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UE / Pologne

Donald Tusk: à l’Est, du nouveau pour l’Europe

Nommé pour un mandat de 2 ans et demi renouvelable une fois, Donald Tusk entrera officiellement en fonction le 1er décembre.
Nommé pour un mandat de 2 ans et demi renouvelable une fois, Donald Tusk entrera officiellement en fonction le 1er décembre. REUTERS/Yves Herman
Texte par : Christophe Carmarans
9 mn

La nomination, samedi, du Polonais Donald Tusk à la tête du Conseil européen marque un tournant dans les instances de l’UE. Bien qu'issu d’un pays n’ayant rejoint l’Union qu’en 2004 et pas encore membre de la zone euro, il pourrait donner plus de poids à sa fonction, à l’heure où les relations se tendent avec Moscou.

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Pour commencer, on va se débarrasser des préjugés et des a priori. Contrairement à ce que son patronyme pourrait donner à penser, Donald Tusk n’est pas un Américain d’origine polonaise revenu au pays, fortune faite. Il s’agit bien de Donald Tusk, pas de Donald Trump. Son nom se prononce d’ailleurs « Tousk » et non « Teusk » et il parle à peine anglais, contrairement à l’allemand qu’il maîtrise très bien, ce qui fait de lui un interlocuteur privilégié d’Angela Merkel. Son père, qui s’appelait déjà Donald Tusk, était charpentier et sa mère infirmière. Donald Tusk vient donc d’un milieu modeste, issu de la minorité kachoube, groupe de population originaire de Poméranie orientale, on y reviendra plus tard.

Génération Solidarnosc

Premier ministre polonais depuis 2007, Donald Tusk a dirigé le seul pays européen à ne pas avoir subi les méfaits de la crise économique de 2008.
Premier ministre polonais depuis 2007, Donald Tusk a dirigé le seul pays européen à ne pas avoir subi les méfaits de la crise économique de 2008. REUTERS/Peter Andrews

Pourquoi Donald, alors ? Parce que grand-mère Tusk s’était entichée autrefois d’un Lord Ecossais dénommé Donald et qu’elle prénomma ainsi son fils qui allait donc devenir le père du futur président du Conseil européen. Preuve qu’il est doté d’un certain sens de l’humour, celui qui va remplacer Herman Van Rompuy à Bruxelles a promis de « polir » son anglais dans les mois qui viennent, mot qui se dit « polish » dans la langue de Shakespeare, « Polish » voulant également dire, comme chacun le sait outre-Manche, « Polonais ». Amusant, non ?

Pour en revenir aux choses sérieuses, Donald Tusk - 57 ans, marié, deux enfants - a grandi dans une Pologne corsetée derrière le rideau de fer. Et il a connu à Gdansk, sa ville natale, l’ivresse des grands retournements, ceux où l’Histoire bascule et les destins se forgent. Sans participer directement aux grandes grèves des chantiers navals de 1980, il s’est engagé très tôt à Solidarnosc, en fondant le comité des étudiants du syndicat dirigé par Lech Walesa. De syndicat clandestin, Solidarnosc allait devenir un mouvement populaire et finir par provoquer des élections libres en juin 1989, cinq mois avant la chute du Mur de Berlin, élections qui débouchèrent sur l’élection de Tadeusz Mazowiecki à la tête du Conseil des ministres, le premier dirigeant non communiste d’un pays du Pacte de Varsovie.

Destiné, de par sa formation initiale, à devenir professeur d’histoire, Donald Tusk se sent à cette époque pousser des ailes d’entrepreneur dans un pays avide, plus que tout autre, de rompre avec le communisme. Il va donc monter une petite entreprise de peinture avant de s’engager définitivement, et à plein-temps, dans la politique. Elu à la Diète polonaise (l’équivalent de l’Assemblée nationale, ndlr) en 1991 puis au Sénat en 1997, il est d’abord membre du Congrès libéral-démocrate puis de l’Union de la liberté, avant de cofonder en 2001 la Plate-forme civique (ou P.O. pour Platforma Obywatelska) avec Andrzej Olechowski et Maciej Plazinski, une formation de centre-droit qui devient une force majeure sur la scène politique polonaise. Le slogan du parti est prémonitoire : « ni à droite, ni à gauche mais en avant vers l’Europe ».

Echec en 2005, succès en 2007

Germanophone, Donald Tusk a l'oreille d'Angela Merkel.
Germanophone, Donald Tusk a l'oreille d'Angela Merkel. REUTERS/Thomas Peter

Revenu à la Diète comme député, Tusk échoue pourtant à la présidentielle de 2005 face au parti Droit et Justice des jumeaux Lech et Jaroslaw Kaczynski. En tête à l’issue du 1er tour, il est victime, d’une campagne de diffamation contre son père, lequel est accusé par la rumeur d’avoir servi dans la Wehrmacht durant la Seconde Guerre mondiale, sujet évidemment sensible en Pologne. Les accusations s’avèreront plus tard infondées, mais Donald Tusk est battu largement (54 % contre 46 %), Lech Kaczynski s’installant à la présidence et son frère à la tête du Conseil des ministres, l’année suivante. Le battu prend cependant sa revanche deux ans plus tard en devenant, à son tour, président du Conseil des ministres à la faveur d’élections anticipées, un poste qui est le vrai siège de l’exécutif dans le système de la IIIe république polonaise.

