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Russie / Union européenne

Embargo russe: «La Russie va perdre plus que l’Union européenne»

Une vendeuse de légumes brandit fièrement des poivrons venus de Crimée, sur un marché de Saint-Petersbourg, ce jeudi 7 août.
Une vendeuse de légumes brandit fièrement des poivrons venus de Crimée, sur un marché de Saint-Petersbourg, ce jeudi 7 août. REUTERS/Alexander Demianchuk
Texte par : Florence Thomazeau
5 mn

Les sanctions décidées par Bruxelles et Washington contre Moscou pour son rôle dans la crise ukrainienne ne sont pas restées sans réponse. La Russie contre-attaque fortement, en annonçant un embargo total sur les produits alimentaires en provenance des Etats-Unis et d’Europe, avec d’importantes conséquences économiques à la clé. Pour Ivan Samson, professeur d’économie à l’université de Grenoble et spécialiste de la Russie, il y a « dissymétrie » et la Russie va être « plus affectée » que l'UE.

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RFI : L’embargo décidé aujourd’hui par la Russie prend-il effet immédiatement ?

Ivan Samson : Les autorités russes ne sont pas très claires, dans la mesure où elles parlent d’un embargo d’un an, renouvelable, ajustable. Donc, cela peut se passer assez vite, mais il y a quand même beaucoup de marchandises qui sont en cours d’expédition, qui sont expédiées. Il est peu probable que ces marchandises soient directement concernées.

La Russie a dévoilé toute une liste de produits interdits ce jeudi matin. On parle de fruits, de produits laitiers, de viande, etc. C’est un embargo qui vise énormément d’entreprises, grandes ou moyennes. Quelles seront les premières conséquences pour les Européens ?

J’ai regardé les chiffres pour 2010. Je n’ai pas trouvé de chiffres plus récents dans l’immédiat. La Russie représente à peu près 10 % des exportations européennes de produits alimentaires. C’est donc quelque chose d’important. Bien sûr, cela va concerner différemment les pays.

Quels sont les pays qui seront les plus concernés ?

Les plus gros exportateurs européens de produits alimentaires, en général. La France, l’Allemagne, les Pays-Bas et aussi l’Italie et le Royaume-Uni. Voilà les cinq principaux pays qui sont touchés. Globalement, 19 % des exportations européennes de produits agroalimentaires, toutes directions, viennent de la France. Ensuite, il y a l’Allemagne - 13 % - et les Pays-Bas - 13 % aussi. Bien sûr, les entreprises françaises, allemandes, danoises, britanniques et italiennes vont être affectées. La question est bien sûr dans quelle mesure elles pourront se reporter sur d’autres marchés, pour retrouver d’autres clients.

Pour la Russie, les importations agroalimentaires viennent d’Europe, aujourd’hui. Elle va donc se retourner vers d’autres pays, des pays émergents. Comment cela se passera-t-il ?

Vous voyez déjà qu’il y a quand même une dissymétrie. C'est-à-dire que la Russie dépend à moitié de l’Union européenne pour ses importations alimentaires, alors que l’Europe dépend à 10 % seulement de la Russie pour ses exportations alimentaires. Donc, fondamentalement la Russie va être plus affectée.

Et je pense que l’économie russe, étant donné son fonctionnement, sera plus touchée que l’économie américaine pour une autre raison : la concurrence est très faiblement développée dans l’économie russe. La Russie n’est que partiellement une économie de marché. Et donc, à l’évidence, les importateurs et les vendeurs russes vont en profiter pour augmenter les prix de leurs produits, que ces produits soient importés de l’Union européenne, ou pas.

C'est-à-dire que, très probablement, on va voir une flambée des prix des produits agroalimentaires en Russie, qui concerne beaucoup quand même la consommation des classes moyennes ou des classes populaires, disons, supérieures. Et à mon avis, ça va vraiment provoquer des problèmes. C'est-à-dire que je pense que la réaction en termes de prix du commerce de gros et de détail russe sera plus que proportionnelle à l’embargo. Et donc on peut s’attendre à un impact assez fort sur les consommateurs russes. Et cet impact, bien sûr, va être très gênant pour les dirigeants russes.

Autre question très importante, c’est le gaz. L’Europe est très dépendante de la Russie pour le gaz. L’Europe importe de Russie 30 % de son gaz. Peut-on s’attendre, après cet embargo sur la nourriture, à avoir éventuellement un embargo sur l’énergie ?

La Russie on le sait bien, utilisait cette arme de l’énergie avec l’Ukraine. Avec l’Union européenne, c’est une arme qui est délicate, à double tranchant, dans la mesure où 90 %, je crois, des réseaux d’exportation de gaz russe se sont tournés vers l’Union européenne. C'est-à-dire que la Russie n’a à peu près aucune autre alternative que l’Europe pour exporter son gaz. Donc elle peut bien sûr arrêter l’exportation de gaz à l’Europe. Bien sûr, l’Europe serait dans une grande difficulté, mais la Russie en souffrirait beaucoup plus que l’Europe.

Ce que vous dites, c’est que les deux parties perdent totalement dans ces sanctions…

Oui, les deux parties perdent. Ça, c’est caractéristique du commerce mondial, mais elles perdent inégalement. Et que ce soit pour le gaz ou pour les produits agroalimentaires, je vois la Russie perdre beaucoup plus que l’Union européenne pour les différentes raisons.

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