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Espagne

Consultation en Catalogne: Artur Mas joue-t-il son avenir politique?

Artur Mas doit proposer un type de consultation alternatif, ce mardi 14 octobre.
Artur Mas doit proposer un type de consultation alternatif, ce mardi 14 octobre. REUTERS/Gustau Nacarino
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Le référendum sur l’indépendance prévu initialement dimanche 9 novembre en Catalogne n’aura pas lieu. Le Tribunal constitutionnel de Madrid a jugé ce projet de vote anticonstitutionnel. Mais le président du gouvernement autonome catalan, Artur Mas, n’a pas baissé les bras pour autant. C’est une forme alternative de consultation qui aura donc lieu ce dimanche. Un processus participatif qui permettra lui aussi aux Catalans de se prononcer sur l'avenir de leur région. Cyril Trépier, chercheur à l’Université Paris VIII Saint-Denis, spécialiste de l’indépendantisme en Catalogne, est l'invité de RFI.

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RFI : Le dernier projet en date de consultation garantit lui, le respect de la loi espagnole. Fait-il pour autant consensus entre les partis indépendantistes catalans ?

Cyril Trépier : Le Parti indépendantiste catalan aurait sensiblement préféré que le vote de demain ait plus de valeur. L’idéal c’était le référendum de plein droit. Maintenant, ce qui a été annulé par Artur Mas le 14 octobre c’était déjà une consultation non référendaire.

Donc le vote de demain - qui est la même chose qu’organisait le gouvernement catalan, mais sous un autre nom - ne fait pas consensus pleinement dans sa forme, mais les partis indépendantistes souhaitent obtenir une large victoire du « oui » et surtout une forte participation.

Qu’en pensent les Catalans eux-mêmes ? Selon les sondages, seuls deux sur dix se disent favorables à une démarche référendaire qui passerait outre à l’interdiction des tribunaux.

La question que vous posez pose le problème. Lorsque l’on parle d’indépendance en Catalogne, en général ceux qu’on voit sur l’image sont ceux qui sont acquis à l’Indépendance, sachant que l’espace public en Catalogne dans le cadre de cette campagne peut être localement saturé de messages pro-indépendantistes de symboles de l’indépendance.

Donc aujourd’hui, même ceux qui parmi les Catalans habituellement n’avaient pas coutume de se prononcer dans un sens ou dans l’autre sur l’indépendance et plus largement sur leur sentiment d’appartenance à l’Espagne, à la Catalogne ou aux deux, sont aujourd’hui de plus en plus forcés de se prononcer d’une manière ou d’une autre.

Et puis il y a aussi, et cela explique peut-être aussi ce chiffre que vous citez, le fait que dans les discours de dirigeants indépendantistes, les opposants à l’indépendance ou tout simplement ceux qui n’ont pas encore pris position peuvent être qualifiés parfois dans le même discours de « proches à convaincre » et puis plus loin dans le même discours de « forces d’occupation espagnoles ».

Vous diriez qu’aujourd’hui les Catalans sont fatigués de ce combat pour l’Indépendance ?

Certains d’entre eux le sont très certainement. Parce que la société catalane habituellement n’est pas exempte de tensions, mais aucune société ne l’est. Mais en revanche, jusqu’à récemment, il est tout à fait possible et habituel que des gens n’ayant pas la même vision de l’avenir de la Catalogne, ne votant pas pour le même parti, soient amis, s’estiment, maintiennent des relations profondes. Aujourd’hui, c’est ça qui est attaqué par certains des dirigeants indépendantistes.

Il faut quand même se rappeler, bien sûr c’est une situation différente, mais que même en Ecosse dont on a loué la qualité démocratique et le référendum écossais du 18 septembre, a été montrée comme l’exemple même d’un acte démocratique et serein. Pourtant, la campagne écossaise n’a pas été exempte de tension, et pas uniquement à Glasgow qui a voté « oui » le 18 septembre, et le lendemain a été le théâtre d’une émeute entre pro-oui et pro-non.

Justement, Madrid a menacé de représailles les fonctionnaires et les policiers qui participeraient à la consultation, quelle qu’en soit sa nature, il faut s’attendre à des représailles ?

Ce n’est pas certain. Le problème c’est que si Madrid continue dans l’affrontement institutionnel, cela peut toujours souder davantage les Catalans pour la consultation, voire pour l’Indépendance. C’est aussi un avantage possible pour Artur Mas. Malheureusement, le fait d’insister sur cet affrontement institutionnel entre Madrid et Barcelone relègue au second plan les rapports entre citoyens catalans à l’occasion de cette campagne et de ce vote.

Actuellement le gouvernement espagnol a appelé Artur Mas à ne pas organiser lui-même, c'est-à-dire que le gouvernement catalan n’organise pas lui-même la consultation de demain. C’est en théorie ce qui va se passer, puisque Artur Mas a annoncé qu’il conservait la responsabilité du vote, mais confiait son exécution aux associations. Les associations avaient organisé plus de 550 votes locaux entre 2009 et 2011 sur l’Indépendance.

Sans conséquences juridiques…

Sans conséquences juridiques, absolument. Et la différence normalement, entre ces consultations de 2009 à 2011 et le vote de demain c’était l’engagement d’Artur Mas d’organiser ce vote.

Vous diriez qu’Artur Mas joue son avenir dimanche ?

Oui, en partie. Parce que c’est lui qui a dirigé cette campagne, même si les associations indépendantistes ont joué un rôle absolument central. Le 14 octobre, il avait annoncé qu’il optait pour une consultation alternative, mais il a aussi annoncé qu’il organiserait probablement des élections régionales anticipées. La date n’a pas encore été donnée, il ne les a pas encore convoquées. Mais si lui a annoncé qu’il souhaiterait dans le cadre de ces élections une candidature commune des partis indépendantistes, ce n’est jamais arrivé. Et il y a le parti indépendantiste de gauche ERC (Gauche républicaine de Catalogne), qui a gagné les élections européennes et qui est le deuxième parti catalan depuis fin 2012, qui espère bien que ces élections auront lieu le plus vite possible et gagner ces élections, les gagner seul.

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