Dans une nation en pleine renaissance depuis qu’elle s’est débarrassée de la tutelle soviétique, Tusk obtient des résultats économiques remarquables, prenant pour modèle l’Irlande, autre pays catholique converti au libéralisme. Bénéficiant d’une croissance soutenue (+3,2 % encore prévus en 2014), et contrairement à l’Irlande, la Pologne sera même le seul pays du continent européen à ne pas voir son économie plombée par la crise de 2008. Dans le costume de Premier ministre, Donald Tusk  prouve aussi qu’il sait gérer les crises lorsqu’en avril 2010, le président Lech Kaczynski ainsi que le gouverneur de la banque nationale, le vice-ministre des Affaires étrangères, plusieurs parlementaires et militaires de haut rang périssent dans un accident d’avion à Smolensk, en Russie.

Soupçonné par l’opposition d’avoir joué un rôle dans cette tragédie, Tusk sortira par le haut de ces accusations. Réélu en octobre 2011, il devient le premier président du Conseil à conserver son poste depuis l’instauration de la IIIe république.  « De nature, il était plutôt optimiste, ouvert et flexible » confiait en octobre 2007 son ami, le sénateur Marek Dolkowski, à Heike Schmidt sur RFI. « Mais sa défaite de 2005 a été une expérience traumatisante pour lui », poursuivait-il.  « Il s’est donc durci.  Mais c’est la façon dont on doit faire, en politique. Il a changé mais, concluait-il, les politiciens sont toujours comme ça ».

Avec le temps, Donald Tusk était devenu moins populaire, une sombre affaire d’écoutes illégales ayant entaché sa gouvernance. Et sa conquête d’un troisième mandat de président du Conseil polonais en 2015 était loin d’être acquise. Sa nomination à la tête du Conseil européen arrive donc à point nommé pour lui, d’autant qu’elle a résulté, samedi 30 août, d’une désignation à l’unanimité, les sociaux-démocrates – dont la France – n’ayant pas réussi à s’entendre sur un candidat, les uns proposant l’Italien Enrico Letta, les autres la Danoise Helle Thorning-Schmidt.

Un tournant pour l’UE

Donald  Tusk aux côtés d'Herman Van Rompuy et de l'Italienne  Federica Mogherini, nouvelle chargée des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles.
Donald Tusk aux côtés d'Herman Van Rompuy et de l'Italienne Federica Mogherini, nouvelle chargée des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles. REUTERS/Yves Herman

Son mandat de deux ans et demi, renouvelable une fois, marque surtout un réel tournant pour l’Union européenne et constitue un véritable événement. Pour la première fois, l’UE va en effet être représentée par un dirigeant venant d’Europe de l’Est et d’un pays ne faisant pas partie, du moins pas encore, de la zone euro. Encouragée par Berlin mais aussi par Londres, l’accession de Donald Tusk à un poste qui devrait prendre plus d’épaisseur sous sa tutelle constitue aussi un déplacement du centre de gravité de l’institution européenne et surtout un message de fermeté adressé à Moscou, à l‘heure où la situation en Ukraine devient de plus en plus préoccupante.

Le nouveau président du Conseil européen a d’ailleurs profité des commémorations du début de la Seconde Guerre mondiale lundi 1er septembre à Westerplatte, près de Gdansk, pour affirmer sa position. « Aujourd'hui, ce n'est pas l'heure des beaux discours (…) Aujourd'hui, en observant la tragédie des Ukrainiens, en observant la guerre dans l'est de notre continent - car c'est le mot qu'il faut employer - nous savons que septembre 1939 ne peut pas se répéter. Aujourd'hui, il est encore temps d'arrêter ceux en Europe et dans le monde pour qui la violence, la force et l'agression font de nouveau partie de leur arsenal de manœuvres politiques. » Même s’il s’exprimait en tant que chef du gouvernement polonais, le message était clair : si d’autres sanctions doivent être prises contre Moscou, il sera là pour les appuyer.

Avec son passé d’étudiant en histoire devenu syndicaliste, puis entrepreneur, député, sénateur, et enfin Premier ministre après avoir vécu toute sa jeunesse sous la botte d’un régime totalitaire, Donald Tusk va donc débarquer à Bruxelles avec un bagage autrement plus complet et complexe que l’homme auquel il succède, un Herman Van Rompuy qui s’était fait agresser verbalement dès sa prise de fonction par le leader du parti britannique Ukip, Nigel Farage, lors d’une tirade restée célèbre. On doute que cela puisse se reproduire avec Tusk.

D’ici au 1er décembre, il aura d’ailleurs certainement fait des progrès en anglais car il est assez doué pour les langues. N’apprenant que sur le tard qu’il était d’origine kachoube, il avait en effet appris ce dialecte complexe en quelques mois, avant de rédiger, de sa plume, un manuel destiné à ceux qui, comme lui, étaient désireux d’apprendre leur langage ancestral. C’est la preuve d’une ténacité et d’une capacité d’adaptation qui lui seront bien utiles à partir du 1er décembre dans ses nouvelles fonctions...

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