Espagne

Felipe VI, une couronne qui pèse lourd sur l’Espagne

Felipe d'Espagne et son épouse Letizia, le 9 juin 2014, à Madrid.
Felipe d'Espagne et son épouse Letizia, le 9 juin 2014, à Madrid. REUTERS/Daniel Ochoa de Olza/Pool

Le couronnement du nouveau roi d’Espagne ce 19 juin 2014 vient mettre un terme à ce que les Espagnols ont vécu comme une période pénible de déconvenues avec la fin de règne de Juan Carlos. Celui qui régnera sous le nom de Felipe VI se doit, plus que tout autre, à une exemplarité sur laquelle repose l’avenir de la monarchie. Déjà, de nombreuses voix se font entendre pour réclamer qui un retour à la République, qui un référendum.

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A 46 ans, Felipe, prince des Asturies, celui qui jusque-là se tenait à deux pas dans l’ombre de son père, le roi Juan Carlos, entre dans la lumière. L’abdication de Juan Carlos, annoncée le 2 juin au profit de son seul fils Felipe, intervient à un moment où la monarchie vacille après une série de scandales. Le jeune roi que l’Espagne couronne peut être le dernier de sa lignée ou au contraire celui qui parviendra à redonner à la Maison royale une légitimité aujourd’hui contestée.

L’impression de ne pas le connaître

Si les Espagnols veulent un roi sérieux et posé pour se remettre des incartades du précédent, Felipe VI devrait satisfaire pleinement leur souhait. Ce géant de 1,98 mètre a toutes les apparences de la plus haute naissance. Depuis son plus jeune âge, Felipe, le troisième et dernier enfant de Doña Sofia et Juan Carlos, est épié par les médias. Il a donc appris très jeune à se comporter comme quelqu’un qui est constamment observé, donc en représentation. D’où l’impression pour beaucoup de ses compatriotes de ne pas le connaître.
 

Felipe, son épouse Letizia et leurs deux filles, Sofia (G) et Leonor (D), le 22 mai 2014.
Felipe, son épouse Letizia et leurs deux filles, Sofia (G) et Leonor (D), le 22 mai 2014.

On parle d’ailleurs volontiers à son propos du « mystère » Felipe. La longue formation militaire qu’il a reçue n’y est certainement pas étrangère, mais ne dit-on pas aussi qu’il doit surtout à sa mère, la reine Sofia, son goût prononcé pour la discrétion. Réservé de toute évidence, mais aussi déterminé comme il l’a montré il y a dix ans en imposant au palais de la Zarzuela son épouse Letizia Ortiz, une roturière, journaliste à la télévision et qui plus est, divorcée.

Le couple a aujourd’hui deux enfants : Sofia, 7 ans et Leonor, 8 ans, l’aînée qui est sur le point de devenir la plus jeune héritière directe du trône en Europe. Avec l’abdication de son grand-père Juan Carlos et le couronnement de son père Felipe, Leonor cesse d’être une « infante » pour devenir la 36e princesse des Asturies et un jour, peut-être, reine d’Espagne. En attendant, la petite fille a assisté comme toute la famille royale, le 18 juin, à la signature de l’acte officiel d’abdication par son grand-père, Juan Carlos 1er d’Espagne.

Perdre la foi 

L’avènement de Felipe VI survient à un moment où l’Espagne est sur le point de perdre la foi. Frappé de plein fouet par la crise économique de 2008, le pays doute de ses institutions, en tête desquelles la monarchie qui ne représente plus le garde-fou absolu contre la tentation de l’extrémisme comme l’a incarné en son temps Juan Carlos. Entre désir de République et de référendum, et séparatismes basque et catalan, les Espagnols montrent en tout cas qu’ils ne se satisferont pas d’un statu quo.  

Le prince héritier est parfaitement préparé à la tâche qui l’attend. La santé chancelante de son père ces dernières années l’a amené bien souvent à le remplacer dans les différentes missions qui lui incombent en titre dorénavant. Sa maîtrise des langues (espagnol, catalan, basque, anglais, français et un peu de grec appris auprès de sa mère) font de lui un pur produit des cours européennes. Des études de droit et de relations internationales menées en Espagne et aux Etats-Unis complètent le profil d’un homme de son temps.

Juan Carlos et Felipe VI, le 18 juin 2014.
Juan Carlos et Felipe VI, le 18 juin 2014. REUTERS/Juan Medina

 Pilote d'hélicoptère, amateur de football, le nouveau roi est aussi un sportif accompli comme le veut la tradition familiale. Membre de l’équipe espagnole de voile lors des Jeux olympiques de Barcelone en 1992, Felipe aura plus que jamais l’occasion de mettre en pratique ses talents de skipper en tirant des bords pour convaincre les Espagnols du bien-fondé de la monarchie. Son avènement permettra peut-être de gagner du temps, mais l’abdication de son père montre que l’Espagne refuse de fermer les yeux sur les dérives de la famille dont deux membres, la princesse Cristina et son mari Iñaki Urdangarin, sont inculpés pour fraude fiscale et blanchiment de capitaux.

Avertissement
 

Une réplique de la couronne d'Espagne.
Une réplique de la couronne d'Espagne. REUTERS/Jon Nazca

Malgré les turbulences qui secouent la famille royale, 72,9% des Espagnols (sondage publié dans El Mundo, centre droit) pensent que  Felipe fera un bon roi. Pour confirmer cette impression favorable, son image si lisse de gentil garçon dévoué ne suffira pas. Dès le 2 juin, le jour de l’annonce de l’abdication de son père, des milliers de manifestants sont descendus dans la rue pour clamer : « L’Espagne, demain, sera républicaine ». Un avertissement que ne peut pas ne pas avoir entendu Felipe VI.

C’est peut-être en partie la raison qui explique la sobriété retenue pour la cérémonie d’accession au trône. Le nouveau roi prêtera serment devant les Cortes, le Parlement, respectant en cela la tradition. Mais l’investiture se déroulera hors la présence des autres familles royales et sans délégations étrangères. La Maison royale a aussi indiqué qu’aucune célébration religieuse n’accompagnerait l’avènement de Felipe VI ; un changement d’envergure dans la très catholique Espagne. Autre évolution : le jeune souverain ne portera pas la couronne ni le sceptre royal, même si ces deux symboles de la royauté seront visibles lors de la cérémonie.
 

A Madrid, les Espagnols partagés sur l'avènement d'un nouveau roi

 
 

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