Bosnie

Karadzic à La Haye: «J’étais réellement un vrai ami des musulmans»

Radovan Karadzic, devant le TPIY, en 2013.
Radovan Karadzic, devant le TPIY, en 2013. AFP PHOTO/ POOL/MICHAEL KOOREN
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Radovan Karadzic, ancien président de la République autoproclamée des Serbes de Bosnie, s'est exprimé mercredi 1er octobre devant les juges du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, où il répond notamment du massacre de près de 8 000 hommes et garçons musulmans par les forces serbes de Bosnie à Srebrenica en juillet 1995.

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C’est la limite de l’exercice. L’audition des criminels de guerre présumés peut s'avérer terriblement éprouvante pour les parties civiles, les juges et tous ceux qui assistent à ce type de procès. Ces hommes n’assument jamais les actes qui leur sont imputés et se contentent souvent de remettre en cause le système judiciaire et de faire passer leurs victimes pour des bourreaux.

Dans le genre, la plaidoirie de Radovan Karadzic, mercredi 1er octobre, est des plus emblématiques. Il parle de « mythe » à propos du massacre de Srebrenica, et de « mise en scène » à propos des atrocités qui lui sont reprochées. Il a déjà menacé les proches des victimes, qui étaient venus en bus avec leur peu de moyens, assister au procès. Bien entendu Radovan Karadzic plaide « non coupable » des onze accusations de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre retenues contre lui.

Karadzic, cet ami qui vous veut du bien

Radovan Karadzic a affirmé avoir été « réellement un vrai ami » des musulmans de son pays, contre lesquels il est accusé d'avoir orchestré certaines des pires atrocités commises en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. « Mais tout cela a été passé sous silence », estime-t-il. Pour rappel, la guerre de Bosnie-Herzégovine a fait 100 000 morts entre 1992 et 1995. Avec le général Mladic et l’ex-président Slobodan Milosevic, M. Karadzic aurait partagé un but commun, à savoir chasser les musulmans, Croates et autres non-Serbes de Bosnie, selon l’accusation.

Depuis son arrestation à Belgrade, fin juillet 2008, Radovan Karadzic a déjà passé six ans en prison. Jusqu'ici, plus de 400 témoins ont défilé à la barre du TPIY. Devant eux, surfant sur le 11-Septembre, l'ancien dirigeant des Serbes de Bosnie a toujours défendu l'idée qu'en pilonnant Sarajevo et en agissant - le mot est faible - dans les villages bosniens, les forces serbes luttaient simplement contre la création d'un « Etat islamique au cœur de l'Europe ».

Jugement attendu en octobre 2015

Durant cinq longues années de procès, le procureur a tenté de démontrer la responsabilité de M. Karadzic dans l'épuration ethnique survenue en Bosnie, dans le siège de Sarajevo, dans le massacre génocidaire de Srebrenica, mais aussi dans la prise en otage de soldats des Nations unies. Sur ses ordres, l'ancien général Ratko Mladic avait par exemple conduit la prise de Srebrenica, où plus de 6 000 Bosniens seront assassinés en juillet 1995. Les deux hommes se renvoient la responsabilité des faits.

« Il n'y a pas la moindre preuve montrant que le Dr Karadzic a planifié ou ordonné l'exécution de prisonniers, ou même qu'il en était au courant », assure Peter Robinson, conseiller juridique de l'accusé, qui considère que l'ancien leader politique des Serbes de Bosnie ignorait tout du massacre de Srebrenica.

La plaidoirie se poursuivra ce jeudi 2 octobre. Une opportunité, pour M. Karadic, de clamer encore son innocence. L'accusé et le bureau du procureur pourront s'exprimer une dernière fois le 7 octobre, après quoi les juges délibéreront. Le jugement n'est pas attendu avant octobre 2015. Il faudra donc encore attendre un an pour voir peut-être l'un des pires criminels de guerre potentiels du XXe siècle condamné. Le procureur du TPIY a requis la prison à vie.

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