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Turquie

Turquie: coup de filet chez les adversaires gülenistes du président

Le rédacteur en chef de «Zaman», Ekrem Dumanli, entouré de ses collègues et de policiers en civil, quittant les locaux du journal, à Istanbul, le 14 décembre 2014.
Le rédacteur en chef de «Zaman», Ekrem Dumanli, entouré de ses collègues et de policiers en civil, quittant les locaux du journal, à Istanbul, le 14 décembre 2014. REUTERS/Murad Sezer
Texte par : RFI Suivre
4 mn

En Turquie, une trentaine de personnes ont été arrêtées ce dimanche, essentiellement des journalistes, partisans du prédicateur Fethullah Gülen, ancien allié devenu opposant au président Erdogan. La police turque a visé particulièrement les locaux du journal Zaman, proche de ce leader religieux qui vit en exil aux Etats-Unis. Une chasse aux sorcières déjà dénoncée par le Parlement européen qui se dit «très inquiet». D’autres arrestations pourraient suivre, des centaines de personnes seraient concernées.

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Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

Depuis le début de la journée et les premières arrestations, une foule de sympathisants s'est massée devant les palais de justice d’Istanbul et d’Ankara et devant les directions de la Sûreté de ces deux villes ; pour marquer son soutien aux suspects déjà interpelés, mais aussi à ceux qui pourraient encore l’être. Le Premier ministre Ahmet Davutoglu a ainsi commenté ces arrestations en fin d’après-midi : « Ils ont tenté un coup d’Etat, ils payeront pour cela. »

Cette vague d’arrestations, juste avant la date anniversaire très commentée du scandale de corruption qui avait coûté leur place à quatre ministres, n’a donc guère surpris. Il y a tout juste deux jours, M. Erdogan ne promettait-il pas d’en finir avec ce qu’il appelle la « structure parallèle », et d’aller chercher tous ses membres « jusque dans leur tanière » ?

De même, les accusations extrêmement lourdes portées contre les suspects - « participation et direction d’une entreprise terroriste visant à renverser l’ordre constitutionnel » - confirment que la néo-confrérie Gülen, accusée depuis plusieurs années par le pouvoir de fomenter un complot contre l’AKP en place depuis 12 ans, reste dans le collimateur.

Pour l’instant, seules 32 personnes sont visées par le mandat d’arrêt de ce dimanche, mais une liste de 400 personnes, dont 150 journalistes, circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, ce qui confirmerait une véritable chasse aux sorcières.


Les Gülenistes dans la ligne de mire

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (gauche) et le leader religieux Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan (gauche) et le leader religieux Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis. AFP PHOTO / THIERRY CHARLIER / ZAMAN DAILY / SELAHATTIN SEVI

Cela fait des années que les adeptes de M. Gülen sont accusés de mener un complot pour renverser Recep Tayyip Erdogan, l'ancien Premier ministre confortablement élu président cet été.

Les chefs d’accusation, extrêmement lourds, visent en premier lieu les dirigeants du groupe de presse Zaman, dont le directeur général Hidayet Karaca et le directeur de publication du quotidien du même nom - Zaman -, Ekrem Dumanli, ont été arrêtés en direct sur la chaine de télévision Samanyolu, au milieu d’une foule de sympathisants.

Les soutiens de l'équipe du quotidien, l'un des principaux du pays, dénoncent une atteinte à la liberté de la presse et ont empêché un temps la police anti-terroriste d'investir les lieux. Avant d'être interpellé, Ekrem Dumanli s'est même offert un morceau de bravoure, défiant les forces de l'ordre face caméras.

Le chef de l’opposition kémaliste, du nom de l'ancien président Mustafa Kemal Atatürk, a réagi en parlant de « coup d’Etat » ce dimanche matin. Sur les réseaux sociaux, les dénonciations du régime de plus en plus fascisant de M. Erdogan font boule de neige.

Fethullah Gülen est né le 27 avril 1941 à Korucuk,en Turquie. Intellectuel musulman, il est l'inspirateur du mouvement Gülen, aussi appelé mouvement Hizmet (qui signifie « service » en turc). Il vit depuis 1999 en Pennsylvanie, aux États-Unis, où il s’est exilé.

Gülen enseigne une version de l’islam favorable aux sciences modernes, au dialogue interconfessionnel et à la démocratie. Par le biais de fondations dans l'enseignement, il jouit d'une influence énorme en Turquie. Idéologiquement, mais aussi financièrement, car il est riche à millions. Erdogan lui doit beaucoup quant à ses succès politiques, mais Fetullah Gülen a pris ses distances avec l'actuel président et son parti, l'AKP, qu'il accuse d'être un autocrate, et depuis c'est la guerre.

La presse qui lui est favorable a révélé des scandales de corruption dans lesquels sont impliqués des proches de Erdogan, l'un de ses fils notamment, mais aussi un nombre incalculable de juges et de policiers. Ces révélations ont forcé des dizaines et des dizaines de personnalités proches du président Erdogan à démissionner, et des milliers de policiers ont été démis de leurs fonctions. Depuis, c'est le cauchemar du président. La guerre est ouverte. Mais il n'est pas sûr du tout que Fethullah Gülen l'a perde. Pas, en tous cas, sans entraîner la chute de son adversaire juré.
RFI
 

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