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Culture / Musique

«L’Orchestre des enfants d’Abraham», en tournée pour la paix

Répétition de l'Orchestre pour la Paix, le 3 décembre 2014 à La Haye.
Répétition de l'Orchestre pour la Paix, le 3 décembre 2014 à La Haye. Stéphanie Maupas / RFI

L’Orchestre pour la Paix du pianiste argentin Miguel Angel Estrella a entamé le 3 décembre une tournée aux Pays-Bas et sera à l’Unesco, à Paris, le 9 décembre. Trente-cinq musiciens, chrétiens, juifs, musulmans et laïques, interprètent Bach, Mozart et Mendelssohn pour la paix au Moyen-Orient.

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De notre correspondante à La Haye, Stéphanie Maupas

Un geste des mains, comme une vague, et les violons s’envolent. À quelques heures du concert au Palais de la Paix à La Haye, le chef d’orchestre, Nader Abbassi reprend le mouvement. Une fois, deux fois, trois fois. Jonglant en anglais, français et arabe, il propose aux 35 musiciens une infime variation. Ils sont arabes, israéliens, français, argentins. « Ils doivent jouer ensemble. Et curieusement, ça marche ! », sourit l’Égyptien. L’Orchestre pour la Paix a une langue commune : « c’est la musique qui parle ». « Il y a un moment précis où quelque chose se casse, explique celui qui est aussi directeur artistique de l’Opéra du Caire. Tout ce qui est derrière, les politiciens, les parents, les médias, tout cela part petit à petit, et je ne sais alors plus qui est chrétien, juif ou musulman ».

« C’est comme si on parlait à Dieu »

Les violons égrènent les premières notes du largo, le deuxième mouvement du concerto en fa mineur de Bach. Le chef suspend un instant la répétition. « Ce mouvement a une histoire spéciale pour Miguel », explique avec douceur Nader Abbassi, se tournant vers le vieux pianiste argentin. « Pour moi, c’est comme si on parlait à Dieu », enchaîne le virtuose Miguel Angel Estrella, tournant le visage vers l’orchestre étonné. C’est lui qui, en 2002, a créé l’Orchestre pour la Paix, espérant offrir une pause dans l’enfer israélo-palestinien. C’était bien après les années noires des dictatures latino-américaines. « À l’époque, raconte l’Argentin, ils m’ont accroché, pendu pendant les séances de torture. Et ils ont mis de l’électricité dans tout mon corps ».

C’était en 1977 en Uruguay. « Kidnappé », comme il dit, torturé pendant deux ans et demi, puis enfin libéré grâce à « la solidarité internationale ». Lorsque les mains du pianiste sont entre celles de ses bourreaux, son esprit se promène sur un clavier imaginaire. « Dans ce moment, ce mouvement de Bach m’est venu à l’esprit. Ma femme avait l’habitude de le chanter de façon magnifique et ce qui était extraordinaire, c’est que j’entendais la voix de ma femme et je sentais moins la douleur... Je ne pensais pas le jouer lors de cette tournée » dit-il ému aux musiciens.

32 ans de passion

Intarissable, il donne à explorer 32 ans de passion depuis la création de son association Musique espérance, raconte ses rencontres avec Shimon Peres et Yasser Arafat. Lorsqu’ il était ambassadeur de l’Argentine à l’Unesco, il se bat pour une reconnaissance de la Palestine par l’organisation. « Si je vous raconte tout cela, c’est parce que la musique est une sorte d’Évangile ». « La musique est venue des anges », traduit en anglais le chef de cet orchestre si particulier aux musiciens happés par le récit. Le pianiste veut jouer cette prière de Bach, « pour qu’un jour on ait un État palestinien reconnu, que l’État israélien vive en paix, que l’occupation cesse. » Impatient, un violoncelliste fait courir en silence ses doigts sur ses cordes. « Je compte sur vous tous. Nous ferons un bon concert, Inch’ Allah », lance Miguel tout sourire à la fin de la répétition.

Une trêve avec un piano et une baguette

Avant ces représentations à La Haye, Amsterdam et Paris, quatre années, faute d’argent, ont séparé les artistes de l’Orchestre pour la paix. « Je trouve très bizarre de voir les politiciens parler beaucoup de la paix, et constater qu’ils n’y arrivent pas, explique Nader Abbassi. Ils ont des administrations, des bâtiments entiers pour la paix, et rien ne marche ! Avec un piano, une baguette, on peut faire des rencontres, réussir à faire parler les gens ensemble. Au Palais de la Paix, là où furent signées les premières conventions antiguerre, une soprano arabe et un baryton juif vont chanter un duetto d’amour de Mozart. Vous vous rendez compte ? Des duettos d’amours ! Et avec la musique de Mozart, c’est universel ! »

Opéra pour la paix

Accompagnés par « l’Orchestre des enfants d’Abraham », comme le décrit François Roux, un des initiateurs de cette nouvelle tournée, Amira Selim et Richard Alexandre Rittelmann font merveille, sous la baguette du chef, qui rêve « d’un opéra pour la paix. Et des orchestres aussi, d’autres, plusieurs. Quand il y a un conflit entre deux pays, il faut tout de suite emmener des musiciens de ces deux pays à jouer ensemble ». Mais que se passe-t-il quand la musique s’arrête ? « Il y a des gens qui ne veulent pas parler de religion, de politique et je pense que c’est bien, dit Nader Abbassi. Je trouve que c’est la meilleure chose. La religion, c’est privé. C’est spirituel. C’est dans la tête. Chacun est libre. Il y a la vie, et puis il y a la musique. »

Répétition de l'Orchestre pour la Paix, le 3 décembre, à La Haye, sous la baguette du chef Nader Abbassi.
Répétition de l'Orchestre pour la Paix, le 3 décembre, à La Haye, sous la baguette du chef Nader Abbassi. Stéphanie Maupas

La tournée de l’Orchestre pour la Paix : le jeudi 4 décembre 2014 à La Kloosterkerke, La Haye. Le samedi 6 décembre à l'Eglise de la Paix, Amsterdam. Le mardi 9 décembre à l’Unesco, Paris.

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