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Turquie

Arrestations en Turquie: Erdogan s’en prend aux critiques européennes

Lors d'un discours, ce 15 décembre 2014, le président Erdogan s'en est violemment pris à l'Union européenne, qui a critiqué une vague d'arrestations la veille, opérée au sein de médias turcs.
Lors d'un discours, ce 15 décembre 2014, le président Erdogan s'en est violemment pris à l'Union européenne, qui a critiqué une vague d'arrestations la veille, opérée au sein de médias turcs. REUTERS/Osman Orsal
Texte par : RFI Suivre
3 min

Au lendemain de la vague d’arrestations de journalistes proches de la confrérie Gülen, opposée au pouvoir AKP en place, le président turc Tayyip Erdogan s'en est directement pris à l'Union européenne, ce lundi 15 décembre, pour avoir critiqué ce coup de filet comme étant contraire aux valeurs européennes - qu’Ankara, candidat à l’adhésion, est censé adopter. Pour beaucoup, c’est un signe de plus que la vocation européenne de la Turquie est en danger.

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Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

Parmi les premiers commentaires suivant la vaste rafle de dimanche, celui de cet éditorialiste qui résumait : « Cette fois, la Turquie a tourné le dos à l’Union européenne ». Bruxelles, en effet, avait très prestement dénoncé la série d’arrestations au sein du groupe média Zaman, et cela n’a pas plus à l’homme fort de la Turquie, dont la sincérité de l’engagement européen fait doute depuis quelque temps déjà.

« Comment l’Europe peut-elle se mêler des décisions prises dans le cadre de la légalité, contre des éléments menaçant notre sécurité ? », a demandé M. Erdogan, avant de poursuivre : « en tous cas, nous, quand nous prenons ce genre de mesures, nous ne nous préoccupons pas de ce que l’Europe peut en dire. » Et de conclure : « ils n’ont qu’à s’occuper de leurs affaires », avant de marteler à nouveau que « ceux qui menacent la sécurité nationale recevront la réponse qu’il faut, qu’ils soient membres de la presse ou pas. »

Les Européens sont d’autant plus amers que, après la visite début décembre de la représentante en charge de la diplomatie Federica Mogherini et du commissaire à l’élargissement Johannes Hahn, la sincérité des Turcs dans leur implication européenne semblait réaffirmée. Mais les déclarations du président Erdogan sont venues leur rappeler que celui-ci est plus préoccupé par le renforcement de son pouvoir que par le respect des fondamentaux démocratiques de l’Union.


Aujourd'hui, en Turquie « on peut parler d'erdoganisme, comme on parle de poutinisme »

Pour le professeur Ahmet Insel, ancien chercheur et enseignant à l’Université Galatasaray à Istanbul, en choisissant un discours aussi ferme, le président turc vise surtout à mobiliser ses troupes face aux fortes critiques venant aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur du pays.

« Erdogan est un peu acculé, estime-le chercheur, et il réagit avec une manière qui jusque-là lui a apporté toujours le soutien de son électorat. » Un discours qui pourrait se traduire selon lui, par : « Voyez, nous avons des ennemis [...] des ennemis de l'intérieur et des ennemis extérieurs, et magré eux, nous allons continuer, et nous allons nous unir.»

Pour le professeur Insel, il s'agit donc d' « un discours de mobilisation, où visiblement, il se sent visiblement acculé, à monter de degré de violence de son discours, pour mobiliser et consolider ses rangs ». Avant de poursuivre : « Jusque-là, on ne pouvait pas parler en Turquie de Poutinisme, parce qu'il n'y avait pas de personnification du pouvoir aussi forte qu'en Russie, mais maintenant, je pense de plus en plus qu'on peut parler d'erdoganisme, comme on parle de poutinisme, c'est-à-dire un pouvoir très très personnalisé, autoritaire, qui détient la totalité des leviers du pouvoir, et qui élimine ses anciens alliés », comme Poutine l'a fait pour ses anciens alliés oligarques, qui ont terminé dans des prisons.

→ À (RE)LIRE : Le coup anti-Gülen, une illustration de l'état de la presse en Turquie

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