Hongrie

Hongrie: des proches du gouvernement interdits d'entrée aux Etats-Unis

Le Premier ministre hongrois, Orban Victor.
Le Premier ministre hongrois, Orban Victor. Reuters/David Mdzinarishvili

Le torchon brûle entre Washington et Budapest : des personnalités et des membres du gouvernement hongrois sont interdits d’entrée sur le territoire américain car ils sont soupçonnés de corruption. L’affaire a été rendue publique vendredi dernier et depuis elle est à la Une de tous les médias. La tension couvait depuis plusieurs mois entre Washington et Budapest mais elle prend l’allure d’une crise politique.

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De notre correspondante à Budapest

Cette interdiction est une véritable gifle pour le Premier ministre Viktor Orban, car elle vise son entourage proche. Cela montre que les relations se sont vraiment dégradées entre Washington et la Hongrie, qui est pourtant un allié, membre de l’Union européenne et de l’Otan. Six personnalités sont visées par Washington. Leurs noms n’ont pas été divulgués mais selon plusieurs médias hongrois, il y aurait la directrice des impôts ; le directeur du think-tank du Fidesz, le parti du Premier ministre ; des membres du gouvernement et l’un des hommes les plus proches de Viktor Orban, son conseiller en communication, bien que ce dernier ait nié être sur la liste.

Soupçons de corruption

Ces personnalités sont « indésirables sur notre territoire » a déclaré le chargé d’affaires américain qui fait office d’ambassadeur à Budapest. Et il ajoute : « Nous avons des informations crédibles qui montrent qu'elles ont participé ou profité d'activités de corruption ». Des sociétés américaines ont en effet informé Washington que des représentants du gouvernement hongrois leur avaient fait miroiter de juteux appels d’offre pour des fonds européens – en échange elles devaient faire figurer des consultants bidons dans leur budget. D’autres firmes américaines ont dénoncé d’énormes fraudes à la TVA, qui seraient orchestrées par la direction des impôts. Ces fraudes pénalisent ceux qui ne trempent pas dans le trafic, parce que leurs produits sont plus chers et restent sur les étagères. C’est le cas d’un industriel américain qui produit de l’huile végétale, la société Bunge.

Atteinte à la démocratie, aux droits de l'homme

Les causes de cette cette tension entre Washington et Budapest sont profondes. D’abord, en pleine crise ukrainienne, l’attitude prorusse de Viktor Orban, qui n’a même pas montré un minimum de solidarité avec l’Ukraine, a beaucoup irrité Washington. Ensuite, cet été, Viktor Orban a déclaré qu’il voulait bâtir un Etat antilibéral, et cité la Russie et la Chine comme modèles. Cela a été un tournant, parce que le Premier ministre hongrois a clairement dit qu’il ne voulait plus de la démocratie. Pour la première fois, la presse américaine a appelé l’Union européenne à arrêter de verser de l’argent à un gouvernement qui détruit la démocratie.

Ensuite, en septembre, Viktor Orban a lancé une attaque contre des ONG des droits de l’homme, accusées d’être des agents payés par l’étranger. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le président Obama a critiqué les pays qui s’en prenaient aux ONG, comme la Hongrie et l’Egypte.

Il n’est pas sûr que ce coup de semonce de Washington fasse baisser la popularité de Viktor Orban parmi ses électeurs. Il a toujours su se présenter comme un combattant qui défend son peuple injustement attaqué par l’ennemi. Mais Washington attaque là où ça fait mal. Le langage de la force est peut-être la seule façon de faire revenir Orban sur ses mesures antidémocratiques.

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