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France / Russie

Suspension de la livraison du Mistral: «pas une tragédie», pour Moscou

Le BPC français «Mistral» (L9013), mis à l'eau en 2004 à Brest et partiellement construit à Saint-Nazaire.
Le BPC français «Mistral» (L9013), mis à l'eau en 2004 à Brest et partiellement construit à Saint-Nazaire.
Texte par : RFI Suivre
6 mn

En dépit de l’annonce mercredi par Vladimir Poutine d’un plan de sortie de crise à l’est de l’Ukraine, la France a décidé d'accroître la pression sur Moscou avec son principal levier : les deux navires de guerre Mistral achetés par la Russie, dont la livraison est suspendue, a annoncé l’Elysée mercredi. «Ni suspendu, ni rompu», a déclaré François Hollande lors du sommet de l'Otan. Moscou a tenté de minimiser cette annonce qui, en France, pourrait avoir d'importantes conséquences économiques.

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Cela faisait des mois que la France faisait l'objet de pressions de la part des Européens, des pays baltes, de l'Ukraine, et de ses alliés de l'Otan. Paris a fini par annoncer mercredi la suspension de la livraison – prévue en octobre – du premier navire de guerre Mistral qu'elle a vendu à la Russie. « Malgré la perspective d'un cessez-le-feu qui reste à confirmer et à être mis en œuvre, les conditions pour que la France autorise la livraison » à la Russie « du premier BPC (Bâtiment de projection et de commandement) ne sont pas à ce jour réunies », a fait savoir la présidence française dans un communiqué.

Cette suspension ne signifie pas que les bateaux ne seront jamais livrés, mais c'est une manière pour la France d'une part de couper court aux critiques dont elle aurait pu faire l'objet lors du sommet de l'Otan qui s'ouvre au Pays de Galles. Cela signifie également que Paris laisse la porte ouverte en vue d'un règlement sur la livraison de ce bateau si les choses s'améliorent en Ukraine. « Je vous ai confirmé notre décision de ne pas livrer d'armes dans le contexte d'aujourd'hui [...] Ce contrat n'est pas suspendu ni rompu mais la livraison du bateau sera fonction de ce qui va se passer dans les prochaines semaines. Il est important d'envoyer ce message clair parce que nous voulons qu'il y ait une issue », a déclaré le président français lors du sommet de l'Otan.

Dégradation des relations entre Russie et Occidentaux

« Ce n’est pas une tragédie », s’est empressé de réagir le ministre russe de la Défense, « le potentiel militaire de la Russie n’en sera pas affecté, contrairement aux relations de confiance avec les collègues français. » De manière générale, la Russie veut minimiser l’importance des Mistrals. Selon certaines sources militaires, elle se prépare moralement à l’éventualité d’une rupture de contrat depuis des mois, depuis que les relations entre la Russie et l’Occident ont commencé à se dégrader autour de la crise ukrainienne.

Pour Moscou, la France a fini par succomber à la pression américaine, ce qui n’était qu’une question de temps – la Russie est en effet convaincue que l’Union européenne dans son ensemble et chacun de ses membres en particulier agissent sous la houlette de Washington. Le fait que les États-Unis aient immédiatement salué la « sage » décision de François Hollande est perçu à Moscou comme une preuve supplémentaire de cette dépendance, rapporte notre correspondante dans la capitale russe, Veronika Dorman.

Inquiétudes en France

La décision risque d'avoir des conséquences sur le plan intérieur : si les deux navires ne sont pas livrés, la France devra faire une croix sur 1,2 milliard d’euros. Cela signifierait également de fortes perturbations à prévoir sur l'emploi. Dès mercredi, les délégués syndicaux des chantiers navals STX de Saint-Nazaire se sont dits préoccupés. « Même si on sait que la position devenait assez intenable par rapport à ce qui se passe en Ukraine, c’est quand même un coup de tonnerre », constate le délégué CFDT Christophe Morel. « C’est un choc, confirme François Janvier, délégué du syndicat CFE-CGC, même si c’était dans l’air depuis un certain temps ».

Même si les industriels français sont théoriquement assurés d’être payés par la Coface – une assurance export qui s’appuie elle-même sur une garantie de l’Etat –, le délégué de la CFE-CGC craint les conséquences économiques de cette suspension : « L’équilibre économique de STX France est très lié à l’exécution de ces deux contrats, assure François Janvier. Il faut surtout que l’on n’ait aucune conséquence néfaste sur l’équilibre de l’entreprise, parce qu’on ne peut pas se permettre de rester avec des bateaux sur les bras. »

Equipages russes à Saint-Nazaire

Le premier navire est terminé et sera de toute façon livré à DCNS – à charge du constructeur naval militaire français de décider ce qu’il en fera –, mais les interrogations portent désormais sur le second bateau. Son assemblage représente encore de longs mois de travail pour les Chantiers de l'Atlantique : « Il reste encore un an de travail sur le deuxième navire, avec toutes les conséquences que ça peut avoir sur l’emploi, détaille Christophe Morel, de la CFDT. Il y a de la charge à côté sur des paquebots, mais c’est quand même dans un plan industriel un sérieux problème à régler : que fait-on du navire ? Il est encore là. Est-ce qu’on le finit, est-ce qu’on ne le finit pas ? Où le met-on ? Que fait-on du matériel, du personnel, de ce qu’on a commandé ? Que vont devenir les marins russes qui sont là en formation ? Beaucoup de questions vont se poser dans les jours à venir ».

À ce stade toutefois, la formation des équipages russes ne semble pas remise en cause. Ils sont 400 officiers de la marine russe actuellement à Saint-Nazaire, qui devaient prendre possession de leur bateau début novembre. Hors, c'est précisément jusqu'au mois de novembre que la France a décidé de suspendre sa livraison, indiquait hier soir une source diplomatique française.

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